[ROMAN]FREDERIC BARENNES, Falcon squad (éditions Maïa)

Instabilité en Amérique du Sud.

Le trafic de drogue commence à faire des ravages au début des années 60, en Amérique du Sud. Un Marines et ses troupes se font décimer par une junte militaire. Un orphelin bolivien ayant grandi au sein de la mafia locale se voit confier de hautes responsabilités. Ces deux être que tout devrait oppposer se retrouvent néanmoins confrontés au même événement qui les liera. Falcon squad, de Frédéric Barennes, paru aux éditions Maïa, est un thriller militaire dans la tradition des romans de Tom Clancy (en plus nuancé néanmoins).

Tous les ingrédients y sont réunis : loyauté, trahison, courage, histoires de familles éclatées dans un aller-retour permanent entre passé et présent, le tout dans la poudrière qu’était l’Amérique du Sud, à une période où les États-Unis n’étaient pas encore entrées en conflit avec le Vietnam.

L’histoire dans l’Histoire.

John Mcbarns est un jeune garçon Irlandais, déraciné de son pays où son père n’arrive à subvenir aux besoins de sa famille. Pour y parvenir, il décide de s’engager dans l’armée américaine qui recrute sur ces terres étrangères. L’image de ce père conduit John a s’engager dans le corps des Marines. Une fois formé et intégré, il est propulsé en Colombie où l’armée est censé endiguer une rébellion locale. Sa garnison subit de lourdes pertes, il est laissé pour mort et rejoindra, par la force des choses, cette junte militaire et deviendra un proche de leur leader, Ernesto Ordoñez Castillo.

En Bolivie, Rodrigo Albarez est un orphelin qui parvient à ‘échapper d’un orphelinat avec son ami Christiano. Il rejoindra la mafia des Canes et gravira les échelons de l’organisation dirigée par El Tio.

Les deux leaders se rencontrent. Les deux hommes de main aussi. Un attentat survient dans lequel El Tio est kidnappé. Le Marines et le mafieux liguent leurs efforts, malgré leurs différences, pour le retrouver.

Flash backs.

Le décor est planté. Les deux hommes se rencontrent dans le premier chapitre de Falcon Squad, premier chapitre ne nous dévoilant rien de leurs histoires personnelles. Par un jeu habile de flash-back et de récit au présent, Frédéric Barennes revient sur celles-ci, sur le parcours de ces deux hommes n’ayant a priori rien en commun mais qui se retrouveront liés par le destin qui est le leur. Nous disons qu’ils n’ont rien en commun, mais, par ce jeu de chapitres imbriqués entre passé et présent, nous nous rendons vite compte qu’il en est en vérité toute autre chose.

En effet, ces deux hommes sont d’une loyauté farouche, mais n’hésitent pas à se poser des questions quand on leur intime de ne pas le faire (autrement dit quand on leur ordonne de suivre le mouvement). Intelligents, ils ont aussi pour point commun d’avoir vécu des enfances chahutées, même si à des degrés différents. Tous deux sont décrits avec une approche psychologique légère que ne cesse de creuser l’auteur. Cela a pour conséquence que nous apprenons à connaître plus intimement chacun des personnages de façon éclatée, par le jeu de cette structure en forme de puzzle. Chaque chapitre nous révèle dès lors une part de ces personnalités pour au final dresser un portrait plutôt complexe d’hommes en quête d’eux-mêmes et de vérité.

Descriptions.

S’agissant d’un thriller militaire/espionnage, elles sont primordiales. Elles plantent en effet le décor, dans un environnement dont on ne connait probablement pas grand-chose (sauf si nous sommes passionnés par cette période, ce qui n’est pas notre cas). La trame menée par Frédéric Barennes est très bien documentée, s’appuie sur des événements que nous imaginons réels sur lesquels l’auteur déroule son imagination. Cette trame est rendue crédible par une foule de détails, jamais indigeste, qui jalonne l’histoire. Nous nous retrouvons dans les rues de La Paz, de Cartagena, en camp d’entrainement comme si nous y étions.

Les actions militaires, d’infiltrations, sont également traitées avec un grand soin, lequel n’a d’autre but que de nous immerger véritablement dans cette histoire d’hommes. Même la scène de torture est criante de vérité (nous aurions préféré qu’elle ne le soitn pas tant, tant elle est crédible, et horrible). L’écriture est vive, alerte, les dialogues ciselés, ce qui fait que le rythme ne retombe jamais, même lorsque les phases descriptives sont plus longues.

Pas d’Américanisme primaire.

Nous aurions pu croire, à l’entame de Falcon Squad, que nous retrouverions dans celui-ci une forme exagérée de fascination pour le corps des Marines (corps mis à toutes les sauces, tant par la littérature que par le cinéma américain), mais plaçant Rodrigo en deuxième personnage principal (sur un pied d’égalité avec John), Frédérique Barennes parvient à renverser la tendance, en pointant, du point de vue de ses personnages, les dérives de la toute puissance de l’armée (américaine, celle des junte, mais pas que, puisque nous pourrions la ramener à l’action de l’armée Française au Sahel, par exemple, quoique dans une autre mesure).

Mais le propos principal reste tout de même celui d’un roman d’aventures, exotique (puisqu’il se déroule dans plusieurs pays tels que la Colombie, la Bolivie ou encore le Vénézuela). C’est aussi une histoire d’hommes, une histoire de relations humaines, de remises en question (nous n’affleurons pas, volontairement, tous les aspects de ce livre dans le mince résumé qui précède la chronique), d’amitié, de confiance. Tous ces sentiments, qui peuvent paraître gradiloquents, sont pourtant dosés avec finesse par l’auteur, ce qui fait de ce roman, premier d’une série (qui conduira peut-être les héros au Vietnam?) une excellente mise en bouche de la suite de celle-ci. Nous l’attendons donc avec impatience !

frederic barennes falcon squad

 

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