QUELQUES QUESTIONS Posées à La Pietà

la pietàQuelques questions posées à La Pietà

Nous avons découvert La Pietà grâce à sa vidéo La salle d’attente qui nous a fait un drôle d’effet (retrouvez notre impression et ce clip ICI). Elle a pris un peu de son temps pour répondre à nos petites questions, avec sincérité et générosité.

 

Litzic : Tout d’abord merci de prendre du temps pour répondre à nos petites questions. La première est la suivante : comment vas-tu ?

La Pietà : Je vais ! Comme tout le monde, avec des moments plus ou moins heureux ou durs dans la vie. Disons que les quelques mois qui viennent de passer étaient plutôt du genre tempêtes, mais il paraît qu’il ne faut pas attendre que l’orage passe, mais apprendre à danser dessous. Les larmes ça a jamais empêcher de danser. Alors, je danse.

L : La Pietà, est-ce une personne, un groupe, une figure mystique ?

La Pietà : La Pietà, c’est le nom du projet artistique que j’ai eu envie de créer il y a 3 ans. je dis projet artistique, et pas musical, car la volonté était bien que ce soit tridimensionnel : musique, écriture, image. Alors, oui c’est une espèce de personnage. Une partie de moi, mais pas moi. Une partie de moi, romancée, qui, j’espère, est aussi une partie de chaque personne que cela touche. C’est cette partie sombre en nous, mais qui peut aussi nous rendre lumineux.

L : Comment est née La Pietà ?

La Pietà : Comme ça. Dans le chaos de ma vie. Dans une période de tempête aussi. C’est comme si c’était les restes d’un bateau échoué après un tsunami, les ruines d’une maison après une explosion. La Pietà, c’est ce moment où tu te relèves, où tu prends les ruines, et où t’en refais une maison. Alors comme j’étais en ruine, y avait le choix. Rester en ruine, prendre des médicaments, lobotomiser mon cerveau, et attendre de mourir. Ou alors, me relever, réparer, et faire quelque chose de beau, de tout ce mal. C’est ce que j’ai essayé de faire en prenant une feuille et un stylo, et en écrivant. J’ai commencé à écrire ce roman de La Pietà, une espèce de journal, mais en même temps comme des chroniques sur le monde, sur la vie, sur la mort, sur l’amour.

Après j’ai eu envie de mettre des extraits de ce roman en musique. Puis en images. J’ai sorti ce premier clip homemade, La Moyenne. Ça a touché des gens. Les choses se sont enchaînées vite, et un peu sans m’en rendre compte, finalement, La Pietà est devenue mon métier.

J’essaie de pas me perdre la dedans, de me souvenir mon leitmotiv, et de rester fidèle à moi-même. La liberté et les tripes. Voilà ce que je garde en tronche.

“Je me sens autant Kurt Cobain que Barbara.”

L : La Pietà est-elle plutôt Edith Piaf, Elli Medeiros, ou Amy Winehouse (ne nous demande pas pourquoi cette artiste, ce nom nous a paru évident bien que nous se sachions pas pourquoi à l’heure actuelle) ?

La Pietà : La Pietà est plutôt La Pietà. Sans prétention aucune, mais je crois juste que le but d’un artiste, c’est de donner sa propre vision du monde, qui sera différente de toutes celles d’à côté, sans être mieux ou moins bien, on se doit juste à chaque instant de donner notre vision la plus personnelle possible, et pas celle qui passe par le filtre de “je veux ressembler à” ou “je dois édulcorer mon propos pour réussir” ou “je veux qu’on m’aime alors je vais dire ce qu’il faut pour être aimée” . Alors La Pietà, c’est La Pietà, nourrie de plein d’artistes, féminines ou pas, je me sens autant Kurt Cobain que Barbara.

L : Tes paroles sont cash, sans masque, alors que tu en portes (portais?) un. Est-ce (ou était-ce) un moyen de te protéger ou de rendre ton message non identifiable à une personne en particulier ?

La Pietà : J’avais fait de la musique depuis 15 ans avant La Pietà. J’avais signé chez une major, foiré ma carrière, fait un procès à cette maison de disques, vécu des déboires avec un manager, voilà, le naufrage dont je parlais entre autres. Le chaos de ce métier de la musique, de ce business de la musique, de ces soirées parisiennes, de ces coke-land de bienséance. J’avais envie de refaire de la musique, pour la musique, mais pas de me rejeter dans la cage au lion. J’avais l’impression d’être devenue le taureau de la corrida de Cabrel. Je voulais plus de ça.

