[ INTERVIEW ] BARBARA MARSHALL, troisième partie

Troisième partie de l’interview de Barbara Marshall, auteure du mois d’avril.

Nous vous proposons de découvrir la troisième partie de l’interview de notre auteure du mois d’avril. Barbabra Marshall nous y parle de son recueil Secrets et Turbulences (revoir la chronique ICI) et vous en dit un peu plus sur l’univers de celui-ci. Ce recueil nous a touchés par la force qu’il dégage, par ce portrait d’êtres humains (mais pas que) dont les accidents de vie donne le sel de leur existence.

L’interview

L : Quel est, d’après toi, le fil conducteur de ce recueil de nouvelles ?

Barbara Marshall : Je crois que c’est la force de vie ! Un courant parfois tortueux mais puissant qui transcende les obstacles. On peut l’appeler résilience aussi, et dans ce cas, on a le recul des années pour situer le sens qu’a pris l’existence à ce moment-là. L’histoire d’une personne ne peut pas lui apparaître dans les tourbillons des accidents de la vie, et ce qui m’intéresse justement, ce sont ces instants qui modifient et conditionnent la suite du parcours.

L : La plupart de ces textes ont pour narrateur un homme. Question peut-être un peu bête, mais pourquoi t’être glissé dans la peau d’hommes pour raconter ces histoires ?

Barbara Marshall : y a aussi des voix féminines dans mes histoires. Peut-être sont-elles moins présentes dans ce recueil, mais je n’ai pas calculé le « sex ratio » ! Ce qui m’amuse dans ta question est ailleurs. Que je me sois glissée « dans la peau » d’un virus ou dans celle d’un banc ne t’étonne pas ? À mon sens, le genre, l’espèce, la nature ne sont aucunement des barrières pour l’imaginaire qui n’a ni sexe ni âge. Dans mes nouvelles récentes, les personnages principaux sont par exemple une dame de plus de quatre-vingts ans et un éléphant difforme.

L : Cette immersion est, je trouve, parfaitement réussie et reflète peut-être une sensibilité masculine que les auteurs masculins ont justement parfois du mal à exprimer. Quels sont tes modèles en ce sens ? Des hommes de ta vie ou bien des auteurs/auteures qui parlent de l’homme de façon “transparente” ?

Barbara Marshall : La sensibilité n’est selon moi ni masculine ni féminine, elle résulte de la combinaison des gènes, de l’éducation reçue, du chemin de vie et des influences sociales et culturelles. Le plus difficile consiste à la laisser exister ! Là réside le vrai parcours des artistes en général pour lesquels le courage d’être soi et de porter une voix impose de se débarrasser de la peur d’être différent.e.s.

J’ai un stock conséquent de nouvelles qui me permet de restituer une cohérence.

L : Il y a, dans beaucoup de ces nouvelles, un aspect proche de la science-fiction. Crois-tu que le naturel est paradoxalement surnaturel, du moins dans son expression écrite ? Autrement dit, le surnaturel ne permet-il pas de dégrossir la complexité des émotions humaines ?

Barbara Marshall : Les épreuves que nous traversons collectivement ces temps-ci prouvent, s’il en était besoin, que le réel surpasse de loin toutes les fictions, tous les récits. A contrario, l’imaginaire et la narration sont indispensables pour ouvrir d’autres voies et ne pas se laisser enfermer dans des impasses. Parce que le réel ne me suffit pas, j’ai besoin d’écrire. Ce n’est pas seulement pour donner du sens, c’est aussi pour voyager, changer de filtres, d’angles parce qu’une existence ne suffit pas à explorer le monde. Alors le surnaturel serait pour moi en littérature ce supplément d’âme qui invite le lecteur à envisager d’autres réalités possibles.

L : Dans tes nouvelles, nous allons en Ukraine, au Japon, en Afghanistan… Es-tu une globe-trotteuse ou une amoureuse de cultures “exotiques” ? Pourquoi ces pays ?

Barbara Marshall : L’Ukraine est l’exception, j’ai eu la chance d’aller à Kiev et en Crimée. J’aime voyager depuis mon plus jeune âge (j’ai pris l’avion pour la première fois à l’âge de six mois). Pour revenir à ta question, c’était un de mes projets de créer des histoires dans des lieux que je n’avais jamais visités. En résumé, ces nouvelles, documentées bien sûr, me permettaient de partir vers n’importe quelle destination sans bouger de mon fauteuil.

La musique occupe chez moi une place centrale, qu’elle passe par des mots ou des instruments.

L : Je trouve que ta plume se réinvente dans chaque histoire. Qu’elle n’est pas figée. Dans le cadre de ce recueil, comment t’y es-tu prise ? Avais-tu un nombre de textes en stock que tu as ressorti et sélectionné pour aboutir à cette cohérence ou bien es-tu parti du titre de ce recueil pour l’alimenter ?

Barbara Marshall : J’ai un stock conséquent de nouvelles qui me permet de restituer une cohérence. Je me suis aperçue que certaines histoires avaient quelque chose en commun, un moment déterminant comme un tournant, qui transforme un personnage. Ce n’est pas forcément dramatique, cela peut être un événement heureux. Les implications de ce virage qui représente un concentré de vie deviennent apparentes grâce à l’écriture.

L : Dans Diane et le banc, tu parles essence de bois et guitare/musique. Quelle place tient la musique dans ta vie ? Quels sont tes groupes ou artistes préférés ? Et la guitare est-elle un instrument que tu pratiques ? (Moi-même plus fan de Gibson que de Fender, je m’y retrouve bien dans cette nouvelle).

Barbara Marshall : Les jazzmen qui jouent sur une Les Paul sont légions ! Le son des Gibson est plus chaud que celui des Fender paraît-il, et dans Diane et le banc, c’est le bois qui m’intéressait. J’ai joué de la guitare classique à l’adolescence puis il m’a fallu choisir…
La musique occupe chez moi une place centrale, qu’elle passe par des mots ou des instruments. Répondre sur mes goûts musicaux éclectiques, et parfois électriques, risquerait de prendre trop de place ici. En ce moment, je savoure le nouvel album Myopia d’Agnes Obel après avoir réécouté les Variations Enigma d’Elgar. Pêle-mêle je suis une inconditionnelle de Vivaldi, de Nina Simone, du groupe Archive, de l’immense Brel, de Bashung et de tant d’autres.

L : Quels sont tes projets d’écriture à plus ou moins long terme ?

Barbara Marshall : Je crois que j’ai déjà répondu dans une autre partie d’interview ? La fiction sur une longue distance pour aboutir à un roman bien sûr, mais aussi le théâtre, à condition de pouvoir monter une pièce.

L : Que peut-on te souhaiter pour la suite ?

Barbara Marshall : De trouver un éditeur pour mon dernier ou prochain roman. De vivre libre et tranquille, et je crois que nous sommes nombreux à partager ce souhait !

Barbara Marshall troisième partie

Quelques liens utiles :

Blog de Barbara Marshall

Son Site d’auteure

et son FB

Retrouvez le portrait de notre auteure du mois ICI

Retrouvez la nouvelle Blessure de sable ICI

première partie de l’interview de Barbara Marshall ICI, deuxième partie ICI

Relire la chronique de Secrets et Turbulences ICI

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