[Roman] JESSIKA LOMBAR, Les lèvres rouges // perversion narcissique

Les lèvres rouges, deuxième roman de Jessika Lombar (Under éditions:Estelas éditions).

Jessika Lombar avait réussi, avec son premier roman, Rose noir, à nous exciter les sens de façon flamboyante. À l’heure du deuxième roman, Les lèvres rouges, nous nous attendons plus ou moins au même exercice, liant érotisme, sensualité, et plume littéraire de belle qualité. Mais, à la vérité, le livre s’avère être tout à fait différent (sauf dans sa qualité d’écriture). Nous vous expliquons tout cela.

Si nous prenons les choses de manière chronologique, ce roman est, en quelque sorte, un univers parallèle du premier. Dans ce deuxième ouvrage, nous retrouvons en effet le personnage de Monsieur S, Édouard, patron de Katia (la personnage principale de Rose noir). Cet homme, sulfureux dans le premier roman, montre ici sa face sombre.

Changement de ton.

Si le premier roman optait pour une narration à la première personne du singulier, Les lèvres rouges opte pour la deuxième personne du singulier. Ce choix s’avère un peu déroutant au début, car il nous implique en tant que lecteur dans l’intimité du couple formé par Violette et Edouard, couple a priori parfait, du moins en société, mais dont les faces sombres explosent dans le cocon familial. Car, en effet, le fameux Monsieur S. s’avère être un personnage odieux, trompant son petit monde par son attitude affable, ses bons mots, en accaparant la lumière.

Mais dans le cercle familial, cet homme est destructeur. Il réduit sa femme en une forme d’esclavage (non pas sexuel, mais dans un état de servitude et de repli sur elle-même), par les accès de violence dont il fait preuve et qui la terrifient. Celle-ci, pourtant, lui trouve toujours des excuses, jusqu’au point de non-retour. Ce mécanisme est habilement expliqué, et nous comprenons aisément comment une personne peut se perdre à ce point. Tout est ici très crédible, et nous sentons que l’auteure s’est documentée pour être dans le juste.

Ce roman, s’il possède encore des scènes érotiques, celles-ci perdent en intensité de par l’histoire qui existe autour. Ainsi, Les lèvres rouges s’avère plus proche du thriller psychologique que du roman érotique à proprement parler. Ses qualités sont indéniables, et cette narration particulière porte ses fruits.

La narration.

En effet, comme exposé plus haut, opter pour le « tu » s’avère particulièrement osé. Particulièrement dangereux également, pourtant JessiKa Lombar s’en sort haut la main et nous propose une plongée dans la psychologie malmenée de Violette (mais aussi dans celle d’Édouard, dans une moindre mesure). Ce « tu », c’est un peu comme si la conscience de Violette s’adressait à elle en lui susurrant des mots tels que : « je vais te raconter ton histoire, te montrer que tu n’inventes pas tout ».

Si ce choix trouble dans les toutes premières pages, il finit par nous convaincre pleinement avant que nous atteignons la quinzaine de celles-ci. Et nous entrons alors dans des rouages d’une infinie complexité, même si l’auteure réussi à rendre cela simple à lire et à comprendre (sans sombrer dans le simplisme, rassurez-vous). En clair, JessiKa Lombar vulgarise la perversion narcissique pour nous remettre ce terme en relief de la façon dont il convient. En effet, ces deux mots accolés, utilisés à toutes les sauces par tout le monde et à n’importe quel prétexte, a perdu de son sens au fur et à mesure de son emploi. Ici, il retrouve tout celui-ci, et celai nous glace les sangs.

Rentrer dans la tête des personnages.

Sans vous dévoiler l’intrigue étant celle des Lèvres rouges, nous pouvons cependant vous dire en quoi elle diffère de Rose noir. Rose noir était axé autour de la quête du plaisir de l’héroïne, tandis que Les lèvres rouges s’intéresse à comment Violette cherche à comprendre le mal rongeant son mari. Ainsi, l’auteure s’offre un véritable exercice de style en se plaçant au plus près de son héroïne. Ses interrogations, ses doutes, ses peurs, rien ne nous échappe. Ni même sa dualité douleur/plaisir qui naît de passages à tabac (terme peut-être un peu fort dans une grande partie du livre mais qui prend son sens au fur et à mesure de l’intrigue se dévoilant).

Rose noir était très sensuel, Les lèvres rouges est lui très psychologique. Pourtant, outre le point commun les liant (on le rappelle, il s’agit du personnage d’Edouard), ses deux romans possèdent une force dans leur plume, qui ne varie pas d’un iota malgré un style de narration et un contenu très différents. Quand on sait que le troisième livre de JessiKa Lombar est consacré à un homme, et quel se glisse dans sa peau, nous sommes déjà en alerte. Mais rien ne sert de se précipiter. Il faut déjà savourer Les lèvres rouges comme il se doit, car la littérature, comme le sexe, est parfois une douce torture. Ce qui est assurément le cas ici.

Liens utiles

Rose Noir (Estelas Editions)

Les lèvres rouges (Estelas éditions)

Into Vinceres (Ex-Aequo éditions, collection Alcôve)

Il y a des extraits à lire et également à écouter (extrait de lectures à haute voix) sur le site Ex Aequo.

Et enfin la page FB consacrée aux écrits de JessiKa Lombar « Jessika se livre »

 

les lèvres rouges jessika lombar

Relire la chronique de Rose noir.

Relire le portrait de JessiKa Lombar

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