[TOP 2020] LGH parle de Rodolphe Burger et d”Environs

.LGH & ses coups de coeur 2020

Nous voilà en(fin) d’année 2020. Et quelle année mes amis. Celle-ci marquera longtemps nos esprits. Le monde de la culture a pris un énorme coup sur le coin de la caboche, que ce soit pour les auteurs, les artistes, les intermittents du spectacle et toutes les filières professionnelles qui en résultent. Pour ce qui est du secteur de la musique, certes des projets créatifs ont été mis en veille mais beaucoup d’autres ont vu le jour et se sont peaufinés. Certains artistes ont pu voir en cette infortune, une opportunité à saisir. C’est le cas de Rodolphe Burger avec son huitième album solo Environs.

Bon quand le rédac chef de Litizic m’a dit “LGH, on arrive fin d’année 2020, ça serait sympa si tu faisais un petit papier sur tes coups de cœur 2020”, je n’ai pas hésité longtemps. Certes je n’ai pas choisi un artiste émergent comme nous pouvons traiter dans les pages de Litzic, mais émergent il l’a été. Inconnu notoire du paysage musical français, l’Alsacien trace sa route et ses environs. C’est mon coup de cœur de l’année et je vais en garder des séquelles.

Comme son nom l’indique

La voix de Rodolphe Burger éveille en moi une réminiscence, c’est ma Madeleine de Proust. Je me souviens avoir découvert Rodolphe Burger avec Kat Onoma (signifiant “comme son nom l’indique”). Lors de mes années collèges lorsque je chinais dans les étals bleu bac à CD de la médiathèque municipale, et je pouvais y passer des heures, y revenir plusieurs fois par semaine afin d’obtenir ma dose de découverte musicale. Je faisais ma sélection d’artistes et d’albums sans écoute préalable, souvent parce que la pochette ou le nom de l’artiste attirait mon attention.

C’est ainsi que Stock Phrases s’est retrouvé entre mes mains et ce fût le sésame qui m’a ouvert les yeux sur tout un pan de la musique alternative. À la question, plutôt Stones ou Beatles! Je peux répondre haut et fort “Velvet!!”. Merci Monsieur Burger. Parfois délaissé, cependant jamais bien loin, je plongeais régulièrement dans son univers pop’ philosophie, cher à Gilles Deleuze.  Nous revenons toujours à nos premières amours. Plus de trente ans après ma première lune de miel avec Kat Onoma, mes oreilles se sont attardées sur le dernier album de Rodolphe Burger, Environs, sorti en juin dernier. Lors d’une interview, le chanteur m’apprend l’existence du verbe Envirer, aujourd’hui, tombé en désuétude signifiant “Tourner sur soi jusqu’à l’étourdissement”. Et étourdi, je le suis à chaque écoute des quatorze titres que compose l’album.

Sprechgesang

Chaque morceau est d’une beauté éblouissante. La voix de Burger, souvent comparée à celle de son grand ami Bashung, est pour moi, d’une singularité sans faille, rassurante, cristalline et son chant sprechgesang (spoken word) n’a point d’imitation. Fermez les yeux et laissez-vous transporter par le titre Parfumé d’elle au rythme lancinant et un peu moite. Vacillez sur Valse Hésitation. Chevauchez la beauté avec Le chant des Pistes. Rodolphe Burger, c’est un charisme naturel, c’est un corps rural, rustique, drapé d’une sensibilité sans équivoque. C’est un magicien du verbe, un amoureux de la poésie, par exemple avec What you will, hommage Shakespearien. Bleu Bac, titre écrit à quatre mains avec la plasticienne et poète Myriam Boisaubert, révèle que cet art des mots et la musique se jouent avec la même justesse rythmique, des sens et des sonorités. Ami de longue date, Fred Poulet, auteur, compositeur, réalise le clip pour Bleu Bac, dans un décor rappelant l’atmosphère Lynchien de Twin Peaks.

Rodolphe Burger est un dandy, un rocker, c’est aussi un jeu de guitare, aérien, sur laquelle ses doigts caressent les cordes d’acier. Musicien, donc, aux goûts divers et variés, il livre sur l’album des reprises magistrales, Fuzzy de Grant Lee Buffalo et sa fameuse douze cordes, le rocksteady Ba Ba Boom Boom des Jamaicans, accompagné de la contrebassiste Sarah Murcia, Lost and Lookin’ de Sam Cook et enfin Mushroom des pionniers du Krautrock, les Allemands de Can. Burger, à l’aise dans la langue de Goethe, interprète deux morceaux de Schubert, Leiermann et Gute Nachte. Impressionnant.

La meilleure musique n’est pas celle qui domine

Bertrand Belin, autre jongleur de mots, pose sa voix sur Lenz 2 et Les Danses Anglaises, morceau comico-absurde. La chambre, certainement, le morceau le plus connu de Kat Onoma, clôture Environs, en compagnie de Christophe, qui nous a tristement quittés cette année. La voix fragile du chanteur aux lunettes bleues, sur ce texte magnifique, nous fait frémir l’épiderme. Je vous invite à regarder ce morceau joué en live au Trianon en 2017 (disponible sur youtube).

Rodolphe Burger signe l’un des plus beaux albums de l’année, voire de la décennie. Lors d’une interview, il mentionnait qu’“aujourd’hui, la meilleure musique n’est pas celle qui domine bien au contraire”. Et il a raison, c’est pourquoi je voulais vous partager ce coup de cœur. Rares sont les artistes et les albums qui soient capables de nous transmettre tant d’émotions, que ce soit de la tristesse, de la mélancolie, de la joie ou de l’ amour. Chaque écoute de l’album se suit et ne se ressemble pas. Je ne m’en lasse pas. Pour ceux qui ne connaissent pas encore Rodolphe Burger ou son dernier album, je vous recommande fortement d’y prêter l’oreille, car celui-ci va vous enivrer et vous envirer.

Autres albums marquants:

Traditional Techniques de Stephen Malkmus, ex leader de Pavement,
Every Bad de Porridge Radio, Indie Rock anglais
Ultimate success today, de Protomartyr, du post punk américain
Monolithe, du français Octave Noire, electro pop
Straight Songs of Sorrow, énième album de “L’arbre Hurlant”, Mark Lanegan.

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rodolphe burger environsRelire quelques chroniques de LGH : Peur Bleue, King Biscuit, Clint Slate

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(Le Gosse hélicoptère) j’adore découvrir de nouveaux artistes encore inconnus du grand public
et chercher ceux qui dans le passé ont fait ce qu’est la musique aujourd’hui.
La musique m’accompagne en permanence et tient une place primordiale dans ma vie.
Mon maître-mot est l’éclectisme même si mon cœur balance pour le rock sous toutes
ces formes. J’affectionne également la littérature et plus particulièrement la littérature
anglo-américaine (Bret Easton Ellis, Don Delillo, Jonathan Franzen,…).

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