[INTERVIEW] Questions à Matéo Lavina pour fin de portrait objectif

Quelques questions posées à Matéo Lavina.

Afin d’achever son portrait de la plus objective des façons, nous avons posé quelques questions à Matéo Lavina. Nous vous laissons découvrir la teneur de ses réponses sans plus tarder.

L’interview

Litzic : Première question rituelle : comment vas-tu ?

Matéo Lavina : Je vais très bien, et toi ?

L : Peux-tu te présenter rapidement ? Qui es-tu ? Comment en es-tu venu à l’écriture ?

Matéo Lavina : Je m’appelle Matéo Lavina, je compose pour le théâtre et j’écris pour me structurer. J’ai été libraire, prof de flûte traversière, de solfège, de MAO. Aujourd’hui je suis préparateur de commande et je bosse dans un bar ; quand je ne suis pas en résidence théâtrale.

Quant à l’écriture, c’est arrivé un peu comme ça. Dès mon premier EP « Shene Nahar », j’accompagnai chaque sortie de track d’une phrase « poétique ».
Après je me suis mis à bosser sur un autre EP teinté de couleurs japonisantes, et je voulais que chaque track soit accompagnée d’une nouvelle, sorte de « concept-album », mêlant musique et écriture.
Au final j’ai composé plusieurs musiques, et écrit deux nouvelles, mais ça n’a jamais abouti et j’ai abandonné le projet. Mais c’est de là que vient mon tout premier texte « Le chant des tournesols », donc je ne sais pas vraiment comment je suis venu à l’écriture, mais je sais à partir de quand tout a commencé, le 30 octobre 2014. Je l’ai imprimé, daté et ma copine me l’a fait encadrer.

L : Tu as commencé très jeune la musique ? L’écriture, autre que scolaire, était-elle déjà présente à ce moment ?

Matéo Lavina : J’ai commencé la musique à l’âge de huit ans avec l’apprentissage de la flûte traversière au conservatoire de Villeneuve-le-roi et un super prof, Régis Bataille.
J’ai pas le souvenir d’écrire quoi que ce soit à cet âge-là, mais ma mère a retrouvé un ou deux petits contes avec dessins que j’avais faits dans ces eaux-là.

“… les images poétiques, absurdes et d’une précision farfelue de Ryû Murakami…”

L : Quels sont, littérairement et musicalement, tes références ? Y a-t-il des ponts évidents, pour toi, entre ces deux arts, ces deux moyens d’expression ?

Matéo Lavina : En littérature, j’en ai plusieurs sur des points précis : les images poétiques, absurdes et d’une précision farfelue de Ryû Murakami me fascinent, les personnages déglingués de John O’Brien dans « Leaving Las Vegas » ou « Better » me bouleversent, la capacité qu’a John Edgar Wideman a mêler les genres entre essais, chronique, récit et à ce que ça respire littérature dans « Suis-je le gardien de mon frère ? », je pourrai en citer encore d’autres.

Et musicalement, je vais essayer d’être plus concis. Il y a « La nuit transfigurée » de Schöneberg qui pour moi est un sommet de la musique, le « Requiem » de Fauré pour la finesse et la lumière qui se dégage de son écriture, « City life » de Steve Reich pour l’architecture, et Bratsch, Kino, Cesaria Evora et d’autres pour leurs mélancolies et leurs justesses.

Pour ma part, je pense que l’écriture met en lumière ce que la musique laisse dans l’ombre et vice-versa, elles se complètent. Il y a des sentiments, ou des émotions qu’il m’ait impossible de traduire avec des mots mais que je peux exprimer sur un piano ou des synthés, et inversement il y en a d’autres que je ne peux transmettre qu’en torturant la langue et dont il ne sortira jamais aucun son.

L : Tu m’as fourni 5 nouvelles afin que je puisse m’imprégner de ton univers. Comment te sont-elles venues à l’esprit ? Comment as-tu procédé pour les écrire : inspiration soudaine ? Accumulation de note ? Ecrites à l’ordinateur ? Sur papier ?