Alors oui je voulais me protéger. Je voulais aussi pouvoir me signifier concrètement, matériellement parlant, qu’un projet artistique, c’est un projet. Je voulais mettre une distance entre l’artiste et l’être humain derrière. Me rendre compte qu’on pouvait détester ce que je fais artistiquement, et que ça ne voulait pas dire pour autant qu’on me détestait moi. J’avais besoin de cette distance. J’avais aussi envie d’avoir le droit à la page blanche. Qu’on écoute ma musique pour ce qu’elle est, et pas en se souvenant ce que j’ai fait avant, de bien ou de pas bien, on s’en fout, je voulais juste qu’on m’écoute sans à priori.

Et puis aussi, justement avec un propos aussi viscéral, il y avait le risque qu’on identifie énormément mon propos à moi, en tant que personne. C’est dangereux, et c’est faux. Encore maintenant, des gens m’écrivent parfois par rapport à mes textes, comme si je leur avais écrit une lettre, ou je raconte ma vie, et ils me répondent. sauf que c’est pas ma vie, c’est une vie que j’invente. Alors le masque, ça permettait aussi de dire que La Pietà c’était n’importe qui. N’importe qui de cette moyenne dont je parle. Et pas spécialement moi.

“C’était ma manière de reprendre ma liberté, et de dire, j’irai toujours là où on ne m’attend pas.”

L : Sur le clip La salle d’attente (revoir ICI), le masque est tombé (littéralement à tes pieds). Qu’est-ce qui a changé ?

La Pietà : Et bien justement, j’ai créé La Pietà seule, dans mon coin, pendant un an, sans aucun avis extérieur, parce que je ne voulais pas être tentée de m’adapter aux avis autour. Sauf qu’une fois que le projet est sorti, que ça a commencé à plaire, que j’ai commencé à être entourée professionnellement parlant, eh bien je me suis rendue compte que moi qui voulais éviter qu’on me foute dans des cases, j’avais fini par me créer ma propre case. Alors des avis, je commençais à en avoir de toute part, parce qu’on me disait que La Pietà c’est ceci, c’est cela, que ça doit rester ceci, que ça doit être comme ça, qu’il faut que j’aie ce masque, parce que c’est mon identité, qu’il faut que je fasse de la musique triste, parce que c’est mon identité, surtout pas faire de blague sur scène, parce que c’est pas mon identité.

J’me suis sentie mal de m’être auto-piéger dans ce carcan-là. Alors j’ai voulu le faire sauter. Parce que j’me suis jurée d’être libre. Et que le geste le plus punk quand on attend de nous de faire du punk, c’est de faire un tube pop. Le geste le plus punk pour moi à ce moment-là, c’était de montrer ma gueule, de mettre des couleurs dans mon clip, et de faire un piano voix, à l’opposé de tout ce que j’avais fait avant. C’était ma manière de reprendre ma liberté, et de dire, j’irai toujours là où on ne m’attend pas.

L : Quelles sont tes inspirations ?

La Pietà : Ce qui m’inspire, c’est le cœur. Je ne sais pas pourquoi, je voue une vraie obsession pour le cœur. Dans tous les sens du terme. J’en mets partout. c’est devenu le logo La Pietà. j’en accroche aussi partout sur mes murs. je veux ouvrir une boutique de cœurs. Je trouve ça joli, une boutique de cœurs. Alors voilà, l’inspiration c’est le cœur. Ce qui se passe dedans. Pourquoi il se met à battre la chamade, pourquoi il se tord, pourquoi il nous injecte la vie et puis un jour il s’arrête. Pourquoi il sombre, pourquoi il souffre, pourquoi il n’est jamais aussi bien que dans les bras d’un autre cœur. Ce qui m’inspire c’est donc la vie et la mort, l’angoisse, l’amour, la déception, celui qui est parti, et qui nous embarque notre cœur. Mes chansons sont souvent au tempo 120. C’est le rythme cardiaque moyen.

“Je ne suis pas du tout le cliché rock n roll que l’on pense voir de moi quand je suis sur scène.”

L : Les paroles de tes textes sont souvent désabusées, un peu à l’image de la société actuelle dont les repères se brouillent. Il y a de la force, de la combativité qui en émane, un désir d’émancipation de la femme également. Te considères-tu comme féministe ? Comme une guerrière ?

