[ AUTEUR DU MOIS ] JEAN-MARIE FLEUROT, l’interview

Interview de Jean-Marie Fleurot, notre auteur du mois de juin.

Et voici la désormais traditionnelle interview de notre auteur du mois. Jean-Marie Fleurot s’y prête de bonne grâce et revient pour nous sur ses premiers pas de lecteur et d’écrivain. Dans une seconde partie d’interview, il reviendra sur les mécanismes d’écriture qui sont les siens puis, dans une troisième partie, nous reviendrons ensemble sur son recueil de nouvelles Des catastrophes pas très naturelles que nous avons chroniqué dernièrement. Bonne lecture et découverte de cet auteur passionnant.

L’interview.

L : Première question pour lancer cette interview : comment vas-tu ?

Jean-Marie Fleurot : Je vais bien et je te remercie de ton accueil sur Liztic, c’est un vrai grand plaisir, à la fois d’y être présent et aussi de jouer le jeu qui consiste à prendre du recul sur soi, vraiment.

L : Merci, tout le plaisir est pour moi. Peux-tu te présenter rapidement, expliquer ton parcours d’auteur ?

Jean-Marie Fleurot : Mon parcours d’auteur est avant tout un parcours de lecteur. Très jeune j’ai été un lecteur boulimique ce qui répond indirectement à ta question suivante. J’ai toujours beaucoup lu, c’est comme une respiration ou la nourriture. Et assez tôt j’ai été fasciné par le fait d’être capable d’écrire des histoires. Sans être un auteur, très vite j’ai travaillé un style très scolaire afin d’être lu dans mes rédactions, mes dissertations. Mais sans oser m’approcher de l’écriture. Sûrement par paresse aussi car je suis un grand velléitaire. Et comme tous les gens doués pour rien mais bons en tout j’étais aussi fasciné par la peinture, la musique, le cinéma. Tout ce qui est création en fait.

L’élément déclencheur a été la participation à une formation d’animateur d’ateliers d’écriture. Là j’ai été « obligé » d’écrire pour rentrer dans la peau du participant et surtout j’ai rencontré Guy Torrens avec qui je suis devenu ami et qui, lui, était déjà un auteur confirmé. Il m’a donné la confiance et l’envie d’être publié qui me manquaient. Mon premier recueil de nouvelles, un opus très court, est paru en 2015 et l’année suivante d’un roman écrit à 4 mains avec Guy justement. Puis deux autres recueils, un en 2017 et l’autre qui vient de paraître. La machine, bien que tardivement, est lancée.

Avec une parenthèse aussi pour l’écriture de haïkus que je publie de temps en temps en revue. Toujours la forme brève. La poésie est un genre autour duquel je tourne, mais c’est à la fois plus intime et plus rigoureux et j’ai du mal à franchir le pas pour l’instant mais ça me passionne aussi.

« C’est un peu surfait mais je crois que c’est « Le voyage » de Céline ! »

L : En remontant un peu le temps, arrives-tu à te souvenir de te premiers émois de lecteur ?

Jean-Marie Fleurot : Mes premiers émois de lecteur sont liés au fait que toujours mes parents m’ont offert des livres comme cadeaux, aussi loin que je me souvienne. Ça n’avait rien du « cadeau obligé » ou du rituel dans la famille BCBG dont nous étions très éloignés, non vraiment c’était du rêve ! Des encyclopédies au début, des amis m’offraient aussi des grands auteurs dans des « beaux livres » qui restaient sagement alignés. J’allais plutôt piocher dans les bibliothèques familiales au hasard des 4ème de couverture et sans aucune censure et j’y lisais aussi bien Victor Hugo que Konsalik !

L : Quels livres avaient ta préférence durant ta jeunesse, puis dans ton adolescence ?

