[ AUTEUR DU MOIS ] THOMAS DEGRE, Mot original de la fin

Le mot de la fin, original, de Thomas Degré.

Et voilà déjà le mois de février qui s’achève. Ce mois fut pour nous d’une richesse incroyable et un digne successeur du mois de janvier (qui était lui-même d’une richesse dingue). Thomas Degré nous a embarqués dans sa vie comme rarement un auteur ou une autrice du mois ne l’a fait auparavant. Cette richesse s’appelle humanité, et elle coule littéralement des propos de Thomas Degré. L’interview que nous avons menée conjointement en est fortement teintée. en off, nous pouvons vous dire que l’homme est le même que l’auteur, soucieux du poids des mots, du poids de l’histoire et de l’importance de la transmission. Il nous a fait lire, également en off, et nous le gardons comme un trésor précieux, la préface qui sera celle de son prochain livre, non encore écrit, dédié à son père. Cette préface nous a fait une très forte impression, nous étions au bord des larmes. Nous n’avons que trois choses à dire, avant de lui laisser la parole dans ce mot de la fin original : merci mille fois !

Le mot de la fin

Daniel Pennac est de retour en librairie. Plutôt que de tenter de résumer son livre, il a choisi de raconter une histoire de l’écrivain Vladimir Nabokov sur le hasard, “personnage principal de tout roman” selon lui. La voici :

« Je vais vous raconter une histoire, parce qu’il y a 36.000 façons de rentrer dans un roman, à commencer par raconter une histoire qui n’a pas grand-chose à voir avec le roman et qui pourtant l’exprime tout à fait.
C’est un roman, et Nabokov disait que le personnage principal de tout roman, c’était le hasard. Encore faut-il se le figurer, vous présenter le hasard. Alors, figurez-vous un transatlantique, un vrai des années 1930, avec des salons dans lesquels on danse. Maintenant, figurez-vous un type dans ce salon, dansant toute la nuit. Il a son nœud papillon, ses boutons de manchettes, son smoking. Et sur le coup de 3h du matin, il est fatigué, il veut aller prendre l’air sur le pont. Il sort du salon dansant, il va sur le pont, à la poupe du bateau, il dégrafe son nœud papillon, il dégrafe ses boutons de manchettes ; il décide de respirer un bon coup l’air du Pacifique.
Où l’on ne retrouve pas les boutons de manchette
Et la brise, lui chatouillant le nez, voilà que notre homme éternue ! Et ses deux boutons de manchettes, dont chacun constitue une fortune colossale, avec des diamants énormes qui lui viennent de son trisaïeul, tombent dans l’océan Pacifique et coulent.
Le même homme, six mois plus tard, à New York, entre dans un restaurant de poissons – le plus fameux au monde. Il commande un bar de ligne, un poisson sauvage. Le maître d’hôtel débarque avec son bar de ligne et lui dit ‘Monsieur, voulez-vous que je vous le prépare ?’ Et notre homme dit ‘non, non, non, je vais le préparer moi-même’. Il prend sa fourchette, son couteau et ouvre le bar de ligne… Et les boutons de manchettes ne s’y trouvent pas ! Voilà ce que j’apprécie avec le hasard, concluait Vladimir Nabokov. »
Tout est dit, ou presque, sur le roman et je n’ai pas grand-chose à ajouter, si ce n’est remercier Patrick Beguinel, créateur, animateur, leader de Litzic, pour ce mois passé avec lui. De ce point de vue, le hasard − cet étrange animal qui ne restitue pas les boutons de manchette − a bien fait les choses : notre rencontre épistolaire, riche d’échanges et d’humanité, dont, je l’espère, rendent compte l’interview et les chroniques qui ont été publiées, a constitué pour moi un très beau démarrage de l’année, qui pourtant, socialement, politiquement, s’annonce mal. Encore merci à Patrick pour son talent de passeur, son souci du travail bien fait et sa générosité.

thomas degré 10 jours de caniculeRetrouver le portrait de notre auteur du mois Thomas Degré ICI.

Retrouver l’extrait inédit Farçous, tripous et Marcillac de Thomas Degré ICI

Retrouver la chronique de De Budapest à Paris ICI

Podcast des deux émissions B.O.L consacrées au roman et au récit de Thomas Degré et diffusés sur Radio Activ ICI et ICI

lire la chronique de Marie, 4 novembre 1943 ICI

Retrouver l’interview de Thomas degré ICI et ICI

Retrouver la chronique de 10 jours de canicule ICI

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