La Pietà : Non, je ne me considère pas comme féministe. Je me considère comme une femme. Comme un être humain. Qui revendique les droits des êtres humains.

Et puis encore une fois, il y a La Pietà, et il y a qui je suis, hors scène. La plupart des gens sont très étonnés quand ils me rencontrent dans la “vraie vie”, je suis très timide, je rougis dès qu’on me parle, je suis introvertie, mal dans ma peau, associable souvent, mais aussi drôle (enfin j’essaie), j’me couche super tôt, j’adore rêver devant la mer ou un feu de cheminée, la campagne, la mer, la tranquillité. Je ne suis pas du tout le cliché rock n roll que l’on pense voir de moi quand je suis sur scène.

Alors oui par contre, sur scène, je suis guerrière. Et si engagement et combat il y a, c’est le combat pour le droit à la différence, aux différences. Je crois qu’on est autant de personnalités que d’êtres vivants, et qu’on devrait pouvoir s’assumer comme on est, apprendre à s’accepter et s’aimer, ça ferait pas mal de différences sur Terre. Le problème, c’est qu’au contraire, on nous balance à longueur de pubs et de télévisions des normes, des cases, des notions de réussite, le plus fort, le plus beau. Et quand on se sent ni le plus fort, ni le plus beau, on fait quoi de ce sentiment immense de malaise, de tristesse et d’infériorité? On remplit des HP, on lobotomise au Prozac, tous ces gens malheureux d’être différents. Mon combat, c’est de dire, soyons différents, et aimons-nous parce que nous le sommes.
Le single de mon album à venir s’appelle “j’revendique”. Ça dit “J’revendique le droit aux doutes, m’aimeras tu si j’suis toujours à côté, de la plaque et de la route, j’revendique le droit, aux égarés”. Ça résume cela.
J’ai été blessée pendant 15 ans d’essayer d’être la chanteuse pop parfaite. Me faire vomir pour être jolie sur la pochette d’album qu’on vendra en masse, mentir a des gamines en leur montrant mon sourire et mon ventre plat de meuf qui bouffe plus depuis 5 ans pour vendre du mytho, et les entraîner la dedans aussi du coup.
Alors oui La Pietà c’était ce combat-là. Oui, je suis déprimée, dans un monde qui prône la réussite. Oui je suis ronde, dans un monde qui prône la minceur. Oui j’ai un nez plus long que ta bite. Oui j’ai avorté. Oui j’ai échoué. Oui je vieillis. Comme tout le monde. Sauf que personne le dit. Moi, oui. Et des gens me pleurent dans les bras, en me disant, merci. Parce qu’on s’asphyxie à ne pas les dire ces vérités-la.

Le coeur

L : Si ce n’est pas indiscret, comment s’appellera ton roman ? Ton album, qui paraîtra dans la même période sera-t-il, comme tes Eps, son prolongement ?

La Pietà : A vrai dire c’est pas vraiment calé encore, mais je pense qu’il s’appellera La Moyenne. L’album aussi. Tous les textes des EP et de l’album sont tirés du roman. donc oui il y a continuité, mais par contre musicalement il y a plutôt un gap. Qui risque de surprendre. De déplaire peut-être. Tant pis. Il me plaît à moi.

L : La musique et la littérature occupent une part importante dans ta vie. Quels sont tes livres de chevet, tes auteurs et autrices cultes (on fait le rapprochement avec Virginie Despentes notamment avec ce ton très punk)?

La Pietà : Je ne lis pas beaucoup à vrai dire. J’ai lu beaucoup quand j’étais gamine, parce que ma maman prof de lettres avait des bouquins partout partout dans la maison. c’était l’activité principale. Et puis ado, ça m’a saoulée, j’ai plutôt rejeté ça. Je m’y remets tout juste. Oui j’adore Bukowski et Despentes, j’adore Olivier Adam, et là je lis un peu de tout.

L : Que peut-on te souhaiter pour les mois à venir ?

La Pietà : De recroire en l’Amour. De revivre un jour le plus beau des baisers. De faire mon spectacle pour enfants, et de les faire sourire. C’est un conte que j’ai écrit et que je veux mettre en scène. Ça parle de cœur aussi.

L : Merci infiniment d’avoir pris le temps de répondre à nos questions. Tu seras en concert le 03 mai aux 3 Baudets (et en tournée en France), le 10 à Nantes, le 11 à Cherbourg etc… Site officiel La Pietà ICI

La Pietà : Merci à vous

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