Matéo Lavina : Concernant les nouvelles que je t’ai transmises, la majorité avait un thème imposé. Alors à ce moment-là je réfléchis à comment je pourrais aborder ce thème, par quel biais je pourrais l’attaquer. S’en suivent de longs jours de spéculation stérile, puis je m’attrape par le coup, je me mets à mon bureau, je prends un paquet de feuilles brouillons, mon stylo fétiche et je me lance. Je me force à écrire tous les jours même si c’est qu’une heure, pour garder la tension, le rythme, et le style dans l’écriture. D’ailleurs qu’il y ait un thème ou non je procède toujours de la même façon, le premier jet sur papier, le deuxième en le traduisant sur l’ordi, puis je l’imprime, je retravaille au stylo, je réinjecte, je réimprime, et ainsi de suite jusqu’à arriver au moment où je ne suis plus en mesure d’y toucher.

“…« La nuit transfigurée » de Schöneberg qui pour moi est un sommet de la musique…”

L : Il y est souvent questions de mort. Est-ce un sentiment qui t’habite et que tu te dois de repousser par le biais de l’écriture ?

Matéo Lavina : C’est une chose que j’ai connue très tôt de façon périphérique, puis de manière répétitive à travers les années qui suivirent. Et l’on m’a expliqué très jeune ce que « la mort » signifiait. Je pense que ça m’est resté et ça a creusé en moi une sorte de fascination (non morbide, je tiens à le préciser.) C’est un sentiment qui m’habite bien sûr et qui est même constitutif de ma personne je dirais, tout ce que je suis aujourd’hui je le dois en partie à ceux qui ne sont plus et qui m’ont tant apporté. J’écris la mort et je conte mes morts. J’écris dessus parce qu’elle me fascine, parce que je ressens le besoin de l’apprivoiser ; d’apprivoiser la sensation qui vous transperce de part en part et vous asphyxie lorsque l’on apprend le décès de quelqu’un. J’écris, et j’écrirai toujours sur elle, car le souvenir est l’ultime demeure de nos défunts, et l’encre la plus robuste des charpentes, et je trouve ce sentiment magnifique. Puis, pour finir, je suis né le 2 novembre — le jour des morts — peut-être que ce n’est pas un hasard.

L : As-tu des origines ukrainienne ou russes ? Tes écrits regorgent d’éléments y faisant référence.

Matéo Lavina : Alors non, je n’ai pas d’origine ukrainienne ni russe, mais polonaise, italienne et antilaise. Mais j’ai un amour fou pour la langue russe et tout ce qui y attrait, et pour l’ukraine que je connais un peu grâce à mon bratan Igor qui lui est Russo-Ukrainien, et qui m’a transmis le virus et m’y a emmené deux fois. D’ailleurs beaucoup des références liées au folklore ou encore les traductions de poèmes ou de chanson dans mes deux textes « Vers la mer d’Azov » et « Nijni-Novgorod » m’ont été données par Igor, et je l’en remercie grandement.

Si oui, ressens-tu un « mal » du pays ?

Matéo Lavina : Donc non, mais pourtant je ressens toujours le besoin d’y retourner, de voir les potes Sanya, Zakhar, Anton, Chaman, Trachuk, de revoir les grands-mères, de prendre le train, de boire, de vivre à outrance.

“…j’ai un amour fou pour la langue russe et tout ce qui y attrait…”

L : Tu as publié dans des revues, des magazines. Pourquoi ne pas avoir compilé tes écrits dans un recueil ?

Matéo Lavina : Parce que j’en ne vois pas l’interêt en l’état. J’ai besoin que tout fasse sens, il faudrait que je pense une thématique et que je la traite sous différentes formes pour pouvoir en faire un recueil, peut-être que j’essaierais, qui sait.

L : Peux-tu nous parler un peu de ton projet musical Zerkala ?

