[ ALBUM ] ISTHME, Mirages, folk jazz contemplatif (?)

Mirages, nouvel album d’Isthme.

5 visages, tronqués, en panoramique ornent la pochette de l’album d’Isthme, Mirages. Dans une teinte bleue grise, cette couverture pourrait nous guider sur une fausse piste , pourquoi pas celle d’un groupe metal. Cet artwork, plutôt tout à fait réussi à notre goût, nous propose une “mise en œil” loin du jazz. Ce qui est trompeur puisque le groupe nous propose effectivement une incursion jazz, que nous qualifierions de folk, plutôt que rock ou metal (comme le suggérait notre “culture” des visuels d’album). Explication.

Quintet.

Isthme est un quintet composé de Vincent Arnaud (guitare, oud), Nicolas Gothier (saxophone), Lorenzo Liuzzi (piano), Julien Droz-Vincent (basse) et Corto Vermee (batterie). Et ce quintet produit un jazz contemporain très subtil, doux et qui nous évoque de vastes territoires déserts d’hommes (mais pas de beautés). Dit comme cela, nous en convenons, ça ne donne pas forcément envie d’entrer dans le disque. Pourtant, Mirages procurent de multiples sensations, dont la première est celle d’une incroyable légèreté.

Cette sensation provient de l’espace qui se dégage des compositions. En effet, celles-ci sont aérées, pour ne pas dire aériennes, prennent le temps de développer leurs ailes (et nous, notre imaginaire). Contrairement à d’autres groupes jazz contemporains, Isthme n’utilise que très peu d’électricité. Le groupe reste ancré à une tradition jazz dans la manière de faire sa musique, mais sonne très moderne par sa façon de mélanger les styles et influences.

Jazz et folk.

Nous retrouvons ici les plans « classiques » du jazz (à savoir ces suites d’accords inhérentes au genre), mais le tout baignant dans une esthétique folk. Nous nous expliquons : d’une part, tout est ici (presque) acoustique, joué avec des instruments fait en bois, en cuivre etc. Seules les guitares sont électrifiées (mais simplement pour faire ressortir la chaleur de leurs arpèges/accords, jamais pour faire parler la foudre). De la même façon, nous ne trouvons là aucun apport électronique comme c’est parfois le cas, de plus en plus d’ailleurs, dans le jazz moderne. Pourtant, Isthme l’est, moderne.

Les compositions en effet ne lorgne pas le classicisme jazz, même si forcément nous en sentons des réminiscences. Elles s’acoquinent en revanche avec la folk, la pop, ce qui rend Mirages très accessible pour un disque jazz. De plus, les couleurs sont chaudes, oniriques, nous portent dans des territoires vierges, où la nature s’étendrait à perte de vue. Il existe ici une légèreté, que ce soit dans la composition des morceaux ou dans leur réalisation. Nous ne sentons pas une course au solo où l’instrumentiste soliste brillerait de mille feux. Au contraire, nous sentons le groupe investi d’une même mission ; apporter une cohésion musicale en ne mettant certains instruments aux avant-postes qu’avec parcimonie.

Élégance.

À l’image de l’artwork de l’album, Mirages est un disque plein d’élégance. Les tempos y sont alanguis, parfois aériens, parfois (presque) tribaux (ce jeu de batterie sur Circumanbulation). La chaleur intervient par l’oud (sur ce même morceau par exemple) ou le saxophone. Nous ressentons également un esprit boisé sur ce disque. C’est très difficile de l’expliquer. Nous ne savons pas du tout où le groupe a enregistré cet album, mais nous imaginons qu’il a pu le faire dans un studio cabane, surplombant un lac, au milieu d’un bois ou d’une forêt, pourquoi pas au Canada.

Il nous procure une sensation d’évasion. Fait tomber un peu tous ces murs érigés durant les dernières semaines. Il nous montre à voir des monts enneigés, des forêts. Étrangement, malgré la présence ponctuelle de l’oud, ce ne sont pas des territoires désertiques de sable et de poussière qui nous viennent en tête. Parfois, nous pensons également aux contes de fées. Des histoires, voilà ce que nous raconte ce disque, des histoires nées de notre imagination, avec une quiétude qui enroberait tous sentiments négatifs jusqu’à les étouffer. Mirages nous donne à rêver. Avec délicatesse, sans tomber dans un côté chichiteux.

Force tranquille.

Avec cet album, Isthme dégage une puissance toute en nuances, une force tranquille mais bel et bien présente. Mirages est un disque apaisant, dans le sens où il nous permet de nous reconnecter avec notre part animale. Celle-ci nous permet de nous déconnecter un moment de toute forme de stress, de toute obligation. C’est simple en fait : ce disque, dès que nous le plaçons sur la platine, nous attire à lui inexorablement.

Là où d’autres pourraient s’écouter de loin, Mirages réclame de l’attention. Non pas parce qu’il est dur à appréhender, c’est plutôt le contraire, mais parce que ses « blancs » nous demandent de tendre l’oreille, de chercher dans leur écho leur raison d’exister. Ce disque tout instrumental nous amène dans un ailleurs, celui d’un monde parallèle où le fracas de la vie n’aurait plus lieu. Dans un mirage…

LE titre de Mirages.

C’est très personnel (mais ce LP renvoie de toute façon à quelque chose de très intime) ce que nous allons décrire là. Pour nous, le morceau qui nous fait le plus d’effet est celui qui clôt Mirages, à savoir Ana. Il est magnifique ce morceau (mais lequel ne l’est pas sur cet album sans fausse note?). Si nous choisissons ce titre pour illustrer le disque, c’est qu’il nous évoque le film Eternal sunshine of the spotless mind de Gondry. Avec son caractère un peu mélancolique, surtout nostalgique, de cette nostalgie des belles choses et des beaux sentiments qui habitent le cœur des amants.

Ana nous transporte sous la couette, où les rires fusent, où la tendresse irradie du regard passionné des amoureux. Il n’y a pas de douleur, juste une impression de s’appartenir corps et âme, de retrouver la petite flamme qui brûle dans nos corps, dans nos cœurs. Il synthétise à notre avis tout ce disque, toute cette quiétude, toute la vie qui s’écoule des 11 titres de l’album. Mirages est un voyage intérieur qui nous ouvre au monde et aux autres. Ce qui n’est pas anodin aujourd’hui.

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On pense à Abdulah Ibrahim

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