SALOPECIA L’interview de Robin Margerin

Salopecia sort son premier album Meanderthal le 28 septembre chez Johnkôôl Records. L’occasion pour nous de poser quelques petites questions à son concepteur, Robin Margerin. (ndlr : ses propos son restitués sans modifications)


Litzic : Salut Robin. Tout d’abord, comment vas-tu ?

Robin Margerin : Ça va? top.

L : Quand nous avons entendu ta musique pour la première fois, nous n’avons pas su la qualifier. C’est de l’électro, mais arrives-tu à la qualifier de façon plus précise ?

Robin Margerin : En général je trébuche quand on me pose cette question. J’aimerais avoir une réponse plus concrète mais j’ai encore du mal à la qualifier, et je pense qu’en partie c’est difficile parce que la cohérence entre les morceaux existe de par leur personnalité – d’autodérision dans sa non-importance mais tout de même pas insignifiant, et sérieux – plus que par une identité sonore. Salopecia a plein d’envies disparates, mais le caractère qui se mobilise reste le même. Je suis gourmand, je cordon bleu.

Au sein d’un même morceau je reste rarement dans une continuité, j’ai toujours du mal à entrer ou à rester dans les musiques où l’on sent les rails, comme dans un train, où on sait quelle station est la suivante. J’aime que les choses se déplacent, divaguent et qu’on ne revienne pas au point de départ. Ma mère, lors d’une réprimande probablement, m’a dit qu’il fallait être capable de tenir deux idées contradictoires dans sa tête de manière simultanée. Je pense à ça souvent.

Quelqu’un a parlé d’abstract hip-hop, comme ce qu’on trouve chez Anticon, peut-être pas en termes de qualité mais en intention. Si je peux faire quelque chose qui semble toujours avoir existé mais qui est difficilement qualifié, c’est pas mal.

L : Tu as fait les beaux-arts en France et tu y résides depuis ces études, pourtant, nulle trace de French Touch dans tes compositions. Choix délibéré ou contraint ?

Robin Margerin : J’ai découvert plein d’artistes, mouvements et musiques fantastiques en arrivant en France, la French Touch n’est pas celle qui a eu de l’emprise sur moi. De toute façon, l’on était déjà riche en ce genre ici, de quoi je me mêle.

J’avais, et j’ai encore, une tête pleine de sons et de références de mon vivant à exorciser. C’est pas pour dire qu’il manque de la musique à influence américaine, mais j’ai le luxe d’avoir connu ces deux univers musicaux et de pouvoir les mêler à ma sauce. Je me laisse toucher par la France.

L : Quelles sont tes influences ?

Robin Margerin : Je ne pense pas pouvoir écouter quelque chose sans que ça ne m’influence, il y a aussi des choses que je cherche activement à ne pas reproduire.

Après, si on veut parler d’artistes précis qui m’inspirent ou m’ont influencé c’est un peu la roulette russe. Je suis infiniment avide des bons écrivains, on peut dire paroliers ou poètes, que ce soit Leonard Cohen ou Kendrick Lamar. Le fait de mettre les bons mots sur une idée me semble être un des cadeaux des plus généreux qu’on puisse recevoir, les justes termes pour qualifier la vie étant si fuyants, évanouissants.

J’ai beaucoup appris des groupes comme Ween, qui sont manifestement élastiques dans leur approche de chaque morceau. À chaque objet son univers, plutôt qu’un style qui englobe le tout. Ils ont beaucoup de pluralité et justesse dans leurs propositions, même si souvent très ludiques. De façon complètement différente je pense que Sublime avait de ça aussi.

Je suis partisan du grain, de sonorités qui témoignent de l’espace et de leur habitat. Je trouve que là où on essaye de trop l’exclure on nie quelque chose de fondamental à l’écoute. Dans cette veine j’ai autant appris de groupes comme les Meat Puppets, de Brian Eno ou d’Andre Nickitina, pour ne citer que certains.

Des rythmiques propulsives, que ce soit N.W.A, Ministry, Aphex twin, Liars.. J’aime ça lent, rapide, lisse ou hard mais toujours intense.

Enfin, la musique est tellement liée à un état émotif que c’est inlassablement variable.

L : On pense, au début de Meanderthal, à Moby, avec notamment cette voix héritée du blues, quasi A capella. Cet artiste t’évoque-t-il quelque chose de particulier ?

Robin Margerin : Moby me semble très intelligent, je ne connais pas en profondeur mais pour moi, c’est quelqu’un qui sait doser l’affect et l’irrévérence. Je respecte.

L : Pourquoi ce titre Meanderthal ? Est-en rapport avec notre humanité régressive ?

Robin Margerin : Cet album s’est fait dans un contexte historique qui est, au moins dans mon expérience vécue, particulièrement vertigineux.

Un peu interrogateur, un peu générateur de proverbes et astuces, Salopecia essaye de traiter de son époque avec tendresse, ironie et parfois avec alarme. Le titre Pale Face parle du suprématisme blanc, idéologie que l’on voit revigorée sur plein de territoires et particulièrement avec le présidence de Donald Trump; alors que Plants Don’t Move They Grow offre un simple changement de perspective sur l’idée de croissance, sur un groove évolutif.

