[ INTERVIEW ] NATHALIE STRASEELE, premières questions

Premières questions à Nathalie Straseele

Découvrez les premières questions que nous avons posées à Nathalie Straseele, notre auteure du mois, ainsi que ses premières réponses. Comme il est de coutumes, celles-ci sont générales et nous plongent, en quelque sorte, dans les fondations de son travail, autant celui d’écrivaine que celui d’artiste peintre. On vous laisse donc en sa compagnie.

L’interview

Litzic : Bonjour Nathalie. Première question rituelle, comment vas-tu ?

Nathalie Straseele : Plutôt correctement, malgré la période, enfin l’ambiance du monde, que je ne trouve pas facile. A vrai dire, répondre à cette question, le plus souvent assez machinale socialement, n’est pas chose aisée pour moi, en ce moment particulièrement.
En début de questionnaire, ce n’est pas habituel, donc je réponds : Merci beaucoup Patrick pour l’attention, rappelée par la question.
Et toi comment vas-tu ?

L : Aussi loin qu’ils remontent, quels sont tes premiers souvenirs de lectrice ?

Nathalie Straseele : Alors, très loin, les livres de contes, Andersen, Grimm. Et aussi plusieurs livres de contes et légendes, que j’ai beaucoup relus. Des livres illustrés, donc. Évoquant différentes civilisations et parties du monde. Les mythes, le développement de la personnalité, le sens de la vie etc.
J’ai été immobilisée 2 ou 3 mois par une paralysie de la jambe quand j’avais tout juste cinq ans, et j’ai bénéficié du soutien de l’institutrice qui m’appris en avance alors la lecture. Et j’ai lu beaucoup. Ensuite aussi, à partir de 10 ans j’étais en internat, mais déjà avant, je me souviens de la lampe de poche au milieu des couvertures.
Les premières BD furent une grande découverte, mais c’est plus tard, les grands classiques, Tintin et Milou, incontournable, Astérix, Lucky Lucke, Buck Dany (j’avais des frangins) . Je suis une grande admiratrice de Gottlieb, qui m’a valu quelques franches parties de rigolade. Et j’en garde un souvenir très précis vraiment. Réjouissant.

L : Quel est le premier livre qui t’a profondément marquée et dont tu gardes un souvenir ému ?

Nathalie Straseele : ‘Le rêve’ de Zola, sur les bâtisseurs de cathédrales. Je n’ai pas encore osé le relire depuis, mais je l’ai gardé contre vents et marées. Je parle en l’occurrence des années et des déménagements.
Je pense que j’ai lu ensuite la quasi totalité de l’œuvre de Zola.
Je fonctionne un peu comme cela, si un auteur me plaît, je lis plusieurs de ses ouvrages. Je parle des auteurs classiques surtout, pour lesquels il y avait une disponibilité en collection de poche.
‘L’interprétation des rêves’ de Freud. Je l’ai lu très tôt, j’étais en 5ème, et ce fut avec avidité.
Parmi les autres livres qui m’ont fait de la même manière forte impression, j’en citerai deux, c’est ‘Désert’ de Le Clezio, et Ecce Homo de F. Nietsche. Je devais avoir alors une trentaine d’années.

“Je fonctionne un peu comme cela, si un auteur me plaît, je lis plusieurs de ses ouvrages.”

L : Quels sont les auteurs qui t’ont marqué ? Est-ce eux qui t’ont donné l’envie d’écrire ?

Nathalie Straseele : J’ai lu en quasi intégral Zola donc, Stefan Zweig, Kundera, Mishima, Colette, Duras, le Clézio, Nietzsche, Debord, Vaneighem, Giono, Beckett, Maalouf, Paasilinna, Italo Calvino, Nancy Huston, Alice Ferney, Amélie Nothomb, Delphine De Vigan.
C’est un catalogue à la Prévert !… ce n’est pas forcément dans un ordre chronologique.
En SF Georges Orwell bien sûr et deux livres assez atypiques dans le genre de Théodore Sturgeon ‘Cristal qui songe’ et ‘Les plus qu’humains’ m’ont profondément marquée.
Est-ce ces auteurs qui m’ont donné l’envie d’écrire ? Je ne sais pas. L’envie non. Un exemple à suivre parfois oui. J’ai souvent trouvé merveilleux et essentiel dans les livres ce quelque chose qui se communique d’humain à humain, qui agrandit l’expérience et affranchit du sentiment de solitude existentiel. Une pensée, un mot, une phrase qui arrive au bon moment. C’est cela je crois.

