[ ROMAN ] GUY BORDIN, L’amant fantasmatique.

L’amant fantasmatique, premier roman de Guy Bordin (Aux Éditions Maïa)

À la manière d’un journal intime, le narrateur dévoile son quotidien à Kerbihan, petit village du Finistère où il réside le temps de quelques travaux avec son cousin Jean. Attiré par lui, le narrateur se retrouve soudain plongé dans un monde de plus en plus fantastique, étrange, jusqu’au moment où les choses semblent lui échapper. Dans ce premier roman, Guy Bordin nous dévoile sa vision d’une croyance Inuit, celle de L’amant Fantasmatique.

L’histoire.

Afin de réaliser quelques travaux pendant l’été, le narrateur et son cousin s’établissent à Kerbihan, dans une lande relativement à l’abri de la foule. Les conditions y sont spartiates, et plutôt qu’une maison, le « couple » loge dans une sorte de cabane améliorée. Loin des distractions, ils commencent leur travail. Petit à petit, le narrateur tombe sous le charme de son cousin (il avait accepté de venir travailler avec lui parce qu’une légère attirance se faisait déjà ressentir). Très vite, il se met à fantasmer sur lui, et d’étranges rêves, incroyablement réalistes, se manifestent.

Bientôt, il se retrouve sujet à des hallucinations. Mais des événements extérieurs viennent troubler la quiétude des lieux, et le narrateur s’engouffre dans les relations sexuelles multiples. Un climat surréaliste règne sur les lieux. Et une sourde angoisse apparaît au fur et à mesure des pages que nous tournons.

L’auteur.

Guy Bordin est ethnologue et réalisateur. Spécialiste du monde inuit, il nous conduit ici aux frontières du fantastique avec son premier roman L’amant fantasmatique. Nous sentons la patte de l’ethnologue dans ce roman. Ce scientifique a pour habitude de consigner par écrit ses découvertes, point commun que nous retrouvons avec le narrateur qui consigne par écrit toutes ses impressions, quasiment au jour le jour.

Tout y est détaillé avec précision, et nous donne une drôle d’impression. Celle-ci s’explique par le hors cadre absolument inexistant, puisque le récit des événements n’y est vu qu’à la première personne du singulier, tout en étant ultra-présent (des flashs énigmatiques sur la lande, un serveur omniprésent, amant occasionnel puis régulier du narrateur, rôdant sans cesse aux abords de la cabane). Le climat est donc étrangement tendu, d’autant plus qu’une disparition inexpliquée survient peu de temps après l’installation des cousins.

L’auteur bis.

Mais nous nous éloignons. En partant d’une légende inuit, celle des amants fantasmatiques (une personne fantasme sur une autre, celle-ci prend bientôt place « corps et âme » dans la réalité de la première personne, brouillant ainsi les repères entre surnaturel et réalité), il nous offre un roman gay intrigant, au rythme lent, jusqu’à l’accélération finale. Nous sentions un tigre sous le ronron de cette histoire, il nous surprend dans les dernières pages de L’amant fantasmatique qui nous laisse en proie aux interrogations.

Derrière une plume d’apparence anodine, presque classique, Guy Bordin raconte une histoire qui ne l’est pas du tout (classique). Au contraire, nous flirtons avec le roman de science-fiction, le thriller, le (presque) documentaire. Le mélange des trois styles donne une saveur particulière à l’amant fantasmatique, une crédibilité incrédible (nous disons cela pour brouiller les repères nous aussi).

Fantas(ma)tique ?

Il règne tout au long des pages une sorte de parfum de luxure, d’interdit, couplé avec une étrange déshumanisation du narrateur. Nous nous demandons s’il n’est pas cinglé, mais ses écrits détaillés, comme nous le disions plus haut, nous prouve que… que quoi au juste ? Et si tout n’était qu’une fausse route ? Si tout cela n’était pas réel ? Si le narrateur n’était finalement qu’un sociopathe qui se dédouane en inventant une histoire abracadabrantesque le mettant hors de cause tout en l’accusant paradoxalement ?

Vous le voyez, à la fin de L’amant fantasmatique, des questions subsistent. Peut-être devons-nous prendre le roman simplement comme il vient, croire en son dénouement au premier degré, ou au contraire lui trouver des fondements rationnels et, dès lors, remettre en cause sa conclusion. Nous ne savons pas trop comment le prendre, preuve que Guy Bordin nous embrouille bien avec cette histoire au soufre vénéneux. Preuve également que les histoires de « fantômes » nous font toujours de l’effet. À découvrir pour tous ces aspects !

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