DOO YOO RIGHT, A murmur, boundless to the east

doo yoo right a murmur boudless to the eastDeuxième album déjà disponible chez Mothland

Mieux vaut tard que jamais. Sorti en juin dernier, l’album de Doo Yoo Right mérite d’être exploré, même avec plus de 6 mois de retard, et de figurer comme disque de la semaine tant A murmur, boundless to the east retourne tout ce qui peut l’être avec sa formule post rock dangereusement addictive.

A voir figurer dans les crédits que l’album a été enregistré à Hotel2tango (à Montréal) et notre sang ne fait qu’un tour. Terre d’accueil notamment de groupes gravitant autour de Godspeed you ! Black Emperor ou Oiseaux tempête, ce lieu mythique ne pouvait qu’accoucher d’un grand disque. Et encore, il s’agit là d’un euphémisme tant A murmur, boundless to the east dévaste tout sur son passage.

Poigne de fer sur notre cœur.

Ici, tout s’avère volcanique, tellurique, tempétueux, et surtout d’une indicible beauté. Cette beauté, certes, ne parlera pas aux âmes fragiles (peu importe ce que cela signifie) qui pourrait en souffrir (car il est dur d’accepter une telle décharge émotionnelle), mais elle parlera à ces âmes qui, d’une manière ou d’une autre, ont été ou sont toujours écorchées vives par cette sensation de ne pas appartenir au même monde qu ‘une grande majorité de la population. Car ce disque, en grande partie instrumentale, va puiser loin dans la psyché du groupe, réveillant chez nous une part animale certaine, celle qui couve des émotions primales.

Forcément, ça remue un peu les entrailles et ça comprime la poitrine. Si les larmes se retiennent de couler, la sensation de malaise (mais un doux malaise) titille notre estomac. Ici, il y a un caractère viscéral qui émerge de mélodies obsédantes, fortes, répétitives, sur laquelle s’accumulent progressivement des strates d’instruments (dont les violons, stridents, qui forent nos âmes en profondeur) ou d’intensité. Cette dernière croit par un volume qui semble s’étirer à l’infini, gagne sans cesse en puissance alors que les instruments s’ingénient à puiser dans une force monolithique un instinct de survie souvent annihilé par tout le confort moderne occidental.

Ainsi, nous retrouvons un son commun à des groupes comme les fameux groupes cités plus haut, mais également à The Silver Mt Zion Memorial orchestra ou, dans une certaine mesure à Robin Foster (le titre le plus « pop » de l’album, à savoir The Failure Of Stiff, Tired Friends aurait aisément pu figurer sur l’album Life is elsewhere du breton d’adoption) ou Public Service broadcasting. L’utilisation plus appuyée de synthé et de bidouilles électroniques aériennes aidant, là où les autres titres laissent plus souvent place à des drones sourds et parfois inquiétants.

Teintes crépusculaires et aurores lumineuses.

Pourtant, de la lumière semble provenir de tous les titres. Sans doute parce que réveiller les émotions, par la manière forte, à savoir une rythmique lourde, pachydermique, qui couple basse et batterie sur un même tempo alors qu’autour le tonnerre de guitare fait rage, fait soudainement jaillir une explosion incroyable, aveuglante. Elle parvient à nous atteindre par la grâce d’une mélodie que l’on n’attendait pas, ou plus, et nous touche en plein dans le cœur (le morceau final,de 16 minutes, Feet Together, Face Up, On The Front Lawn en est un parfait exemple).

Tout monte crescendo, par paliers, lents (et quel éloge pourrions nous tisser à ce rythme qui prend le temps d’imposer sa majesté) et successifs, qui nous permettent de nous immerger totalement dans l’univers du groupe. Quand quelques paroles surgissent (sur ce même titre ou sur Say less, do more), leur caractère virulent ne fait aucun doute. Ou plus que virulent, c’est une urgence qui s’impose, celle de moins parler mais de plus agir, qu’on imagine invective à ces gouvernements passifs qui ne prennent pas conscience de ce qui nous pend au nez.

Cette voix dégage une violence toute post punk, rehausse, par sa discrétion et sa parcimonie, le pouvoir magnétique de la musique du groupe. Résultat, une poigne de fer nous chope par le col de la chemise, nous colle une trempe et nous intime de nous relever et d’assumer. K.O, certes, mais de la bonne façon, celle qui incite à l’action, celle qui incite à s’améliorer, à devenir meilleur.

Puissance incomparable.

A murmur, boundless to the east ne cesse ne nous pénétrer les os et le sang. Il ne nous laisse jamais tranquille, nous heurte comme pour mieux nous amener à réagir, dissolvant l’anesthésie générale pour nous remettre d’équerre, les pieds sur terre, en phase avec nos émotions les plus tues, mais aussi les plus vraies.

Ainsi, l’envie de lâcher prise, d’accepter les larmes, d’accepter ce shoot d’émotion pure se fait maitresse de nous. Et l’on se retrouve avec cette boule au creux du ventre, boule non pas d’angoisse, mais qui nous indique juste que nous sommes encore (un peu) vivants et debout. Alors, tels des phénix, nous renaissons de nos cendres et acceptons le présent de Doo Yoo Right, celui de s’éveiller, encore et toujours, à la beauté de l’humanité et de la musique. Amen.

Patrick Béguinel

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