FINE LAME fait mouche

fine lame1er EP déjà disponible (Microcultures / Kuroneko)

Fine lame vient de sortir un EP fiévreux, habité, rentrant, tel un éléphant dans un magasin de porcelaine, dans nos oreilles et notre tête pour tout fracasser. Tout a commencé par un single abrasif, possédé, à la poésie hallucinante, aux images pénétrantes. Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu, le single en question, nous avait mis à genoux, incapable de comprendre comment une telle musique, totalement hors courant, avait pu nous mettre une telle claque.

Il faut dire qu’il y a, d’un côté, la voix démoniaque de Raphaël Sarlin-Joly, prédicateur fou qui pointe avec une acuité et un lyrisme qui n’appartiennent qu’à lui, les turpitudes de l’homme, de la société. De l’autre côté, il y a 3 musiciens, à savoir Mathias Bourre, Thomas Gendronneau et Frank Quintard qui lui donnent la réplique avec une musique épileptique, relativement brute (elle l’est dans la production « nue »), viscérale, rock ou cabaret déglingué (sur le très beau, et en anglais, Complaint of a little spider), étrangement expérimentale et surtout totalement captivante.

Ces deux entités se nourrissent l’une l’autre, s’acoquinent avec un jazz déstructuré complètement dirigé par une énergie à restituer, celle de ceux qui n’ont plus rien à craindre. Alors on retrouve des rythmiques presque techno/transe, des lumières provenant d’éclats de clavier, une musique qui se porte à bout de cœur et qui par voie de conséquence vient nourrir et bousculer le nôtre. L’aspect théâtral du chant impose une présence charismatique que l’on rapprocherait de celle d’un certain Jacques Brel (comme on a pu le voir dans des versions live, ce qui nous amène à penser que, peut-être, cet EP a lui aussi été capté d’une manière live).

Un EP dans la continuité.

Ce single est donc découpé en deux parties, Nous tournons en rond dans la nuit et et nous sommes dévorés par le feu. Elles ouvrent le bal et sont suivies par un titre oppressant, Sortie de route, à la rythmique martiale, lourde, avec des batteries type fanfare (le jeu de caisse claire). La basse renforce ce sentiment écrasant, monolithique, en appuyant de façon monotone le propos. Des éclairs de guitares ajoutent au sentiment de danger, s’approchant ainsi d’un post rock à la Godspeed you ! Black emperor. Et toujours cette voix ! Et toujours ces textes ! Les textes mériteraient qu’on s’y arrête une éternité pour tenter d’en comprendre la multitude de sens.

En effet, tout y est impression d’un monde au bord du chaos, d’êtres en quête de sens. La métaphysique croise la philosophie, l’âpreté côtoie la beauté brute. Tout est sculpté dans le ressenti, restitué sous forme imagée, déformé par un prisme de colère/impuissance/volonté de faire changer les choses. Avec le duo de tête, dans le même ordre d’idée, Sortie de route montre un énorme talent d’écriture et une voix singulière dans l’univers chanson rock et poétique française.

En anglais.

La suite se déroule dans la langue de Shakespeare. Et ne perd rien en présence démoniaque. Complaint of a little spider se la joue cabaret comme mentionné plus haut (les parties de piano y font indéniablement penser), mais un cabaret dévoré par les flammes, celles de la folie passionnelle, sans foi ni loi. Le chant, une nouvelle fois théâtral, exagéré, apporte un charme démoniaque à l’ensemble. La musique, caméléon depuis le début du disque, s’adapte et propose une vision unique à poser sur les paroles. On ne sait qui des deux (de la voix ou de la musique), impose sa personnalité à l’autre. Peu importe tant, au final, les deux nourrissent le même ventre gargantuesque cherchant à démonter des schémas depuis trop longtemps emprunté par la majorité.

Brûlant, désespéré, Follow me clôt les débats par une musique plus « pop » (avec au moins un milliard de guillemets). Plus accessible musicalement, elle ne perd jamais de son mordant et de son inventivité. Peut-être plus orienté post punk, elle propose néanmoins un univers totalement poisseux et sans lumière. Pourtant, quelques notes ouvrent la brèche vers un infime soupçon…d’optimisme ? Le mot semble peut-être fort, il n’en demeure pas moins que l’on sent, à portée de doigt, une porte de sortie s’esquisser dans un brouillard ténébreux. Celle-ci cependant est compromise par la mélancolie émanant du chant dans lequel point une tristesse teintée de fatalité de laquelle il paraît bien difficile de s’échapper.

Cet EP est d’une force imparable. Il est une véritable démonstration de ce que la musique peut être, à savoir l’expression sensible de ce qui nous habite de façon muette, ou trop souvent tue. En mettant ses tripes sur le tapis, Fine Lame ne triche pas, et touche au cœur, à l’âme. Bref, fait mouche et remporte la donne, haut la main ! Incontournable !

Interview de Fine Lame

Patrick Béguinel

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