Deap Vally – Digital Dream // La Vallée Angeline

Deap Vally digital dreamNouvel EP déjà disponible chez Cooking Vinyl.

Non loin de Los Angeles, San Fernando Valley. Comment ne pas penser à l’un des tout premiers films du talentueux Paul Thomas Anderson, le sulfureux Boogie Nights (1997), dans lequel Mark Wahlberg joue le rôle d’Eddie Adams, serveur dans une discothèque. La nature ayant doté Eddie d’un priape hors normes, celui-ci voit une porte de sortie à sa vie monotone, en démarrant une carrière dans l’industrie du Porno. Mais voilà, la gloire est éphémère, et les anges sont vite déchus. Bref, nous ne sommes pas là pour vous parler cinéma mais bien de musique. Mais quel rapport alors? La Vallée de San Fernando, bien sûr! Car c’est de là que nous vient le duo 100% féminin, Deap Vally, qui nous livre un EP galvanisant, intitulé Digital Dream.

Jem & Les Hologrammes

Deap Vally, c’est Lindsey Troy (chant + guitare) et Julie Edwards (batterie), deux femmes nous rappelant vaguement Courtney Love, de par leur rage, leur attitude et leurs convictions dont celle de véhiculer le “Girl Power” avec des textes engagés et des riffs musclés. Le tout avec un style vestimentaire, très eighties, rappelant les personnages de la série télévisée Jem & Les Hologrammes diffusée en France fin des années 80. Leurs deux premiers albums, Sistrionix (2013) et Femejism- (2016) sonnent comme du Led Zeppelin (dont Deap Vally a la même singularité orthographique qu’eux, à savoir l’omission volontaire d’une voyelle) survitaminé, sauf qu’ici, elles sont deux à prodiguer tant d’énergie et de férocité.

Leur troisième album Deap Lips (2020) est sorti de manière assez confidentielle, au moment où le monde avait les yeux rivés sur ce qui allait faire notre actualité pendant plus d’un an. Hélas! Trois fois hélas! Pour cet album, Deap Vally s’est associé à l’azimuté Wayne Coyne et ses comparses, les Flaming Lips. Le mariage détonne tant les univers des deux groupes diffèrent, cependant, la magie opère, et Lindsey et Julie montrent une autre facette de leurs talents. L’alchimie opère.

Les ecchymoses et les plaies de la vie

Avec l’EP Digital Dream, Deap Vally continue de s’affranchir de l’étiquette Blues Rock qu’il leur avait été rapidement accolé. Lindsey et Julie distillent quatre titres tout aussi éclectiques que leurs invités. Un seul point commun en ligne de mire, la ville de Los Angeles. JennyLee Lindberg, bassiste des Warpaint, ouvre le bal avec le morceau Look Away, qui nous invite à regarder au loin, à prendre du recul et ne pas se gâcher l’existence par les ecchymoses et les plaies de la vie. Comme pour se convaincre, la narratrice martèle, répète chaque mot, nous rappelant que le passé n’est pas une chose aisée à oublier, surtout quand nous avons aimé.

Sur le titre Digital  Dream, c’est la française Stéphanie Sokolinski, mieux connue sous le nom de Soko, qui accompagne le duo. Ici, nos prêtresses, voix lentes et lancinantes, errent dans une société dystopique, totalement déshumanisée, dans laquelle nous sommes devenus des chiffres. Cependant, nous apercevons brièvement, un moment de clarté, d’espoir dans ce rêve digital. Sur High Horse, basse et guitare, hautaines et fières, nous enivrent et nous électrisent. La voix énervée de Lindsey se mêle à celle vindicative de KT Tunstall avant de laisser la place au flow hip-hop de la provocante Merrill Nisker, a.k.a Peaches.

Guitare crasseuse et moite

Dès les premières mesures de Shock Easy, nous reconnaissons cette guitare crasseuse et moite, à la fois vintage et moderne que celle de Jamie Hince, la moitié de The Kills. Ici, il est question de mal-être intérieur et du refus d’accepter le bonheur des autres. Pourquoi les autres devraient se sentir bien, si ma vie est cauchemardesque? Devons-nous y voir les actes criminels de déséquilibrés, de psychopathes comme nous pouvons souvent en voir aux États-Unis et ailleurs dans le monde, ayant la gâchette facile et voulant faire part de leur souffrance en tirant sur des foules innocentes (“A power over life and death, say we ain’t seen nothing yet, Who made you executioner”)

Pour les férus de blues rock, Digital Dream désarçonnera certainement les fans de la première heure du duo californien. Le choix des Deap Vally, de ne pas s’enfermer dans un style et prendre des risques, est tout à leur honneur, surtout que le résultat est plus que convaincant. Nous attendons la suite prévue en juin 2021. San Fernando Deap Vally, nous fait rêver!

LGH

*Femejism mérite amplement d’être redécouvert (note du rédac chef)

LGH
(Le Gosse hélicoptère) j’adore découvrir de nouveaux artistes encore inconnus du grand public
et chercher ceux qui dans le passé ont fait ce qu’est la musique aujourd’hui.
La musique m’accompagne en permanence et tient une place primordiale dans ma vie.
Mon maître-mot est l’éclectisme même si mon cœur balance pour le rock sous toutes
ces formes. J’affectionne également la littérature et plus particulièrement la littérature
anglo-américaine (Bret Easton Ellis, Don Delillo, Jonathan Franzen,…).

Relire la chonique de Aboukir

 

 

 

Retrouver Litzic sur FB, instagram, twitter

soutenir litzic

Comments (1)

  • SHEWOLF - Parasite // “Think For Yourself” - LITZIC

    […] Relire la chronique de Deap Vally […]

    Reply

Ajoutez un commentaire