RAYLAND BAXTER, If I were a butterfly

rayland baxter if i were a butterfly

4é album déjà disponible chez ATO.

Album surprenant, If I were a butterfly l’est assurément. Alors que le début de l’album s’avère tour à tour inventif et même un peu foutraque, la suite délivre des lettres de noblesses puisant ses références dans le blues pour une œuvre pop singulière diablement attachante. Rayland Baxter, si vous ne le connaissez pas, vaut le détour.

Tout commence avec le morceau titre qui, mine de rien, nous évoque un peu Prince. Funk léger, sonorité légèrement étouffée, nous pénétrons ce disque sur la pointe des pieds mais sommes déjà convaincus par la prise de risque esthétique. En effet, plutôt que de faire comme tout le monde, Rayland Baxter prend l’exact chemin inverse, ne veut pas se faire séducteur et racoleur et place la barre haute dès les premières minutes. Billy Goat entérine la chose avec un morceau plus rock et expérimental, à la narration complexe (la composition est très expérimentale) rehaussée de parties chantées foudroyantes.

Rubberbband man conduit Raylant Baxter sur une piste plus pop, au refrain catchy (mais un poil agaçant), montrant qu’il sait aussi composer des hits en puissance, accrocheurs et directs. En trois titres, il dévoile donc un fort potentiel, lequel est corroboré par des morceaux fous arrivant suite à cette entame étonnante.

L’esthétique.

Comme évoqué, elle s’avère particulièrement soignée. La production s’adapte à chaque fois au style interprété. Ronde quand une pointe de funk s’installe, plus dépouillée sur des effets ragtime, rien n’est laissé au hasard et montre la mainmise de Baxter sur son univers. Les arrangements sont très pertinents, ne jouent jamais la surenchère tout comme ils évitent les poncifs. Ici, tout se fait avec précision et une bonne dose d’inventivité. Voix proche ou lointaine, passages électrifiés ou base plus acoustique, tout y passe, sans jamais ce désir d’en mettre plein la vue.

Si l’ensemble peut paraître hétéroclite, il reste un élément commun à l’ensemble, à savoir un talent d’écriture certain. Celui-ci dégage une force peu commune, allant d’une forte mélancolique à des passages plus solaires et enthousiastes. Le mariage des deux opère à merveille car il permet de rompre avec une monotonie qui saisit parfois certains disques.

La variété proposée sur If I were a buttefrly empêche tout ronron et c’est tant mieux ! C’est la surprise qui s’impose à chaque transition, surprise débridée par le côté électron libre de l’artiste (que l’on retrouve dans ses clips également). Si cet élément est surtout vrai en début d’album, quitte à rebuter les moins explorateurs des auditeurs, pour les autres, c’est le bonheur d’autant que la suite de l’album pose les choses avec brio.

Blues, aspects gospel, le tout enroulé dans la pop.

Buckwheat déroule un blues sépulcral, au traitement brut mais à l’emprise immédiate et terrassante. Voix téléphone, boogie fiévreux, piano ragtime, finish pop, les mélanges se font avec un bon goût assumé et un art des arrangements poussé à son paroxysme.

Tadpole est une ballade soul/blues quasi acoustique où la voix fait des merveilles et laisse ressortir toute la sensibilité du chanteur. Des frissons nous parcourent l’échine, les poils se mettent au garde-à-vous, ce titre est simplement une magnifique composition, pleine d’amour. Dirty knees s’avère plus jazzy, avec une trompette qui flirte avec le free, un groove démoniaque se dégage de la paire rythmique tandis que la ligne de chant déroule un flow impeccable. Voix et instruments sont en pleine communion et délivrent une énergie dansante contagieuse.

Cool attitude pour sujets graves.

Graffiti street poursuit sur un tempo plus enlevé, plus entrainant, et dégage un peu plus de légèreté. Violence rompt cette donne et s’avère plus grave. Basé sur un tempo très alangui, il va chercher dans la sensibilité pour imposer sa patte, à la fois aérienne (avec des voix nimbées d’écho et reverb, avec une production qui donne une sensation d’éloignement) et très concrète. On sent que ce texte à du sens sans même écouter les paroles. Thunder sound retourne lui vers des choses plus « guillerettes » même si l’on sent une présence légèrement plus sombre.

Les aspects rock se font ici plus ressentir, marquent une empreinte plus virile, mais sans jamais perdre en sensibilité. My argentina, qui clôt l’album, retrouve le piano et son atmosphère pleine de recueillement déjà ressentie auparavant. L’artiste s’y livre, comme sur Violence, Tadpole, le cœur grand ouvert (il est dit que Rayland Baxter examine, dans cet album « le deuil et les ruminations existentielles habituelles sur le bonheur et la liberté ». Dont acte. Et c’est d’ailleurs cela que l’on retient de ce disque, cette mise à nu pleine de pudeur et de sincérité, ce qui fait de If I were butterfly une œuvre si intense, excentrique, et forcément si touchante.

Patrick Béguinel

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