Jean-Marie Fleurot : Je lisais tout ! Pas mal de livres d’histoire et de bio, le « nouveau journalisme » aussi m’a très tôt attiré, je me souviens du »Chant du bourreau » de Norman Mailer, le noir avec la découverte d’Ellroy dans les histoires de qui je me noyais un peu, des prix littéraires parce qu’Apostrophes était une émission inratable le vendredi soir à la maison, surtout pour ma mère qui n’avait rien d’une lettrée et était en apparence la femme au foyer type des années Giscard. Mais en apparence seulement, elle lisait Jean-Louis Bory , écoutait les émissions culturelles à la radio sans que je sois jamais parvenu à savoir d’où ça pouvait lui venir.

L : Hormis l’acquisition de l’écriture, quand as-tu commencer à écrire des histoires ?

Jean-Marie Fleurot : Très tard ! Quelques velléités à 18 ans vite rangées dans un tiroir. Je ne savais pas comment m’y prendre, ni quoi raconter même si j’avais un peu de style. C’est toujours mon problème, trouver l’histoire ! 😊 À cette époque j’ai écrit un peu, du rewriting dans la presse sportive, un bon artisan qui se débrouillait pas mal avec les mots et je suis passé à autre chose jusqu’à ce que je me décide poussé par Guy en 2015 à sauter le pas !

L : Quel(s) auteur(s) t’a (ont) donné envie d’écrire des histoires ?

Jean-Marie Fleurot : Le premier auteur qui m’a fait poser une feuille blanche sur un bureau et prendre un stylo c’est James Salter, je ne me rappelle plus du titre. Et j’ai trouvé ça tellement difficile et surtout banal que j’ai laissé tombé et suis redevenu un lecteur très vite. J’avais 18 ans et je ne foutais pas grand-chose à Grenoble où j’étais parti faire de soi-disant études.

« Ce fut une expérience rare, un vrai plaisir. »

L : Quel a été ton premier choc littéraire ? Qu’a-t-il changé chez toi, dans ta façon de considérer la littérature ?

Jean-Marie Fleurot : C’est un peu surfait mais je crois que c’est « Le voyage » de Céline ! J’ai découvert une langue qui explosait tous les codes, presque une logorrhée mais qui n’avait rien à voir avec du ‘parlé » mais au contraire était fabriquée avec une précision géniale où chaque mot avait sa place exacte soutenant l’ensemble. Et puis une narration qui m’emportait de Paris à l’Afrique, où la merde sentait la merde, où quand on était minable on l’était vraiment jusqu’au bout. Je l’ai lu fin du collège ou première année de lycée et ça reste pour moi le livre qui m’a montré que la littérature ça ne racontait pas la vie C’ÉTAIT la vie !

L : Quel auteur t’a accompagné durant une longue période de ta vie et dont tu peux dire que c’est, en quelque sorte, ton auteur culte ?

Jean-Marie Fleurot : À part Céline, plus qu’un auteur c’est une famille d’auteurs que j’ai découverts par hasard en piochant chez un bouquiniste chez lequel j’ai acheté il y a très longtemps, au sortir à peine de l’adolescence, « Dalva » de Jim Harrisson. Et cette famille, qui n’en est pas une, Jim Harrison, Richard Ford et James Ellroy sont vraiment chacun à leur manière des auteurs qui depuis toujours m’accompagnent comme lecteur et comme auteur. Plus « récemment » j’y ai ajouté Jay MacInnerney et Brette Easton Ellis, enfin pas celui de « Colours ».

L : Quel est le livre qui te sert de  « modèle » tant son style, sa force te paraissent une ligne à suivre ?