L : Quand as-tu commencé à écrire des textes autres que purement scolaires?

Nathalie Straseele : Très petite j’avais élaboré un magazine avec histoires et dessins, avec notamment l’histoire d’un type de chien que l’on appelle basset : il me semblait en effet nécessaire de relater les circonstances l’ayant amené à présenter ces pattes raccourcies, d’une hauteur qui me paraissait inadéquate, et injustifiée.… je m’intéresse beaucoup au destin 😉
J’ai ensuite tenu un journal intime dans un carnet rouge en couverture plastifiée. Sans réel intérêt, sauf quelques événements importants, pensées et ressentis d’enfant, décrits avec la volonté de consigner quelque chose à transmettre, pour l’adulte que je deviendrai. C’était précisé comme tel. Je ne l’ai pas conservé, le message était passé.

” Un besoin de comprendre le réel.”

L : Quel en a été le déclencheur ?

Nathalie Straseele : Ah ! J’ai donc un peu répondu déjà à la question précédente. Un besoin de comprendre le réel. De trouver des réponses. De détecter – c’est très subjectif- l’absurde, de consigner des observations. de faire rigoler aussi.

L : Tu as écrit un roman long, un essai, des romans courts, des nouvelles, un album jeunesse. Quels sont les points communs que tu retrouves sur ces différents formats ?

Nathalie Straseele : Je vais répondre autrement.
Mes premiers écrits d’adulte sont des histoires pour enfants, de type conte. Un seul a trouvé accueil chez un éditeur, toutefois j’en ai écrit plusieurs, et tous à la même époque, que j’ai mis en libre téléchargement sur mon site. Ces textes ont été utilisés par des copines institutrices ou éducatrices, et sont appréciés des enfants.
Je les ai écrits après l’arrivée du troisième enfant.
Pourquoi ? Comment ?
Des phrases toutes agencées, plutôt mélodieuses, et dont je ne pouvais donc pas me désintéresser, me cueillaient au réveil le matin, avec la pression impérieuse de me mettre au clavier pour rédiger la suite. En cela mon inspiration vient d’un espace qui n’est pas très intellectualisé. Il me semble qu’il s’agit du fruit d’une conjugaison de mon empathie et d’une élaboration de type romanesque ; Je m’imprègne des ambiances et je délivre, je retraduis en mots et images.
Cela m’a pris quelques années.
Le livre que j’ai écrit par la suite, ‘La femme à la valise’ est catégorisé : récit-essai. Ce fut un livre important, très important pour moi. Je ne voudrais pas m’étendre ici sur le sujet, toutefois, un souvenir de jeunesse enfoui a fait brusquement surface, c’était un souvenir très difficile, l’émotion est sortie sur papier, au clavier. J’avais besoin de reprendre et me réapproprier quelque chose, et j’ai alors décidé de poursuivre par l’écriture. Ce livre, enfin surtout le témoignage qui y est inclus a eu un important relais médiatique (téléToulouse, France2 et 3, webdocumentaire Arte). C’était en 2012. donc assez précurseur vis-à-vis du mouvement des femmes aujourd’hui. Surtout je l’avais écrit en 2007, et j’avais décidé alors de me mettre vraiment au travail de l’écriture. Par respect pour le petit talent qui était là, et avec l’idée que si on ne prend pas du temps dans la vie pour développer ce que l’on a, c’est franchement idiot.

