DAVID LAURENÇON Duncan s’occupe (Crispation Éditions)

david laurençon duncan s'occupe chroniqueDuncan s’occupe de David Laurençon (Crispation Éditions)

Tout est là. La peur, la solitude, l’amour, les destructions, le pillage, l’eau de mer, le vin, l’ivresse des sens, du corps, de l’âme qui part en déliquescence. Duncan s’occupe, le roman de David Laurençon (Crispation Éditions), bouscule et subjugue.

Duncan s’occupe à se détruire. Il tue ses bons côtés avec ses mauvais, s’oublie dans l’alcool et le sexe, pille l’âme des femmes comme un vampire en mal d’amour.

Mal d’amour, mal de vivre, mal de soi et des autres, sa quête obsessionnelle d’autodestruction le mène à trouver ses alter ego, galerie de personnages fracassés par la vie ou sur le point de l’être. Pourtant, la vie illumine le regard de cette faune interlope, comme le feu vacillant d’une bougie encerclée de courants d’air.

Crue souvent, l’écriture à cette force poétique de rendre beau le laid, attachant le détestable. Duncan est méprisable parce qu’il nous montre les vices cachés de tout un chacun, à commencer par les nôtres. Notre reflet dans le miroir quoi, ou du moins une partie non négligeable de celui-ci.

Pas nombriliste, il est un portrait de l’humain, tellement beau et si laid, tellement perdu et pourtant si sûr de sa parfaite imperfection. Duncan est fier, il parle en rime, détruit, pille les âmes esseulées comme pour trouver un pansement à sa propre détresse. Mais fier, il s’en défend, comme pour masquer toute la beauté qui, sous-jacente- irradie de son être.

Métaphore de l’existence

Uppercuts et beuveries se côtoient. Les uns, verbaux, les autres liquides ou volatiles. La prose de David Laurençon nous saisit par les tripes, nous dépose dans un coin de notre psyché dont nous pensions avoir fermé la porte à double tour, de peur de nous réveiller semblables à nos cauchemars. Sommes-nous si vils ? Voulons-nous véritablement ressembler à ça ? Pas le choix, ainsi sommes-nous construits.

Cacher nos failles, cacher nos blessures, cacher notre humanité aussi, êtres animaux nous furent et nous restons. Le sens de la vie ? Une seule direction à suivre pour arriver à son but. Sens unique. Chercher l’amour, le vrai, chercher les réponses, les seules qui vaillent. Quel qu’en soient les moyens. Se perdre dans les autres, en soi, dans le fond d’une bouteille, peu importe.

Petite tape derrière la tête, comme pour mieux nous remettre les idées à l’endroit, non sans une parfaite dose de poésie d’un univers glauque en proie au désespoir cyclothymique d’un grand malade de la vie et de l’amour. Duncan s’occupe à se foutre en l’air, à s’envoyer de grandes rasades derrière la cravate, et il nous occupe à nous interroger sur les pourquoi et les comment.

Détestable et pourtant tellement entier, ce personnage nous ressemble bien plus que nous aimerions l’avouer. Et David Laurençon de signer un livre entre urgence et métaphore de l’existence, de ses aléas, de ses vicissitudes, qui le rapproche d’un certain Bukowski.

Tout est dit.

David Laurençon nous avait rédigé un petit live report à retrouver ICI

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.