FABRICE DÉCAMPS L’interview

fabrice décamps auteur du mois

Interview de Fabrice Décamps, auteur du mois sur Litzic.

Litzic : Quel est ton premier souvenir de lecture ?

Fabrice Décamps : Je dois avoir neuf ans, je suis en vacances à la campagne chez des amis de mes parents et, plusieurs soirs de suite, je tarde à éteindre ma lampe de chevet, arcbouté au Voyage au Centre de la Terre de Jules Verne.

L : Quel est ton premier “choc” littéraire ? Qu’a-t-il déclenché chez toi ?

Fabrice Décamps : Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas, englouti à onze ans et qui a provoqué l’envie de faire pareil.

L : Quel est ton auteur préféré ?

Fabrice Décamps : Donald Westlake / Richard Stark, parce que je ne peux en citer qu’un seul. Auteur américain de polars, prolifique et multiforme.

L : Quel est ton livre préféré ?

Fabrice Décamps : Je n’ai pas de livre préféré, mais je citerais spontanément Cent Ans de Solitude de Gabriel Garcia Marquez.

L : Quel auteur n’aimes-tu pas et pourquoi ?

Fabrice Décamps : Je n’ai pas de nom en tête. Même si ç’a pu m’arriver, il est rare que je commence un livre sans le terminer. Dans l’absolu, j’ai souvent tendance à orienter mes lectures vers des auteurs de ma propre pléiade, que j’affectionne déjà, ou vers des auteurs que je sais devoir découvrir, par affinité intuitive ou parce qu’on me les a conseillés. J’ai des goûts très variés, mais peu de temps à consacrer à des styles ou des univers qui ne me parlent pas.

L : Le livre dont tu attendais beaucoup et qui t’a déçu ?

Fabrice Décamps : Je ne pense pas que ça me soit déjà arrivé. J’ai pu éprouver parfois une forme d’ennui, une absence de résonance, à la lecture de certains classiques imposés en cours de scolarité, mais je n’avais pas, a priori, d’attente particulière. A la rigueur, je pourrais évoquer une forme de déception à la lecture de Rosemary’s Baby d’Ira Levin. En soi, le roman n’y est pour rien. J’avais déjà vu l’adaptation de Polanski un certain nombre de fois et j’ai pensé qu’il serait intéressant de découvrir le livre. Or, il se trouve que le film est la copie exacte du livre. Chaque scène, chaque dialogue, tout y est absolument conforme, ce pour quoi la lecture du roman m’a laissé fort désappointé, sans que je puisse, pour autant, le qualifier de manière négative.

L : Penses-tu que la littérature soit un des derniers modes d’expression non censuré ?

Fabrice Décamps : J’ose croire que toutes les formes d’expressions artistiques parviennent encore, ici et là, à déjouer la censure. L’abêtissement des masses, programmé et croissant, son asservissement aveugle au diktat du bonheur par la consommation, constituent en soi une espèce de censure tout aussi inquiétante, du fait qu’une part croissante de nos contemporains s’accommodent fort bien d’une certaine médiocrité ambiante, d’un immobilisme consensuel.

L : D’où t’es venue l’envie d’écrire ?

Fabrice Décamps : Très naturellement, entre enfance et adolescence, dans un mouvement spontané, à cheval sur mes premiers élans de lecture. Avec le temps, l’envie est devenue nécessité. Si je ne peux écrire, je me flétrie, je m’étiole.


L : Écrire est-il pour toi naturel ou ressens-tu parfois l’angoisse de la page blanche ?

Fabrice Décamps : Si je m’installe devant une page blanche, c’est toujours avec la ferme intention de la tabasser comme il faut et la conscience empirique qu’elle ne laissera pas faire. L’expression liant l’angoisse d’un écrivain à l’existence face à lui d’une page vierge me paraît inadéquate, dans le sens où, s’il est vrai que j’ai toujours le trac avant de me mettre à bosser, peu importe que la page soit blanche ou bien déjà rendue à mi-chemin suite au travail de la veille. J’aurais même tendance à dire que le trac augmente à mesure qu’on avance, qu’il s’agisse d’un texte court ou d’un roman.

L : Si tu devais n’en citer qu’un :

Fabrice Décamps : Je veux bien jouer le jeu, bien que mon cœur soit étranger à la notion de préférence absolue.

  • Disque : Suites pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach

  • film : Paris Texas de Wim Wenders

  • artiste : Charles Spencer Chaplin

L : Ton écriture est relativement pessimiste, certains textes empruntent un peu à la science-fiction. Crois-tu que pour avoir des choses à écrire il faut être dans la noirceur ? Penses-tu que la science-fiction finalement n’est pas si fiction que cela ?

Fabrice Décamps : Je m’estime plus réaliste que pessimiste. Tout est bon à dire et la palette des couleurs est infinie. On peut avoir à exprimer des choses et le faire avec du rose, mais il est vrai que j’œuvre peu dans ce spectre chromatique.

Je ne suis pas auteur de science-fiction. D’ailleurs, je ne me sens pas, ni ne souhaite me sentir enfermer dans une case. Ecrivain, j’ai mes principes, mes combats, mes révoltes, mes écœurements, mes émerveillements, mes prises d’élan. Tout peut venir alimenter la fiction, y compris le regard que je porte sur le monde, sur le monde à venir. Entre autres objets, faire œuvre de fiction revient souvent à tendre un miroir déformant sur soi et sur l’altérité, sur la société, ses travers, ses égarements et ses devenirs.

L : Dans quoi puises-tu une partie de ton imagination ? Les faits d’actualités ou divers sont-ils pour toi une matière première ?

Fabrice Décamps : Tout est source d’inspiration. Ma propre vie, celle des autres, de mes ami(e)s, de ma famille, de mes amours. Des gens croisés dans la rue, des paroles entendues, des anecdotes qu’on a pu me raconter, des petits détails, des regards, des gestes, le passage d’un oiseau derrière ma fenêtre, celui d’un train empli de silhouettes dont je ne sais rien. J’ai cette curiosité, cette sensibilité sans cesse en éveil, prête à saisir le fil, parfois ténu, de quelque chose que j’ai aperçu, entraperçu, cru deviner, quelque chose que j’ai éprouvé, que je cherche à exprimer. Mon imagination s’empare des choses, c’est une seconde nature. L’actualité, la marche du monde, les faits divers peuvent nourrir cette substance, cette pâte en moi qu’il faut modeler dans l’écriture.

L : Quels sont tes projets à plus ou moins courts termes ?

Fabrice Décamps : Plusieurs casseroles sur le feu : deux nouvelles, genre polar noir, à paraître prochainement aux éditions Inspire, un certain nombre d’autres textes courts laissés en jachère, parfois depuis plusieurs mois, et pas moins de trois romans en chantier, dont un depuis 2003. Très complexe et volumineux, j’y ai consacré près de dix ans avant de me tourner vers d’autres horizons et, à ce jour, il en est resté au même stade qu’en 2013. Réécrit trois fois, il n’en est qu’au tiers de son développement sur le papier. Mon seul roman achevé à ce jour, mélange de genres dans une ambiance fantastique, est encore orphelin d’éditeur, mais j’ai toujours bon espoir de trouver chaussure à son pied.

FB de Fabrice Décamps ICI

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