Dans l’écriture j’adore particulièrement les moments où mes mains vont plus vite que ma pensée consciente, et que les phrases écrites me surprennent.
C’est à cette période que pour me mettre au travail vis-à-vis de ce projet, j’ai décidé de m’inscrire à la Maison des Artistes, avec la peinture aussi.
Mon premier objectif, raisonnable : commencer par le format nouvelles, abordable pour un début, avec le désir de susciter des émotions différentes chez le lecteur. Thématique : la relation esprit-matière, … ou comment le prosaïque se mêle parfois d’illustrer les préoccupations profondes.
Je me mets alors en position d’observation, et la vie alimente. Pour les idées et les situations.
Il se trouve que pendant l’écriture certains personnages m’ont amenée à quelque chose de plus construit du point de vue de l’histoire, et cela a donné quatre romans courts. Mêlés d’imaginaire et de vécu. Ces deux livres sont parus en 2016, ‘Étrangetés’ pour les nouvelles, ‘Car l’amour court’ pour les 4 romans courts.

Dans ce livre là, j’ai déposé des clés, un fil, … pour une suite que j’avais en tête, et sur laquelle je travaille toujours.
Des événements sont intervenus dans ma vie, m’amenant à des priorités différentes.
2 publications ont eu lieu en 2018, chez le même éditeur, que tu connais bien. Deux romans, courts également, beaucoup plus imprégnés de ma vie du moment.

Et cette année, un texte a vu le jour… je t’en dirai davantage par téléphone ou à l’occasion d’une autre question.
Aujourd’hui et depuis quelques semaines j’avance à nouveau sur le projet que j’avais en 2016. C’est une gageure, par l’exigence de construction sur différents plans, mais ça y est, je crois que j’en ai trouvé la forme.
Alors, bien sûr je réfléchis en écrivant, et pour répondre à ta question, je te dirai que le point commun est que mes écrits racontent des histoires. Peu importe au final le format, l’important, enfin ce qui génère ma motivation, c’est le désir de communiquer quelque chose. Quelque chose en moi considère que j’ai quelque chose à dire, et que l’écriture est un moyen où je peux le faire. Avec l’avantage pour moi d’apprendre cet univers immense que font les mots, les adjectifs, les phrases, leur musicalité, les histoires, l’agencement, la typographie, les pages, les chapitres, les objets livres, ensuite les retours des lecteurs…
Je me sens très légitime et à ma place dans l’écriture.

“Les idées vont vite, c’est assez proliférant.”

L : Comment procèdes-tu pour écrire ? (Prends tu beaucoup de notes ? As-tu une hygiène ou un protocole à suivre avant d’écrire ? Écris-tu directement sur ordinateur ou procèdes-tu à l’ancienne ? Suis-tu un plan ? )

Nathalie Straseele : En général sur le clavier.
En général le matin, plutôt très tôt.
‘Je t’avais dit : ne viens pas avant midi, au paradis ‘a été écrit sur un petit carnet. Au crayon à bille, à l’ancienne. C’est le seul.
Les idées vont vite, c’est assez proliférant. Je gamberge, je rêvasse, les idées ou les phrases prennent forme, et je prends des notes, sur carnet, ou par texto à moi-même quand une idée est là.
Ensuite, une fois que le texte a pris sa forme, je relis relis et aménage beaucoup, pour la musicalité.

L : Tu es une artiste peintre. De la même façon que pour l’écriture, quels sont les artistes qui t’ont marqué, qui t’ont donné envie de peindre ?

Nathalie Straseele : Picasso, pour la créativité et l’inventivité.
Matisse, pour le travail d’épure.
Klimt, pour la douceur et l’intime.
Kokoshka, pour l’intensité.
Bosch (Jérôme) pour la prolifération.
Le Corbusier et Cocteau, pour le trait.
Chagall, pour la sensibilité.
Lucian Freud, pour la puissance d’expression.
El Greco, pour en fait je ne sais pas pourquoi, la précision ?.
Rosa Bonheur, pour la beauté des vaches.
Franz Marc, pour la beauté des formes et les chevaux.
Et infiniment de vitraux, j’adore les vitraux, pour les couleurs et le jeu de la lumière….

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Foulard, crédit Nathalie Straseele (tous droits réservés)

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Redécouvrir la chronique de son roman Je t’avais dit : ne viens pas avant midi, au paradis

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