[ ROMAN ] CHRISTOPHE SIÉBERT, Images de la fin du monde.

Images de la fin du monde, tome 1 du cycle des Chroniques de Mertvecgorod, de Christophe Siébert (aux éditions Au diable Vauvert).

Il faut prendre le temps pour parler correctement d’un livre comme Images de la fin du monde. Nous nous y attendions cependant, car l’écriture de Christophe Siébert nous parle, très profondément (combien même, dans certaines situations, nous aimerions que ce ne soit pas le cas) . Ce premier tome d’un cycle consacré à Mertvecgorod, nous conduit en direction de cette république échappée de l’ex-bloc soviétique où le crime et la débauche sont le B.A BA quotidien. Dans Images de la fin du monde, nous suivons les routes de plusieurs personnages qui, mis bout à bout, ou entremêlés par leurs histoires souvent sordides, font souffler un feu d’apocalypse sur la ville.

Vignettes.

Images de la fin du monde se décompose en plusieurs vignettes, dont la chronologie ne suit pas un long fleuve tranquille. Ici, nous sommes dans un va-et-vient incessant entre passé et futur, en passant d’un personnage à un autre, tout en y incorporant sans cesse de nouveaux. Chaque protagoniste esquisse ici le portrait d’une ville semblable à la porte des enfers, dont ils seraient, presque, les cerbères.

Nous disons presque parce que chaque personnage voue une haine/passion à cette ville polluée, vivant dans un smog permanent, traversée par un échangeur autoroutier toxique surplombant la Zona, une sorte de bidonville (dans lequel pleuvent les métaux lourds liés aux gaz d’échappement) où le crime règne en maître absolu. Entre cancers, banditisme, prostitution et toutes sortes de déviances, les habitants survivent sans se faire énormément d’illusions quant à leur futur.

Noir.

Inutile de préciser que le tout est noir, très noir. Ce n’est pas étonnant lorsque l’on connaît le goût de Christophe Siébert pour les ambiances goudronneuses, au travers desquelles la lumière ne passe pas. Nous retrouvons donc ces thèmes de prédilection, à savoir ceux de la violence et du sexe, le tout sur fond de trame politique révolutionnaire et de sensations virtuellement amplifiées. Ce côté science-fiction lie tout cet imbroglio de personnages et d’histoires dans un tout qui nous tient méchamment en haleine tout au long des 280 et quelques pages (plus si on y ajoute le glossaire et la fiche Wikipédia de Mertvecgorod).

Si la chronologie est aléatoire, la narration n’est pas en reste et se personnalise à chaque intervenant dans cette histoire. En effet, nous avons affaire à un journaliste envoyé sur place qui raconte ce qu’il découvre auprès du Svatoj, ou le point de vue de cet ado, Camille, qui fugue de chez parents qui ne cessent de se taper dessus. Ou bien encore de cette Française partie à Mertvecgorod avec un routier et qui passe (ou tente de passer) des castings pour devenir actrice, la plume de Christophe Siébert virevolte pour nous amener au plus près de leurs états d’âme à tous (et c’est parfaitement réussi).

Une plume plus affûtée.

La plume de Christophe Siébert est encore plus affûtée que par le passé. Comment le décrire avec exactitude ? Très difficile à dire. Ici, nous avons une succession de nouvelles, en quelque sorte, reliées entre elles par Mertvecgorod. Désespérées, toxiques, elles dressent le portrait d’une société perdue dans ses contradictions, entre plaisirs faciles (drogues, jeux vidéo en réalité virtuelle, sexe…) et misère noire, sans aucune perspective d’avenir. Ce cocktail détonant donne place à une société sur les nerfs, où l’enfance est laissée à l’abandon.

Les êtres qui peuplent les bas-fonds de Mertvecgorod sont abjectes, vivent au jour le jour, subissent ou pratiquent la loi de la jungle dans ce qu’elle a de plus trivial, de plus viscéral. Pour s’en sortir, pas d’autre choix que d’écraser les autres. Les quelques personnages « normaux » d’Images de la fin du monde, nous paraissent presque comme étant les moins normaux dans cette faune de tueurs, de pervers, de camés.

Attirant.

Pourtant, si tout cela peut paraître rebutant, la plume de Christophe Siébert, elle, illumine l’histoire. Simple, concise, à l’architecture alambiquée mais qui justement nous maintient dans un état de fébrilité avéré, elle permet une immersion à ce point crédible que lorsque nous lâchons le bouquin, nous avons presque l’impression que des métaux lourds ont investi notre sang, que le smog a noirci notre peau et que, surtout, le crime nous habite.

Il nous tarde dès lors de découvrir la suite de ce cycle, de connaître les tenants et aboutissants de tous ces personnages auxquels, étrangement, on s’attache. Un peu à la manière de protecteurs. Mais pas de ces protecteurs d’Images de la fin du monde. On se comprend. Dès la réouverture des librairies, foncez yeux baissés vers ce bouquin qu’on ne saurait trop vous conseiller !

christophe siébert image de la fin du monde

 

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