VICTOR PROVIS Shoegaze

Le shoegaze… Ce terme ne vous dit peut-être rien si vous avez moins de 20 ans, pourtant, à l’orée des années 90 et durant une bonne partie de celles-ci, il était l’un des mouvements les plus novateurs, mais également décrié. Sa caractéristique était la suivante : noyer un morceau pop sous des déluges de saturations.

Bien évidemment, il ne s’agissait pas là de son unique caractéristique. Les voix, à l’opposée de cette musique bruitiste, faisaient dans la délicatesse et la subtilité, en étant parfois presque inaudible derrière ce vacarme loin d’être dû au hasard. Chaque sonorité était travaillée, sculptée dirions-nous, pour obtenir un effet recherché inhérent à chaque groupe.

Une autre caractéristique du shoegaze reposait sur l’attitude des instrumentistes. Ceux-ci avaient les pieds rivés sur leurs chaussures (shoegaze signifie d’ailleurs littéralement regarder ses chaussures). Si la timidité des membres des groupes y étaient pour quelque chose (il ne s’agissait effectivement pas d’une pause anti-rock par exemple), elle était également due au fait que les joueurs devaient en permanence actionner leurs pédales d’effets, d’où ce regard sans cesse dirigé vers le sol.

Si nous vous parlons de cela, c’est que le bouquin Shoegaze, de Victor Provis, paru aux Éditions Le mot et le reste, revient de façon exhaustive (ou presque) sur ce style musical ayant pris son essor en Angleterre, ayant conquis le monde (ou presque) avant de s’éteindre progressivement, victime d’une presse musicale ayant retourné sa veste comme n’importe quel homme politique. D’abord encensé, le shoegaze s’est ensuite fait totalement massacré par des critiques acerbes, pas toujours fondées.

Nous apprenons tout cela au fil du livre qui repose, en très grande partie, sur des extraits d’interviews données par les différents groupes de l’époque, dont aujourd’hui il ne subsiste plus grand monde. Tout avait commencé avec My Bloody Valentine, groupe précurseur cité tout au long de l’ouvrage. En effet, ce groupe a servi de référence à quasiment toute la scène, qu’elle soit Anglaise, Américaine, Française, Espagnole, Tchèque, Chilienne, Argentine, Japonnaise…

Le but de MBV, et des nombreux groupes ayant émergé à la même époque (Ride, Slowdive, etc…), était de faire le maximum de bruit tout en essayant d’en dégager des mélodies pops imparables. La formule est efficace : parties bruitistes, accalmies élégiaques, re-parties bruitistes et ainsi de suite… Le tout dégage une atmosphère entre urgence et poésie. Autre but, celui de dynamiter la sacro-sainte formule couplet/refrain afin d’exprimer autre chose, autrement.

L’emballement de la presse est instantané, même si les représentations scéniques sont d’abord insoutenables. Mais le NME, le Melody Maker encensent la majorité de la scène. Très vite cependant, le retour de bâton se fait ressentir. Trop de hype d’un coup peut-être, trop peu de vente de disques malgré la qualité de certains groupes. Et puis l’émergence du grunge aux états-unis, musique plus rentre dedans, et celle de la britpop avec notamment Blur, plus joyeuse et insouciante, finissent d’enterrer le shoegaze.

Arrêtons-là la description du livre de Victor Provis, afin de ne pas tout divulguer. Sachez juste que le travail de fourmi de l’auteur est incroyable ! Il va jusqu’à dénicher des perles tchèques, s’intéresse au shoegaze chrétien, bref, va au bout des choses sans nous égarer en chemin. Avec ce bouquin, il nous parle en filigrane d’une époque, les 90’s, période pré-internet et téléchargements, durant laquelle les maisons de disques avaient encore un petit peu de pouvoir.

Avec tous ces extraits d’entretiens, nous apprenons à connaître les groupes sous une facette totalement humaine, humble également. Il y a quelques redites (les groupes citant MBV disent tous à peu près la même chose) mais elles apportent toutes un petit plus pas négligeable à la compréhension de cette énergie rock d’alors.

La musique y est évoquée avec amour, passion, l’envie d’exploser certains codes y est également très présente et surtout nous y voyons là un moyen d’expression important pour une catégorie de gens mal à l’aise dans leur époque. Cela était également présent dans les années 60 quand les artistes pensaient encore que la musique pouvait changer les choses.

Si le terme de shoegaze vous était étranger, foncez sur ce bouquin dont vous apprendrez également que son héritage est énorme, palpable dans une quantité incroyable de groupes actuels. Bref, « the scene who celebrate itself » n’est pas morte, elle a juste évolué.

Nous conseillons donc Shoegaze à tous ceux qui aimaient le shoegaze, à tous ceux qui veulent approfondir leurs connaissances, à tous ceux qui veulent découvrir ce style, à tous ceux qui veulent remonter à la création du rock indé, à tous ceux qui aiment la Musique quoi !

 

 

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