MARC GODIN, Sur la route de Clint Eastwood

Sur la route de Clint Eastwood, Mar GodinBeau livre, en collaboration avec Aurélia Duflot Hadji-Lazaro

Clint Eastwood, un nom bien connu par tous les amoureux du 7é art, et bien au-delà. En effet, l’acteur et réalisateur dont le nom s’affichait, et s’affiche encore, sur les façades des cinémas est plus que cela : il est une légende ! Comment, en 70 ans est-il devenu celui que tout le monde connaît ? En retraçant son itinéraire, Marc Godin, avec Sur la route de Clint Eastwood (See, éditons du Layeur) nous évoque sa filmographie, ses pièces marquantes, propose des regards extérieurs. Le tout forme ainsi une biographie amoureuse (ou i c’est une véritable déclaration d’amour, mais très bien nuancée et très objective dans le fond) d’un monstre sacré.

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La forme.

Nous n’avons pas eu l’objet en main, donc nous ne parlerons pas de la qualité du papier, ni de la qualité globale du livre. Néanmoins, celui-ci est superbement illustré, avec une charte graphique pop culture éloquente. Nous y retrouvons plusieurs chapitres, comme autant de décennies traversées par Eastwood, et qui commence dans la fin des années 50 avec la série Rawhide dans un rôle que le maître estime être celui de « l’idiot de la prairie ».

En effet, il officie en tant que gardien de troupeau (déjà le western) mais dont le rôle est minimisé par un scénario répétitif. Peu importe, cela permet à un jeune réalisateur, n’ayant qu’un film à son actif, de s’enticher de l’américain (en partie parce qu’il n’est pas cher vu sa maigre réputation). Ce jeune réalisateur est Sergio Leone.

Leone lui offre un premier rôle, dans Pour une poignée de dollars, qui connaîtra deux suites (Et pour quelques dollars de plus et surtout l’inoxydable, l’impérissable Le bon la brute et le truand). La légende de Clint Eastwood est enclenchée. Et nous ne sommes que dans les années 60. En tant qu’acteur, son jeu minimaliste lui attire déjà quelques foudres, mais le grand public lui ne s’y trompe pas. Eastwood est magnétique.

Pour lui, en revanche, ce début de carrière s’avère palpitant. Non seulement ses rôles deviennent consistants, mais en plus de cela il se forme, par l’observation, au métier de réalisateur. Sur Rawhide, et ce qui avait précipité son retrait de la série, il s’était rapproché du réalisateur et entendait bien réaliser quelques épisodes, chose refusée par le studio. Qu’importe, il a ça dans le sang (et on connaît la suite).

Citations, regards extérieurs ?

Les différents chapitres (7 au total, de 1950 à 2020), sont parfois entrecoupés de zones de « divertissement ». Dans celles-ci, Marc Godin répertorie les citations les plus célèbres d’Eastwood (allez, une des plus connues : « Tu vois, le monde se divise en deux catégories, mon ami. Ceux qui ont un pistolet chargé, et ceux qui creusent. Toi… tu creuses. » ), interroge des personnalités (du cinéma, de la BD, du journalisme, et aussi, plus étonnant, de sociologues/chercheurs) qui évoquent chacun leur vision d’Eastwood. Il inventorie aussi les objets cultes et redondant chez le cinéaste, par exemple.

Les chapitres en eux-mêmes sont séparés en deux parties. La première qui balaye rapidement la décennie en question en y mentionnant les films majeurs et les liens qui se tissent, mais aussi les critiques, la seconde qui revient sur les incontournables (toujours un peu subjectif, mais nous pardonnons sans problème la chose, vu la qualité des films mentionnés) de cette période. Ainsi L’inspecteur Harry, Gran Torino, Impitoyables, Sur la route de Madison etc. sont mis sur le devant de la scène.

Le fond.

Eastwood est un acteur/réalisateur qu’on aime, et qu’on aime parfois détester. Car il est un personnage hors normes, très contrasté. Politiquement plutôt à droite (il a soutenu Trump), il est aussi libertaire. Très décrié pour son rôle de L’inspecteur Harry (on dit de lui qu’il est fasciste), il l’est également pour certains des films qu’il réalise (on le taxe souvent d’être machiste). Pourtant, s’il l’est, rien n’est vraiment sûr tant il brouille les pistes.

Pour preuve, il a superbement réalisé Million dollar baby et Sur la route de Madison, des oeuvres sensibles dans lesquelles il donnait la réplique à Hilary Swank et Merryl Streep, leur octroyant deux rôles magnifiques. Alors qu’il réalise American Sniper, on lui reproche de ne pas désavouer la politique de Bush quant à la guerre en Irak. Il se dédouanera toujours de tout parti pris, se contentant de réaliser des films (qui cartonnent le plus souvent au box office).

Le livre revient d’ailleurs très intelligemment sur tout cela, en apportant un regard lucide sur le personnage, sur l’homme aussi. Le portrait esquissé par des gens le connaissant est souvent touchant, encore plus souvent à l’opposé de ce que nous croyons de Clint Eastwood. Sans pour autant masquer les zones d’ombre, le livre ne met pas non plus l’acteur réalisateur en pleine lumière, garde une distance pleine de tact, ce qui nous fait totalement adhérer au propos.

Pour conclure.

Clint Eastwood a souvent fait des choix osés, lui ayant permis d’atteindre son statut d’icône, voire de dernier réalisateur classique d’Hollywood. Si sa carrière fait aussi souvent polémique, n’est-ce pas parce qu’il a choisi de porter le costume de personnages qu’aucun autre acteur n’aurait voulu endosser (celui de L’inspecteur Harry refusé par Paul Newman) ou qu’il a tourné des films qu’aucun autre réalisateur n’avait le courage de tourner (American Sniper refusé par Steven Spielberg) ?

Sa fortune, que l’on imagine colossale puisque personne ne sait à combien elle s’élève, n’a pas perverti cet homme fidèle à ses amis, à ses racines, qui roule en voiture rouillée. S’il symbolise un peu le rêve américain pour sa réussite, il reste avant tout un être humain, avec ses qualités et ses défauts, ce que restitue à merveille ce livre absolument indispensable.

On terminera cette chronique par cette ultime déclaration, que certains réalisateurs devraient reconsidérer : « Le cinéma n’est pas un art intellectuel, mais quelque chose de viscéral, d’animal. » CQFD

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