[ INTERVIEW ] ISABELLE TEMPLER, ses débuts littéraires.

Découvrez l’interview d’Isabelle Templer, notre autrice du mois de septembre.

Comme il est de coutume, nous vous proposons de découvrir notre autrice du mois, Isabelle Templer, un peu plus en profondeur avec cette interview qui revient un peu sur sa vie littéraire, de ses premiers émois de lectrice jusqu’à ses derniers travaux en cours d’autrice. Cette interview sera dévoilée en trois parties dont nous vous invitons à découvrir la première sans tarder.

L’interview

Litzic : Bonjour Isabelle. Première question, d’usage : comment vas-tu ? Pas trop dur la reprise après les vacances ?

Isabelle Templer : 3 semaines de rêve sur la Costa Smeralda en Sardaigne. La reprise dans la fournaise de la ville est un peu dure surtout au niveau de la concentration. L’esprit s’évade très vite.

L : Quels sont tes premiers souvenirs de lecture ?

Isabelle Templer : Le 1er souvenir de lecture est celui de ma mère nous lisant le soir un chapitre de « Sans famille » d’Hector MALOT – me révélant qu’il était possible d’exprimer au travers de personnages fictifs des chagrins indicibles.

L : Te souviens-tu de ce qu’ils ont déclenché chez toi ?

Isabelle Templer : S’il ne m’était pas possible de verbaliser mes émotions, mes tourments, mes fantasmes, mes désirs alors peut-être était-il possible de les écrire.

L : Quels sont les auteurs qui ont déclenché chez toi des réactions fortes ? Et quels livres ?

Isabelle Templer : Extrêmement difficile de répondre tant l’éclectisme de ma bibliothèque est à l’image de ma vie, de mon parcours tant professionnel que personnel, et des multiples recherches que j’ai poursuivies.
Mon 1er choc, j’avais 18 ans : « Et la terre sera pure » de Silvain REINER, l’histoire d’un crime, celui des médecins nazis qui ont mis leur art au service de la mystique hitlérienne – transformation des Hommes en cobaye.
Je citerais Simone de Beauvoir « La force de l’âge » ou « Le 2ème sexe »
Mes découvertes plus récentes : Haruki MURAKAMI « Kafka sur le rivage » et tous les autres qui m’ont ouvert un univers onirique.
Ou Irvin YALOM « Et Nietzsche a pleuré » – « Le problème Spinoza » ou comment un auteur peut s’approprier des personnages ayant existé et les inviter à jouer dans une fiction.

“S’il ne m’était pas possible de verbaliser mes émotions, mes tourments, mes fantasmes, mes désirs alors peut-être était-il possible de les écrire.”

L : Quel est le livre qui t’accompagne ou t’a accompagné de longues années et que tu cites facilement comme une de tes références ?

Isabelle Templer : Aucun en particulier, je ne voudrais pas faire de jaloux !!!
Mais le 1er cité, mon 1er choc, a été déterminant pour la suite de mon histoire.

L : Quand as-tu commencé à écrire des histoires ?

Isabelle Templer : Bien tardivement. Le chemin a été long avant de s’accepter, de se faire confiance, en un mot de se libérer.
La poésie d’abord, par petites touches, coups de plume sur le cahier. Approche timide pour apprivoiser les mots.

L : L’envie t’est-elle venue naturellement ?

Isabelle Templer : Et puis la vie a frappé fort, plus fort encore et les résistances ont lâché. Un matin, sans rien, pas en attente, juste en suspens, le souffle court, alors, j’ai laissé glisser ma plume, la tête vide. Ce n’est pas vrai. Elle n’était pas vide.
A chaque instant, une pensée, une image se présentait à l’entrée de la conscience.
J’avais le choix de les retenir ou pas.
J’ai ainsi appris à laisser filer, à ne pas leur donner plus d’importance qu’au passage d’un stratus dans un ciel limpide.
L’important était de se mettre dedans, dans le mouvement.
J’ai laissé la calligraphie faire, retenir entre le tracé des lettres, le mouvement, les sensations, les émotions.
En 15 jours, « Meurtrissures » a vu le jour.

L : Tu me disais avoir développé ta façon d’écrire avec l’aide de Guy Torrens, lors d’ateliers d’écriture. Peux-tu déjà expliquer, à ceux qui ne le savent pas, en quoi consiste un atelier d’écriture ?

