[Livre]ADRIEN DURAND, Je n’aime que la musique triste.

je n'aime que la musique triste adrien durandPetit livre intimiste.

C’est un livre tout riquiqui de 10,4 cm*14,8 cm, orné d’un smiley jaune, souriant, sur fond noir et lettrage blanc. Simple, efficace, graphique, l’impression première est bonne. Édité par Le gospel de poche, Je n’aime que la musique triste est un nouveau livre d’Adrien Durand que nous connaissons pour son essai Kanye West ou la créativité dévorante paru l’an dernier chez Playlist Society et qui nous avait vus retourner notre veste quant à ce que nous pensions du fantasque milliardaire du rap.

Dans Je n’aime que la musique triste, Adrien Durand revient (un peu) sur la musique triste, beaucoup sur ces questionnements intimes quant à la vie qui est la sienne. Touchant, sincère drôle, un peu désabusé, Je n’aime que la musique triste nous dresse avant tout le portrait de son auteur, et nous amène à nous interroger sur notre boulot de critique, un peu et cela ne concerne que nous qui écrivons, mais surtout sur le sens que nous donnons à notre vie, beaucoup.

Le travail.

Nous passerons vite fait là-dessus car l’assimilation que nous faisons des parties où Adrien Durand nous raconte ces errements et expériences de critique, d’esthète de la musique, d’appartenir à une bulle, nous la connaissons et la vivons, dans une moindre mesure que l’auteur néanmoins, au quotidien. Forcément, cela crée des liens, certes invisibles, plutôt forts.

En tant que simple amoureux de la musique cependant, vous y trouverez votre compte, même si les aspects professionnels peuvent relativement vous laisser de marbre. Après tout, il n’existe aucun boulot parfait, soyez-en sûrs, et l’auteur le démontre sans forcer le trait. En revanche, pouvoir travailler dans un métier passion permet d’amoindrir certains défauts paraissant à certains totalement rédhibitoires. Mais on s’éloigne du sujet.

La musique.

Adrien Durand nous raconte donc sa vie, peuplée de musique, de ce grand écart émotionnel perpétué par la musique en osmose ou en opposition avec la vie. Nous y découvrons ses constatations personnelles sur les musiques qui lui font du bien, plus généralement des musiques mélancoliques. Tout est question de chimie et il se trouve qu’Adrien Durand réagit bien aux stimuli des musiques tristes, mais pas que, notamment quand il sort d’une séance chez le psy. On le comprend, on est passé par là aussi (pas dit qu’on ne doive d’ailleurs pas recommencer un jour prochain).

Il y a des questions plus pointues aussi, face à la réalité des musiciens (il a lui-même fait partie de groupes jusqu’à il y a peu). L’exemple qu’il cite sur Blonde Redhead est criant. Ce groupe, méconnu durant de longues années, il l’a suivit, jusqu’à sa percée vers un plus large public. Et s’en est trouvé « dépossédé ». Car les nouveaux arrivants, sur la foi de quoi d’ailleurs ?, s’appropriait le groupe sans connaître son histoire, ses galères, se foutant finalement royalement de la musique mais étant là parce que c’était là qu’il fallait être.

Nous comprenons parfaitement non pas la désillusion de l’auteur, mais un certain sentiment de perte, celui de perdre une intimité, réelle ou fantasmée dans le cas du quidam moyen, avec un groupe dont il connait « tout ». Mélancolie, encore, et remise en question (de quel droit puis-je être déçu alors que le groupe se tire enfin des galères que connaissent une majorité de groupes).

La vie.

Mais plus que la musique, plus que l’aspect professionnel, c’est de la vie que parle Adrien Durand. Il en parle avec des mots fluides, comme parlés, dont est extrait le superflu. Les phrases ne sont pas parfaites, ce qui les rend parfaites (tout comme lui, nous n’aimons pas quand tout est bien carré, tout lisse). C’est un peu comme s’il s’exprimait à nous sans aucun filtre, d’homme à homme/femme, sans aucune barrière, si ce n’est celle du recul qu’il a pris sur lui-même. Il s’agit presque d’une confession qui n’en serait pas totalement une. Pourquoi fait-il ça ? Sans doute pas de façon égotique, mais d’une façon amicale, nous délivrant ses conseils de quarantenaire (enfin presque) sur l’existence. Pas en maître, mais d’égal à égal. Avec une forme de pudeur émouvante parce que totalement sincère, pas esthétisée à outrance.

Nous passerons sur les nombreux points communs qui nous relient, ils seront différents, en partie, des vôtres, mais en recouperont certains, parce qu’ils sont ceux qui façonnent les êtres humains, tout simplement. Mélancolique, encore, mais tellement vivant, tellement justes que nous ne pouvons pas rester insensible à ce bouquin et à la personnalité dévoilée de son auteur.

C’est un livre tout riquiqui, écrit en tout petit, qui se lit super vite et surtout, surtout, qui est grand au moins comme ça !

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