[ ROMAN ] JACQUES CAUDA, Fête la mort ! Eros thanatos etc.

Fête la mort !, nouveau roman de Jacques Cauda aux Éditions Sans crispation/Litzic.

Tout commence comme une blague d’étudiants. Trois amis, sortes de révolutionnaires en herbe, sont conviés à déjeuner chez une de leurs camarades de classe. Repas arrosé, libido débridée, une scène de sexe d’une poésie crue, nous croyons que Fête la mort !, de Jacques Cauda, nous emmènera dans un livre réjouissant sur les mille et une petites histoires intimes d’une triplette de bras cassés. Mais nous déchantons vite (mais pour notre plus grand plaisir!).

Parce que oui, la littérature doit faire ressentir des émotions contrastées, bonnes ou mauvaises, que nous aimons et que nous détestons tout à la fois. Le yin et le yang, ce que l’âme renferme de plus pur et de plus noir. Et Jacques Cauda nous sert tout cela sur un plateau d’argent maculé de merde. Mais reprenons un peu les événements comme ils nous viennent en tête (et Dieu que c’est difficile tant tout se télescope dans notre esprit et nos entrailles).

Puissance de la langue.

D’emblée, l’écriture de Jacques Cauda nous frappe l’esprit. Au début du livre (nous n’arrivons pas à savoir s’il s’agit à proprement parler d’un roman, de nouvelles, alors nous dirons livre), nous tombons sur une écriture posée, très intuitive, d’une fluidité remarquable. Sa poésie nous saisit instantanément car elle s’inscrit dans cette forme que nous jugeons réaliste. Mais ça, c’est au début, car petit à petit, elle se pervertit cette écriture, elle devient malade, malsaine, complètement frappadingue… pour mieux coller aux personnages.

Jacques Cauda prend alors des libertés stylistiques que d’aucuns qualifieraient d’aberrantes. Certains seront choqués, perturbés. Il va sans dire que les puristes de La Langue Française risquent de s’étrangler devant leur caviar. Ici, nous avons affaire à une langue vivante, colorée, ne répondant à aucun code, si ce n’est celui de ressembler à l’être qui l’utilise. Le portrait de cet être n’est pas lisible par des descriptions à n’en plus finir, mais par ce langage particulier, par une psyché cabossée (pour ne pas dire ravagée).

Un glissement morbide.

Alors la langue dévie de la poésie basique du réel vers l’horrifique. Et la poésie, foncièrement, n’existe plus réellement en tant que telle, ou alors sous une forme mortifère extrêmement dérangeante, déviante. Le mal se saisit de nous, semble tripatouiller quelque chose au centre de nos intestins. Notre bonne conscience ? Notre morale ? Notre naïveté ? Peut-être un peu des trois. Fête la mort ! secoue, bouleverse, nous porte le cœur au bord des lèvres, ou baigne notre gorge au niveau de notre colon. C’est violent, ce ressenti. Peu d’auteurs sont parvenus à nous procurer un tel sentiment.

C’est vrai, l’histoire qui débute nous entraîne d’un pas guilleret vers un champ fleuri où gazouillent quelques oiseaux plus ou moins grassouillets. Mais petit à petit l’horizon s’obscurcit, toujours dans une langue plus ou moins convenue. Et puis la bascule brutale nous percute. La noirceur insondable de ce que l’humanité à de pire en elle nous explose en pleine tronche. Et bizarrement, nous continuons à lire, comme si le plaisir malsain d’assister aux pires horreurs se saisissait de nous. La fête devient morbide, mais elle reste fête malgré tout.

Car il y a ripaille. Il y a sexe. Il y a joie. Celle-ci n’est pas partagée, notez bien. Elle est subie. Mais celui qui l’impose est joyeux. C’est la belle vie pour lui. Il assouvit ses besoins d’homme animal, ces besoins inculqués par Mère-pute. Finalement, tout cela ne nous interroge-t-il pas sur le pouvoir de l’éducation ? Ou sur la résistance de chacun au mal ? Pure fiction, Fête la mort ! pose en creux les questions que vous voulez bien vous poser sur l’âme humaine.

Eros, thanatos…

La vie, la mort, la fête, fête la mort ! N’est que cela. Le livre nous invite à prendre un peu de recul, même si, peut-être, tel n’est pas le but. Cette prise de recul nous indiquerait que la vie est une fête, et que même si la mort fait partie de la vie, eh bien tant pis, célébrons chaque jour vécut comme s’il s’agissait du dernier.

C’est ainsi que nous voyons la chose. Fête la mort ! Comme une injonction à célébrer la vie. Profite des bonnes choses, du sexe, de la bonne bouffe, des plaisirs coupables, de ceux qui ne le sont pas, mais profite bon sang, parce que tu ne sais pas qui se trouve au coin de la rue, tu ne connais rien de ton voisin. lâches ton portable, lâches tes écrans, profite !

Jacques Cauda nous met, avec Fête la mort !, un bon taquet derrière les oreilles, avec un style assumé, maîtrisé, fort, personnel, vivant. Oh oui vivant ! Cette langue est belle, qu’importe ce qu’elle raconte, parce qu’elle est vivante et qu’elle le restera tant que des auteurs de cette trempe existeront.

Alors on dit quoi, au final ? Fête la vie, non ?

fête la mort! jacques cauda coédition litzic sans crispation

Relire la conversation entre Jacques Cauda et David Laurençon

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