Isabelle Templer : La première fois, je me suis laissé emmener par Guy et Frédérique pour un séjour dans les Pyrénées qu’ils avaient appelé « géo-poétique ». Soit chaque jour, une randonnée avec un carnet et un stylo en poche, la tête chargée d’une consigne d’écriture, elle-même inspirée d’un auteur. Le soir, épuisée et les poches pleines de mots cueillis au hasard de la marche, je les rassemblais comme les pièces d’un puzzle, me surprenant moi-même du dessin ou peut-être du destin qui se révélait.
J’ai découvert ainsi la magie (« l’âme agit » aurait pu dire Lacan) de l’écriture.
Pour répondre plus précisément à ta question, je pourrais dire qu’un atelier d’écriture permet, à partir de contraintes telles que thèmes, styles, formes…, de se révéler sinon écrivain(e) à tout le moins à soi-même, de trouver sa langue.

“Un matin, sans rien, pas en attente, juste en suspens, le souffle court, alors, j’ai laissé glisser ma plume, la tête vide. Ce n’est pas vrai. Elle n’était pas vide.”

L : A l’époque, l’envie d’écrire était très présente pour toi ? L’atelier t’a-t-il permis de progresser dans l’écriture (on parle bien d’écriture littéraire, pas de celle dans le cadre du travail) ?

Isabelle Templer : Cette révélation a tout d’abord été ludique. Je jouais avec les mots sans intention aucune. J’avais pris l’habitude d’avoir toujours à mes côtés un petit carnet où je notais des mots qui résonnaient, des phrases qui venaient, des images ou des sensations.
J’ai commencé à écrire un journal qui m’a donné une certaine discipline, celle d’écrire chaque jour. Très subtilement, je dirais aujourd’hui, qu’un récit prenait forme.
Et même, je me suis rendu compte que mes écrits professionnels avaient changé de forme voire de style. Chaque rapport aujourd’hui, au-delà de l’analyse de situation, raconte une histoire.

L : Sur quoi ont débouché ces ateliers ?

Isabelle Templer : Je ne sais pas, je ne sais plus.
La vie nous a emmenés sur d’autres chemins sans doute.

L : En général, quel est le point de départ de tes écrits ? Survient-il comme par magie ou est-il le résultat d’une pensée que tu as noté quelque part dans ton esprit ?

Isabelle Templer : Spontanément, je te répondrais la vie.
Mais j’imagine que tu attends que je développe un peu. Et tu m’obliges ainsi à me dévoiler….
Entre ma propre vie, mes expériences, mes recherches sur le sens de la vie, mon travail, il y a là une infinie source d’inspiration dont l’humain tient une place centrale.
J’ai commencé par la poésie, née de mes émois, mes sensations, mes sentiments face à la nature ou aux tourments de la vie.
Les récits, eux, naissent bien souvent de personnages ou de situations dont le profil ou l’histoire sont si éloignés de ma propre existence qu’ils laissent place à l’imagination et donnent toute liberté à la créativité.

L : D’ailleurs, comment procèdes-tu ? Par notes ? Mentalement ? Et écris-tu sur papier ou directement à l’ordinateur ?

Isabelle Templer : Tout d’abord, des notes, oui ; des mots, des expressions ; des rêves la nuit qui me réveillent ; des atmosphères ou des scènes aperçues, attablée à une terrasse de café ou ailleurs ; des pensées, des réflexions personnelles ou entendues ; toujours sur mon petit carnet, en vrac.
J’ai commencé à écrire sur le papier car comme je l’ai dit plus haut la main fait la pensée.
Depuis peu, l’ordinateur parce que les copiés-collés sont une merveilleuse invention. Cela évite de heurter mon regard sur les ratures qui défigurent la page.

“J’ai commencé par la poésie, née de mes émois, mes sensations, mes sentiments face à la nature ou aux tourments de la vie.”

L : Ressens-tu un vertige devant la page blanche ou au contraire est-elle synonyme de promesse(s) ?

Isabelle Templer : Jolie question. Les deux sont toujours là tapis dans l’ombre. J’y ajouterais l’excitation et la détresse. Il n’y a jamais un jour qui ressemble à l’autre.
Et je me vois souvent quitter mon bureau et marcher quand je suis en proie à des émotions contradictoires pour lâcher la tension, je pourrais dire le trac comme une entrée en scène, afin d’endosser le costume du personnage ou de reprendre en main la situation.

L : Comment t’organises-tu pour écrire ? T’accordes-tu un temps hebdomadaire ou quotidien ou bien écris-tu simplement quand le besoin impérieux se fait ressentir ?

Isabelle Templer : La poésie arrive par flash ou très souvent le soir, la nuit, espace de liberté et de transformation.

Les récits ont besoin de temps et d’espace. Les vacances sont propices à cet exercice. Je peux m’imposer alors un emploi du temps où chaque jour, à la même heure, je me mets devant ma table.
Je me suis rendu compte que cette discipline, pour contraignante qu’elle puisse paraître, stimulait la réflexion ; En fait, l’histoire continuait sa vie en tâche de fond tout au long de mes autres activités.

isabelle templer interview

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