Ensuite, le titre Meanderthal est venu par rapport à la façon dont ont été construits nombre des morceaux. Des traversées nocturnes pendant lesquelles je traduis les bruits de fond de mon esprit en chansonnettes que j’enregistre sur mon téléphone. Au lieu de parler tout seul, j’ai fini par développer de cette habitude une méthode de travail. Je peux transplanter mes pensées chez toi, c’est magique. Des méandres répétitifs de mes pensées calées aux syncopes de pieds ivres, ça me fait danser à quelque chose.

L : Quelle couleur définirait ton album ?

Robin Margerin : Il faudrait leur demander laquelle voudrait bien.

L : Que trouves-tu d’exaltant dans ta vie de tous les jours ?

Robin Margerin : J’estime mon taux d’exaltation à être en dessous du seuil du quotidien, mais parfois c’est fou ce qui se passe. Par contre je trouve que l’ennui est pleinement plus fécond que l’exaltation dans le sens qu’il faut le transformer alors que l’exaltation demande qu’à être savourée.

Ceci dit, je trouve exaltant la faculté d’émerveillement. Je dirais même que je vois la curiosité et notre soif de connaissances comme les principales fonctions de la vie, en tout cas chez les humains, et qu’il faut à tout prix rester sensible aux mystères, incongruités et absurdités de notre condition.

J’ai aussi la chance énorme de pouvoir passer mon temps à poursuivre des projets qui m’émeuvent. Ce n’est pas simple, ce qui me paraît cohérent.

9) Tu es un artiste touche à tout (tu es plasticien, ce qui se ressent dans ton album qui ressemble à un immense collage de sons, organisateur d’expos collective, pratique l’horticulture amateur, la non- distribution de drogues…), comment te sens-tu dans ce pays où tout le monde doit rentrer dans une case et ne pas en dépasser ?

Je pense que tu viens de me filer une case, non?

Mais je me sens bien dans ce pays car j’ai le luxe de ne pas devoir appartenir pour y être, et puis chez moi c’est pas glorieux en ce moment…

L : Comment arrives-tu à faire de la non-distribution de drogues ? En quoi cela consiste-t-il ?

Robin Margerin : Il suffit d’essayer une fois sans y parvenir… C’est un hobby tout à fait abordable qui consiste en majeure partie de faire autre chose de son temps. Après chacun peut s’y mettre avec le degré de zèle lui semblant approprié. Et puis parfois je raconte des conneries.

L : Te sens-tu, à la fin de cette interview :

-a : mieux qu’au début ?
-b : pire qu’au début ?
-C : dans le même état d’esprit qu’au début ?

Robin Margerin : Je ne trouve plus mon briquet

L : Tu as le droit de t’exprimer librement. Si tu souhaites le faire, tu as carte blanche ici-même, sans censure, pour parler de ton album, de tes coups de coeur, de tes coups de sang. À toi :

Robin Margerin : Comme un gros connard j’en profite pour faire un peu de promo! J’invite tous ceux qui peuvent à venir découvrir ou fêter la sortie de cet album le 28 septembre à l’Olympic café à Paris. Une salle qui devient fabuleusement fournaise quand on s’y met bien. Il y aura mes super potos à moi, Prison Food Sucks et DJ Kôôl, pleins de talents qui me touchent à tous les coups. Venez avec vos super potos à vous; et voilà, quorum.

En conjonction avec la sortie de l’album Meanderthal, sortent une suite de clips fait par Salopecia, pour les titres Millions, Jerky, Back in the Mode et le bonus track Sighberia.

Une série de dessins animés qui illustre les morceaux qu’ils accompagnent avec une modestie con-con aux antipodes du clip aux qualités cinématiques.

Les chansons en langage pictural, du naïf numérique. Pleins d’autodérision, ils revendiquent la non-démonstration et l’économie du geste, s’emparent de la frontalité et planéité de la feuille de papier. Comme un carnet de croquis.

Assujettis à la musique, ils ne cherchent pas à dépeindre la personae de Salopecia tel un artefact promotionnel, mais plutôt de dessiner la personnalité habitant le projet.

Le clip pour Millions, le premier single de l’album, conjure avec ironie l’idéologie de fake it ‘til you make it. On a l’habitude absurde mais imprégnante de lier la réussite à un chiffre, il faut s’en moquer. L’éternelle ritournelle du galérien, il faut l’excommunier. Les paroles optimistes sont sabotées par l’instrumentalité sourde et pied bot du morceau. Toujours un fond de scepticisme qui grouille derrière nos efforts de se convaincre que tout ira bien.

Le clip pour Jerky, qui sortira le 28 septembre, est une représentation didactique des paroles, le motif de la chanson devient motif plastique quasi psychédélique. On part de la base de l’homonymie de Jerky, qui signifie à la fois les connardises et de la viande séchée. Un simple rappel que si l’on va être parfois connard, l’assumer plutôt que le cacher sous une voile d’agressivité passive ou de pédanteries. Beef jerky, not no turkey jerky.

Bisous.

Merci d’avoir pris le temps de répondre à nos questions. Nous rappelons que Meanderthal de Salopecia sort le 28 septembre chez Johnkôôl Records (la chronique sera très prochainement dévoiléé), que le clip de Millions est visible ICI ou ICI et que vous êtes cordialement invités à l’Olylpique Café à Paris pour fêter la sortie de l’album (en pré-commande ICI)

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