Jean-Marie Fleurot : N’importe quel livre de Richard Ford, « Un Week-end dans le Michigan » par exemple, dont la puissance, l’émotion et la sobriété tout à la fois me touchent et me donnent l’envie d’écrire comme ça. Et puis un OVNI, au milieu de tout ça peut-être, « La recherche » de Proust ! Pour moi ce n’est pas du tout le livre mièvre et mondain qu’on l’on présente trop souvent, mais plutôt une descente aux enfers qui m’ont cueilli à l’estomac : le gamin qui longtemps etc… Le temps de tous les possibles, une enfance rassurante et heureuse et puis la vie, ses lâchetés, ses saloperies, les nôtres aussi. Et puis le bal des apparences, les pulsions, la solitude qui nous attend au tournant… Pour moi c’est un livre d’une violence rare distillé dans un langage raffiné, un peu comme du Visconti…

L : Tu es venu vers Litzic car tu as écrit à quatre mains avec Guy Torrens. Tout d’abord, est-ce dur d’écrire ainsi ou bien la synergie entre deux auteurs provoque-t-elle une émulsion d’idée, une énergie totalement différente de l’écriture en solo ?

“…en lisant « Fléau » de Stephen King je me dis que la barre est déjà assez haute.”

Jean-Marie Fleurot : Ce fut une expérience rare, un vrai plaisir. La dynamique est évidemment différente mais là surtout elle reposait sur le fait d’une générosité totale de Guy qui me faisait confiance alors que je n’avais écrit que quelques lignes, ce qui était loin d’être son cas. Ensuite, aucun jugement et la possibilité de partager cette intimité totale de l’écriture en mouvement avec quelqu’un. Chacun écrivait sa partie et l’envoyait à l’autre qui prenait la suite et ça a fonctionné parce que bien que nos univers ne soient pas les mêmes ils sont naturellement et fondamentalement complémentaires et que derrière l’écriture il y a une amitié. Pour te répondre, plutôt qu’une émulsion, je l’ai vécu comme quelque chose de très paisible, de très serein et de très beau comme moment de création..

L : Nous sommes bien d’accord concernant la générosité de Guy. Travailler avec lui lorsqu’il était auteur du mois fut un réel plaisir. Avant de poser des questions plus précises sur tes écrits, es-tu attiré par d’autres formes d’art ? Si tu n’avais pas écrit, vers quelle autre forme d’expression aurais-tu pu te tourner ?

Jean-Marie Fleurot : Oui je suis passionné par tout ce qui est création, cinéma, peinture, danse, couture, c’est la démarche qui me passionne. Peut-être que j’y vois la solution à un profond besoin de changement qui m’anime toujours.

L : Si tu ne devais en citer qu’un dans chaque catégorie :

un film ?

Jean-Marie Fleurot : Un film de Sautet, peut-être « Les choses de la vie ». Pour la mélancolie d’une époque, les 404 et les DS, les années Giscard où j’y croyais encore (pas à Giscard), et puis les coups de gueule et les silences de Piccoli, et Romy Schneider si belle parce que si malheureuse ou peut-être le contraire.

Un disque ?

London Calling des Clash

Un artiste ou une œuvre d’art ?

Edward Hopper pour Nighthawk et tous les autres

L : Nous parlions un peu en off du confinement (rien de bien étrange à discuter de cela). As tu profité de cette période d ‘enfermement pour écrire, ou en as tu simplement profiter de façon totalement hédoniste en lisant, regardant des films, en te reposant aussi ?

Jean-Marie Fleurot : Pas du tout en mode hédoniste en fait car j’ai continué à télétravailer. Mais j’étais dans une bulle de liberté et de solitude. Je me suis immergé dans « La montagne magique » de Thomas Mann et un peu comme ses héros je n’ai pas forcément très envie de redescendre dans la vallée retrouver le monde. Par contre, pour l’écriture, beaucoup de gens semblaient très créatifs et moi j’étais plutôt anesthésié, me laissant flotter mais sans que cela fasse naître une envie de créer.

L : Est-ce que cette période pour le moins spéciale te nourrit littérairement parlant ? Sens-tu de n
nouveaux thèmes d’écriture apparaître chez toi ?

Jean-Marie Fleurot : Peut-être mais je ne suis pas sûr car la solitude, la pandémie, tous ces thèmes quand j’y pense sont rebattus et en lisant « Fléau » de Stephen King je me dis que la barre est déjà assez haute 😊

Jean-marie fleurot l'interivew

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