PATRICE GAIN Terres fauves

David McCae est envoyé par son agent en Alaska, pour y rencontrer Dick Carlson, alpiniste chevronné, premier alpiniste Américain à avoir gravi un sommet de plus de 8000 mètres, et ami de longue date du gouverneur Kearny dont David doit rédiger les mémoires. Sur place, il découvre un homme qui lui est tout de suite antipathique.

Lors d’une interview fortement alcoolisée, l’alpiniste se laisse aller à la confidence… fortuite. David réalise qu’il possède une véritable « bombe » et devient de ce fait fortement gênant. Commence dès lors son calvaire, sur une terre sauvage, où les fauves ne sont pas forcément ceux que l’on croit.

Grand roman d’aventures, dans tous les bons sens du terme, Terres fauves (aux Éditions Le mot et le reste) de Patrice Gain nous transporte en des lieux inhospitaliers, rudes, magnifiques également. La nature y est sauvage, dans tous les sens du terme, les hommes qui l’habitent ne le sont pas moins.

L’auteur place dans cet univers de glaces, de lacs et de forêts, un écrivain qui vient de se faire larguer par sa compagne, écrivain plus ou moins en berne qui ne sait pas trop quel sens donner à sa vie. Nègre, il va se retrouver, bien malgré lui, à Valdez, village isolé d’Alaska, pour y rencontrer des hommes sans scrupules, des ours et des loups, la nature, et surtout lui-même.

Les phrases de Patrice Gain, au début du roman, sont hachées, presque pronominales. Elles retransmettent parfaitement l’état de désespérance de son personnage, hagard, perdu. Par la suite, elles s’étirent, elles entrent dans une forme de contemplation, parfois horrifique tant elle est brutale, pour retransmettre au mieux ce que ressent son personnage face à l’univers qui, contre son gré, devient le sien.

Elles transmettent la peur, le besoin irrépressible de survivre, nous placent dans le contexte en nous interrogeant sur ce que nous ferions en pareilles circonstances. Elles nous caressent également, déroulent devant nos yeux comme un plan-séquence au cinéma, où les péripéties arrivent sans que les voyions venir, avec ce caractère inexorable, parfois terriblement cruel et injuste, lié au monde sauvage.

Le roman est plus que crédible. Nous nous posons la question de savoir si de tels événements sont justes imaginaires ou tirés de faits divers. Dans les deux cas, Patrice Gain possède le talent pour nous faire croire que tout cela est réel, ce qui instaure en nous un sentiment entre le malaise et la fascination, d’autant plus que la psychologie de David McCae est fouillée. Si ce dernier nous paraît légèrement agaçant au début, à se morfondre sur lui-même, au fur et à mesure de l’histoire il s’étoffe pour devenir une sorte de héros malgré lui. Humain, il se bat pour voir le matin suivant, se réveille d’une léthargie dont nous connaîtrons le fin mot quelques pages avant la fin.

Vous l’aurez compris, un souffle épique parcours ce roman de bout en bout, un souffle authentique inspiré du parcours professionnel de l’auteur (spécialiste de la montagne et ingénieur en environnement), qui restent ancrés en nous durant de longs jours. Ce roman n’a de cesse de nous revenir en tête, comme un souvenir enfoui en nous.

Ne restent dès lors que deux sentiments à ressurgir régulièrement, inspirés par la beauté de la nature et son indicible cruauté : l’émerveillement et le respect.

Magnifiques Terres fauves…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.