Matéo Lavina : Quand j’ai commencé à composer de la musique électronique en 2012-2013, j’ai très vite eu envie de travailler sur un projet complet et complexe. À l’époque je m’intéressais beaucoup aux musiques du monde entier et aux langues en voie d’extinction. J’allais dans les médiathèques chiner des CDs dans les rayons « musiques traditionnelles » et je les épluchais jusqu’à trouver celles qui me touchaient le plus et avec lesquels je voulais discuter musicalement. Le but n’était pas de les sampler pour les soumettre à ma musique, mais de trouver une façon de faire coexister une musique actuelle avec des chants ancestraux. Puis il y a eu une première musique « Babbya » avec les voix et chants des peuples de la vallée de l’Omo en Éthiopie. Je l’ai envoyé à mon ami illustrateur et graphiste Mikael Moune et je lui ai demandé si ça le brancherait de bosser sur une esthétique. Il m’a dit vas-y mais fais-en d’autres pour faire un EP. Ça faisait longtemps qu’il me disait d’en sortir un, alors je me suis lancé j’ai composé cinq autres titres, et c’est lui qui m’a fait tous mes visuels, mon logo et qui a réussi à dépeindre l’univers que je recherchais, et il a continué de m’accompagner. D’ailleurs, pour la petite histoire, Zerkalâ vient du russe Zerkalo qui veut dire « miroir ».

L : Tu travailles aussi pour le théâtre, tu es un artiste « complet ». As-tu un patrimoine génétique qui t’y a conduit ou est-ce vraiment quelque chose que tu portes en toi ?
Matéo Lavina : Oui je suis le compositeur de la compagnie Les Chiens Andalous de la metteuse en scène Marion Conejero depuis cinq ans maintenant. Est-ce que j’ai un patrimoine génétique ?

Elle est drôle cette question, je ne sais pas… mes parents ont été de vrais saltimbanques avant que je naisse, ils ont été tisserands, ma mère marionnettiste, conteuse, elle est d’ailleurs autrice de nombreux contes bilingue français créole, mon père a construit des décors pour des expos, fait de la lumière au théâtre, il a peint, et fait beaucoup de collages aujourd’hui. Une chose est sûre ils m’ont très tôt plongé dans la culture sous toutes ces formes et m’ont toujours soutenu et poussé par monts et par vaux à m’essayer à tout, et prendre tout ce que la vie pouvait m’offrir. Plus que de patrimoine génétique je parlerai de transmission, je n’y crois pas au legs génétique.

J’aimerai que mon deuxième roman soit édité (je l’appelle deuxième, bien que le premier n’ait pas trouvé d’éditeurs)

L : Que suscitent chez toi les deux périodes de confinement que nous vivons cette année ? Crois-tu, même sans en parler, qu’ils influent sur ta façon d’écrire, de composer, ou même de vivre ?

Matéo Lavina : Étrangement, je n’ai pas vraiment connu le confinement ou du moins de façon partielle, puisque qu’à chaque fois j’allais au travail, donc je n’ai pas pu ressentir l’oppression qu’ont pu éprouver bon nombre de personnes. Quant à savoir s’ils influent sur ma façon d’écrire, de composer ou de vivre, non, pas consciemment du moins, je veux aller encore plus loin, plus en profondeur, au-delà, dans chaque domaine.

L : Quels sont tes projets à plus ou moins longs termes ?

Matéo Lavina : J’aimerai que mon deuxième roman soit édité (je l’appelle deuxième, bien que le premier n’ait pas trouvé d’éditeurs). Mais si cela n’arrive pas, j’attaquerai le troisième qui me démange depuis beaucoup trop longtemps. Musicalement j’ai de quoi faire entre le théâtre avec « Else(s) » avec la Compagnie Les Chiens Andalous, un documentaire et des courts-métrages d’animations. Donc pour le moment je suis plus que comblé.

Merci mille fois à Matéo pour ses réponses et son implication malgré un emploi du temps chargé ! 

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