WENDY DELORME Le corps est une chimère

Il est des romans qui nous bousculent plus que de raison, parce qu’ils tapent juste, qu’ils sont un reflet de la société, parce qu’ils sont forts dans leur message. Le corps est une chimère de Wendy Delorme (aux éditions Au diable vauvert) fait partie de ces livres qui laissent durablement leur empreinte.

Tout commence dès le prologue. Une veillée funèbre et quelques personnages principaux qui y font leur apparition. Au fil des pages que l’on tourne, nous découvrons leur vie, leurs histoires, leurs doutes, leurs certitudes, leurs espoirs.

Isabelle était mariée à Philippe, ont une fille, Marion, mariée à Élise. Elles sont mères de trois enfants nés par PMA, en Belgique. Isabelle et Philippe ont divorcé. Elle est désormais mariée à Arnaud, le patron de Philippe, l’amour de sa vie. Philippe va mal, se confie à une personne du soutien gratuit aux personnes esseulées, qu’il finit par rencontrer. Ashanta fait désormais partie de sa vie, une amie solide. Elle est mariée à Camille, réalisatrice de films documentaires voulant sauver le monde de ses dérives, parce qu’elle l’aime mais également par besoin de papiers en règle. Philippe, pour se remettre de sa séparation, voit une escorte à qui il fait porter les anciennes robes de son ex-femme. Cette escorte, Maya, est amoureuse de Jo, flic, qui ne comprend pas la vie qu’elle peut mener.

Rassurez-vous, vous apprendrez à découvrir ces multiples personnages, leurs psychologies et les liens qui les unissent. Pour se faire Wendy Delorme alterne les chapitres leur étant consacrés, chapitres ressemblant à autant de nouvelles avec ces chutes percutantes qui nous maintiennent sur le fil du rasoir. Souvent brefs, ils décrivent les questions que se posent les personnages, remontent le fil de leurs existences. Nous tissons avec eux des liens tant ils sont crédibles, nous donnant parfois l’impression de lire la vie de proches ami.e.s. Il est en effet très dur de ne pas s’attacher aux différents protagonistes, tous riches de leurs histoires, de leurs blessures, de leur mal-être mais également de leur humanité, que certains peuvent juger par méconnaissance de la réalité.

La narration s’avère extrêmement puissante. L’écriture est y racée, fluide, spontanée, le vocabulaire riche, le rythme haletant, comme si nous avions affaire à une sorte de thriller, mais ce n’en est pas un. Choisissant de ne pas laisser défiler l’histoire de façon linéaire, Wendy Delorme effectue des flash-back superbement maîtrisés, faisant naître en nous une impatience que nous avons du mal à contenir. La preuve en est : nous avons littéralement dévoré ce livre, en à peine trois heures tant nous voulions connaître les tenants et les aboutissements de chaque parcelle de vies révélées au fil des pages.

Ce qui nous maintient éveillés de la sorte, qui nous fait bondir parfois, c’est cette prise directe avec la société qui est la nôtre, avec sa violence, ses incompréhensions, cette envie de nous en protéger et de protéger ceux que nous aimons. Le roman évoque l’homosexualité, la sexualité d’une façon générale, le couple, la PMA, les passions, les violences faites aux femmes le tout sans manichéisme, sans pathos, détruisant ainsi les stéréotypes par la seule force d’une plume habille.

Le corps est une chimère nous a mis une réelle claque ! Il est rare de nous sentir à ce point chamboulé par un livre, sans doute parce qu’il recèle des vérités universelles d’amour, de tolérance, d’espoir. Wendy Delorme possède un talent énorme, de celui des grand.e.s écrivain.ne.s.

À découvrir absolument !

 

2 pensées sur “WENDY DELORME Le corps est une chimère

  • 25 octobre 2018 à 8 h 57 min
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    Lecture paisible d’un hétéronormé : j’ai pris mon temps. Chaque chapitre s’apparente à une nouvelle ; les nouvelles s’entrelacent sans que l’intrigue se dévoile. Aussi j’ai triché, à mis parcours, comme un petit garçon que je suis resté, j’ai été voir sous la quatrième de couverture le dénouement ; j’en suis revenu rassuré quant aux motivations du job à JO : on est pas obligé de détester la police tout le temps.

    Des couples de lesbiennes essaiment l‘histoire ; des histoires claire-obscur sur lesquelles chacun peut projeter la chimère de son corps et de ses propres troubles et s’apercevoir que nos différences sont les mêmes .

    Une ambiance -un clair-obscur – d’une violence sourde parcours le roman ; chaque couple aspire à la lumière et doit en même temps se restreindre à un espace confiné, si j’ose dire.

    « Le corps est une chimère » nous a mis une réelle claque ! j’adore .

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    • 25 octobre 2018 à 10 h 17 min
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      Merci beaucoup pour ce commentaire fourni et juste. Cette phrase « chaque couple aspire à la lumière et doit en même temps se restreindre à un espace confiné » est effectivement une sensation que l’on ressent à la lecture du livre. Chercher à s’émanciper de ses frontières tout en faisant avec les limites qu’elles nous imposent.Cela est particulièrement vrai pour le personnage de Jo qui est censé, de par son job, rester dans les clous. Mais chaque personnage vit ce paradoxe, qui est sans doute celui de tout être humain.

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