ALYS H.WOOD L’interview

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ALYS H. WOOD : Avant de commencer, je tiens à te remercier pour ton intérêt. Je suis ravie de participer à cette aventure avec Litzic.

Litzic : Premier souvenir de lecture :

ALYS H. WOOD : « Les Contemplations » de Victor Hugo. Découvert dans la bibliothèque fournie de mes grands-parents maternels, blotti contre l’Iliade et l’Odyssée, il sentait bon le papier et je le trouvais joli. J’étais jeune mais les mots que je lisais étaient magnifiques et musicaux. J’en avais capté toute la sensibilité.

J’ai longtemps caché ce recueil sous mon oreiller (parents et grands-parents me sermonnant de consommer de l’électricité, car je lisais surtout la nuit, et m’avaient « contrainte » à des temps de lecture qui ne me convenaient pas. Je lisais en cachette avec une lampe de poche que ma grand-mère maternelle avait malicieusement glissée sous mon lit, un soir de vacances dans la maison familiale).

L : Premier choc littéraire et ce qu’il a déclenché chez toi :

ALYS H. WOOD : Je ne saurais vraiment le dire sinon que j’ai été très éprouvée par « La Joie de vivre » d’Emile Zola. L’histoire de Pauline m’a remuée les tripes et je pense que j’ai mesuré toute l’ambiguïté de la nature humaine à ce moment-là… J’avais quinze ans. Ma vision du caractère humain s’en est trouvée brutalement revisitée. J’avais entr’aperçu ce cynisme, sous l’édulcorant de l’émotion naïve et bienveillante, dans pas mal de classiques (« Le Portrait de Dorian Gray » d’Oscar Wilde, ou encore « Le Père Goriot » de Balzac, « Le Horla » de Maupassant…).

Je ne peux oublier « Le Mystère de la chambre jaune » offert par ma professeure de français en classe de seconde. Il a été la première marche de mes lectures policières. J’ai ainsi dévoré les livres d’Agatha Christie, puis ceux de Patricia Highsmith…

L : Penses-tu qu’un livre puisse changer notre vie ?

ALYS H. WOOD : Oui, je le pense. Lire peut nourrir involontairement des désirs enfouis, muselés. Soudain, comme si l’évidence s’imposait, certains osent ouvertement se réapproprier leurs lectures devenues leurs références. Ils peuvent tout laisser tomber. L’essence existentielle, le message véhiculé par la réflexion induite par ces lectures ont lentement pris corps en eux. Ils se sont recentrés sur ce qui leur paraissait essentiel et ont tenté d’aller réaliser librement ce qu’ils croyaient inaccessible.

Lire est, pour moi, une ressource. J’apprends beaucoup au-travers de mes lectures, elles sont le fondement de mes connaissances. Je traverse des pays, les époques, je partage plusieurs vies, je fais plusieurs rencontres.

L : Quel est ton auteur préféré ?

ALYS H. WOOD : J’ai une tendresse particulière pour Françoise Sagan. Elle avait un talent que j’admire, une plume agile qui se plantait dans la tête de ses personnages et les saignait de tourments incomparables. Elle écrivait avec fluidité, nous invitant avec élégance dans des intrigues au sein d’un monde maquillé d’artifices sous le fard duquel les rides sont profondes. J’aime son ironie, son acidité, son regard lucide sur le monde et l’humain.

L : Quel est ton livre préféré ?

ALYS H. WOOD : Je vais peut-être surprendre mais je n’en ai pas. Beaucoup de livres ont fait leur chemin vers ma pensée, suscitant une réflexion, me laissant dans un débat existentiel jamais clos. J’aime lire. Beaucoup. Et découvrir, au détour du hasard, des pépites : Antonio Garrido, « Le Lecteur de cadavres », « La Scribe » ; Benjamin Wood qui m’a tenu en haleine tout au long du « Complexe des Bellwether », son premier roman, « La rose pourpre et le lys » de Michel Faber…

L : Quel auteur n’aimes-tu pas et pourquoi ?

ALYS H. WOOD : Je préfère dire que certains auteurs consacrés écrivent des ouvrages qui n’éveillent pas mon intérêt.

Je fais en sorte de terminer un livre quand je le commence. Il est rare que j’éprouve autant d’ennui qu’avec « Cinquante nuances de Grey ». Je l’ai débuté au regard de l’enthousiasme qu’il suscitait. Livre grand public qui a fait des émules auprès des jeunes femmes m’entourant, mais aussi de certaines, plus matures. Cela m’a interrogée. Je n’ai pas apprécié cette écriture, certainement parce qu’elle ne me correspond pas. Du coup, je n’ai jamais pris la peine de terminer le tome 2, ni même d’entamer la lecture du tome 3.

L : Le livre dont tu attendais beaucoup et qui t’a déçue.

ALYS H. WOOD : « Le secret du mari » de Liane Moriarty. Beaucoup de retours positifs via les médias, « best-seller »… Bof.

L : Qu’est-ce qui t’a décidé à l’idée un peu folle d’écrire des histoires ? A quand cela remonte-t-il ?

ALYS H. WOOD : Idée un peu folle ? Non. Pas d’idée.

