[ ROMAN ] DAVID LE GOLVAN Les appelants (dystopie)

Découvrez l’univers angoissant des Appelants (aux Editions Maïa), la dystopie de David Le Golvan.

La science-fiction, et les dystopies en particulier, montre un avenir souvent noir, déshumanisé, résultant le plus souvent des dérives actuelles. Les appelants, de David Le Golvan n’y fait pas exception en nous propulsant dans un futur plus ou moins proche duquel toutes les espèces animales ont disparu. Toutes ? Non. Il reste les humains. Mais pour combien de temps, et à quel prix ?

Le décor.

Nous sommes en France, mais pas dans celle que nous connaissons aujourd’hui. Les habitants résident dans des centres spéciaux, par catégorie d’âge. Ils habitent dans des immeubles high-tech, aux murs blancs, à l’aspect clinique. Suite à une manipulation de leurs souvenirs, ils débarquent ici, sans vraiment garder en mémoire le passé relatif à leur vie de famille. Chaque soir, ils peuvent écouter la narration de l’un d’entre eux, narration à la gloire du fédérateur, cet homme ayant créé ce monde « parfait ».

Plus d’immigration, une alimentation frugale et hyper régularisée, à base de pilules, l’heure ocytocinale où les résidents s’accouplent au rythme qui leur convient, et avec qui bon leur semble, le synepos, voilà ce nouvel environnement. Le synepos permet aux résidents de livrer leur témoignage, tout en diffusant celui de leur prédécesseur. Nous découvrons la narration d’Habib Bougran qui nous relate l’histoire incroyable de Martin, un des résidents disparu. Et nous plongeons doucement dans l’effroi.

Narration originale.

Nous avons donc droit, dans Les appelants, à une forme de narration dans la narration. Nous suivons d’une part la narration d’Habib, telle que retransmise par le synepos, ainsi que sa narration propre. Dans cette dernière, il s’interroge sur les mémoires de Martin. Habib « récite » dans le synepos, avec des notes quant à son incrédulité, les mémoires qu’il a reçues par drone. Celles-ci dévoilent les pans de la vie de Martin, de comment il est arrivé à ce centre.  Elles racontent également sa découverte de l’amour auprès d’Agnès, des cris et hurlements qu’ils entendaient la nuit (celui des “appelants” à l’aide), de la grossesse, de son « éradication » suite à un témoignage « hors sujet » prononcé dans le synepos….

Le monde décrit est d’une effroyable inhumanité. Nous y voyons cependant une certaine suite logique à ce que notre société actuel a de plus sombre. Cette nouvelle France ne laisse pas véritablement place à la liberté individuelle. Les humains y sont entassés dans des sortes de clapiers géants où la vacuité de leur existence se traduit par des heures de baise, une alimentation au compte goutte, une absence de complicité avec leurs semblables, voire de relations amicales « normale ». Mais évoquer ce qui cloche, les disparitions soudaines d’un voisin, les cris devinés à travers les parois des logements hyper insonorisés est passable du châtiment suprême, à savoir être recyclé.

Horreur indicible.

Le monde décrit par David Le Golvan est d’une indicible horreur. Il nous a foutu le bourdon car il est dénué de tout espoir. Tout ce qui fait l’homme, son humanité, est ici complètement abolie. Les hommes et femmes ne sont plus véritablement considérés comme tels, mais plus comme des animaux en cage. Les mammifères ayant disparu de la surface de la planète depuis des années, les derniers d’entre eux sont confinés dans des lieux où leurs libertés sont réduites à peau de chagrin. Seule celle d’exister leur est permise, et encore…

Le système de double narration est subtilement mené. Il nous apporte un regard à la fois lucide est éclairé sur ce qu’il se passe (les mémoires de Martin), et critique de cette vérité (la narration d’Habib). Nous ne savons lequel des deux a raison, mais notre esprit libertaire penche tout de même pour la vision de Martin, celle d’Habib étant pour nous conditionnée par le lavage de cerveau constamment réactualisé par le synepos.

Il se trouve au final que le regard d’Habib n’est pas forcément celui que révèle exactement sa narration même si ce personnage ambigu ne cesse de nous placer dans un entre-deux quelque peu dérangeant. Mais ce monde l’est tout autant.

Pourquoi est-il dérangeant ?

Eh bien simplement parce que nous y voyons l’aboutissement des comportements de l’espèce humaine, notamment à travers ce symptôme d’hyper consommation. Celle-ci vise la nourriture, mais également l’information, le divertissement, brefs tous les aspects quotidien de notre mode de vie actuel. Dans le monde des Appelants, tout ceci cesse d’exister, la mémoire elle-même étant fortement amoindrie. C’est un monde presque ascétique où l’homme se retrouve oisif, sans loisirs, sans emploi, il se contente juste de survivre dans un « luxe » d’apparat.

C’est dérangeant car la morale de cette histoire pourrait s’avérer juste. Elle l’est, d’une certaine manière, même si dévoyée de son humanité. C’est le monde d’un misanthrope que décrit David Le Golvan, mais nous ne pouvons que constater qu’il a en partie raison. Et cela ne nous aide pas beaucoup à relativiser sur l’horreur de cette civilisation (et de la nôtre) qui se meurt (ou se délite).

La dystopie ici tient toutes ses promesses ! Elle nous amène à réfléchir sur nos actes, sur ceux de nos gouvernements successifs (et sur les potentiels pouvoirs qui se mettent en place dès à présent). Elle nous interroge aussi, en creux, sur notre capacité à vouloir interférer avec les mécanismes étant les nôtres et pouvant justement conduire vers cet état de fait et ce futur plus que trouble.

En ce sens, Les appelants de David Le Golvan se place dans la grande tradition de ces livres qui nous amènent à réfléchir sérieusement sur l’avenir qui pourrait être le notre si nous ne faisons pas attention à nos comportements. Nous n’irons pas jusqu’à le comparer à 1984 qui reste le chef-d’oeuvre absolu du genre, mais Les Appelants se place dans son sillon et dans celui d’une imagination qui pourrait bien n’être que le reflet, antidaté, de ce que seront nos lendemains.

Terrifiant. Mais utile.

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EXCLU : Retrouvez Les appelants dans B.O.L (Bande Originale de Livres) diffusée le 06 avril dernier sur Radio-Activ. A écouter ICI (qualité sonore de niveau fait à la maison).

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