En premier lieu, ma grand-mère est un catalyseur, je parle d’elle sur la page Alys, dans une publication de fin 2017 : https://www.facebook.com/AlysHWOOD/posts/1551594424877470:0?__tn__=K-R

Je lui dois énormément.

J’ai commencé par lire intensément, pour combler l’absence de mes proches alors que j’allais avoir neuf ans, hospitalisée à l’hôpital des enfants de Bordeaux, dans la froideur d’une chambre qui m’a gardée en isolement une bonne partie de l’été, la Comtesse de Ségur, Enid Blyton, la collection « Fantômette » de Georges Chaulet, « Les Mille et une Nuit », les contes de Perrault, etc…. Parallèlement, tandis que mes frères m’initiaient aux « Strange », des bandes dessinées de Super Héros, (« Léonard ce génie », paru en 1977, me faisait rire aux larmes, mon préféré, bien que je lui fisse des infidélités avec Gaston Lagaffe et Picsou magazine), je tenais un journal intime « Le Bouquet de roses rouge » *, j’écrivais des poèmes et de courtes histoires que je lisais aux soignants qui s’occupaient de moi.

Par la suite, j’ai développé une sorte de boulimie, une faim inassouvie, et je m’emparais de tout ce qui se présentait, des articles de journaux à Jacques Prévert, Montaigne, Céline, Balzac, madame de La Fayette mais aussi Apollinaire, Baudelaire, Verlaine, Pablo Neruda… La liste est longue. J’ai continué la poésie, deux à trois poèmes par jour, chaque texte relatant un évènement du quotidien, ce pouvait être une peine de cœur comme l’évocation de la chute du mur de Berlin, ou l’affaire Ceausescu (j’ai conservé beaucoup de mes poèmes dans des cahiers dès 1980). J’ai rédigé de courts textes avant de m’aventurer dans le roman (mon tout premier, écrit à l’âge de treize ans, encore quelque part dans un carton, se titrait « Deux mois pour détourner la vie » *). J’ai reçu un second prix littéraire, concours international Prix Henri François Guitare, pour un poème intitulé « L’écrivain » *. Section poésie des jeunes espoirs.

L : Tu as une écriture basée sur le quotidien et ses accidents. Est-ce dans celui-ci, à travers les mouvements sociétaux/sociaux ou les faits divers ou les propres événements se déroulant dans ton entourage, que tu trouves ton inspiration ?

ALYS H. WOOD : Tu parles de ma page Alys. Pour moi, des articles doivent être concis, c’est pourquoi ceux de ma page https://www.facebook.com/AlysHWOOD/?ref=bookmarks sont effectivement écrits pour être lus aisément. Ils parlent à tous et chacun peut y être sensible selon son histoire, ses marqueurs personnels. La trame est toujours une tranche de vie.

Je pense que tous les écrivains puisent leur inspiration dans le réel, ensuite vient se greffer l’imaginaire. Derrière nos claviers, auparavant nos stylos, nos idées viennent s’articuler autour de milliers d’histoires qui se bousculent, s’organisent avant de naître. Elles peuvent rester des mois voire des années en gestation avant de se réaliser. J’ai débuté l’écriture de « Ventena » en 1990 https://www.laptiteheleneeditions.com/boutique/ventena-alys-h-wood-souscription.html. Il est sorti en mars 2018 aux éditions La P’tite Hélène https://www.laptiteheleneeditions.com/. Ecrire est un travail méticuleux : recherches, classement, corrections, remaniements (parfois des passages entiers sont réécrits). C’est pour moi une passion. J’écris quoiqu’il arrive.

L : Ton pseudo sonne anglais ou américain : a-t-il une signification particulière ?

ALYS H. WOOD : Il a été soigneusement pensé, une carte d’identité familiale, en lien avec la proximité d’une Dordogne où beaucoup d’anglais nous font l’honneur de résider.

L : Si tu devais n’en citer qu’un (disque, film, artiste) :

ALYS H. WOOD : je ne peux en citer un quand j’aime la musique dès lors qu’elle n’est pas cacophonique, je peux écouter Jacques Brel comme Scorpions ou encore du classique comme du jazz. Il faut juste que la mélodie me transporte.

« Amityville, la maison du diable ». Un film dit d’épouvante, visionné dans le cinéma de la ville où j’ai grandi, tiré d’une histoire vraie et qui me terrorise encore. Je n’ai jamais été voir les autres versions, celle de 1979 m’ayant fortement déstabilisée.

Salvador Dali. Un artiste total : écrivain, scénariste, réalisateur, dessinateur, sculpteur, peintre, mais aussi humoriste et philosophe. Mon tableau fétiche est « la Femme à la fenêtre », le glissement de la robe sur le corps, la tenue du modèle sont d’un tel réalisme ! Un paradoxe quand on sait que Monsieur Dali a surtout nagé dans le courant du surréalisme.

L : Tes projets ?

ALYS H. WOOD : Je suis en pleine écriture du second tome de « Ventena » tout en attendant des retours favorables pour un recueil de nouvelles dont j’ai situé les actions dans le village de mon enfance.

*Ecrits personnels, jamais édités.

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