JADE RALEZA, Sea, sex and dark (Z4 éditions).

sea, sex, and dark jade ralezaCollection La bleu-turquin

Une collection dirigée par Jacques Cauda… Vous nous voyez venir ? Non ? Eh bien ça risque d’être à la fois sexy et crade et mortel et dérangeant. A la lecture de Sea, sex, and dark de Jade Raleza, chez Z4 éditions,nous ne pouvons que constater que notre impression première est respectée, en y ajoutant une dose d’humour pas déplacée du tout. Esprit rock, sexe à gogo, et une bonne dose de crime, le tout dans une langue virevoltante, il n’en fallait pas plus pour nous convaincre.

Sea, sex, and dark a concouru pour le prix Sade de la nouvelle érotique. Ce n’est pas rien. Et ce n’est pas non plus un hasard. Car l’érotisme délivré ici n’est pas une banale succession de scènes de cul plus ou moins hard, mais un prétexte pour parler des errances intimes d’une tripoté de personnages dont certains nous sont immédiatement attachants tandis que d’autres nous répugnent. La lecture de ces pièces, modernes, nous déplace en permanence sur un curseur émotionnel aux abois.

Parce qu’ici, difficile de parler d’excitation à proprement parlé. Plaisir gêné de voyeur se mêlant à celui du sociologue essayant de comprendre quelle société pousse à de tels actes (actes sexuels, oui, mais aussi actes barbares), le tout enrobé dans une plume qui, à chaque nouveau texte, se fait différente, tout en gardant en ligne de mire une exigence de style qui ne souffre d’aucune faiblesse.

Un rythme chaotique.

Ainsi, nous parcourons les pages d’un univers chaotique en bouclant notre ceinture (autant de chasteté que de sécurité). Nous sommes bringuebalés dans des tourbillons sensuelles qui mettent en exergue tout nos sens :

La vue, par des descriptions allant au plus direct, de corps s’offrant sans retenue aux folies physiques les plus extrêmes (même la douceur peut être extrême, demandez donc à Summit).

L’odorat et le goût y sont omniprésents, déclamés par des métaphores et comparaisons alimentaires, parfois peu flatteuses, mais nous immergeant totalement entre des cuisses, sur des ventres accueillants.

Le son des gémissements, couplés à des accords rock, nous transporte dans un tourbillon que n’aurait pas renié par exemple l’adage sex drugs and rock n’roll.

Le toucher, forcément, y est présent même si pas obligatoirement autant que nous le penserions. Notamment lorsqu’il est question, ici ou là, de strangulation.

Mais les chaos sont ici portés par les dérives mentales des personnages les plus fous. La misogynie y est de rigueur, démontrant plus que le mouvement me too à quel point l’homme peut être vil. Car si montrer de telles horreurs, qui paraissent tellement engoncées dans le quotidien de ces personnes déviantes qu’elles en deviennent une norme, sans rien démontrer derrière serait pure perte. Ici, en forçant le trait, insidieusement, Jade Raleza nous transforme en bête à l’affût de la moindre faiblesse, ce qui, immanquablement, nous retourne les tripes car quoi que nous y fassions, on ne peut s’empêcher de s’identifier, ne serait-ce (et surtout uniquement) en surface, à ces personnages.

Mais la douceur.

Les âmes cabossées de Sea, sex, and dark ne sont pas toutes malsaines, rassurez-vous. Certaines sont juste perdues dans un océan de solitude, grains de sable d’une société devenue, alors que le sexe est prôné comme indice d’un bonheur accessible sans difficulté sur les réseaux, des plus puritaines, dans laquelle nous cacherions ce sein que nous voudrions pourtant reluquer à satiété. Donc perdu, ils recherchent la chaleur d’un corps, d’un sexe où épancher ce qui laisse un vide dans leur existence. Les rapports sont heurtés, pas par envie, mais par incapacité, peut-être, à exprimer les désirs profonds.

Tels des vagabonds, les hommes ici sont en mouvement, comblant un vide existentiel dans des rencontres improbables. Tous ne sont pas dénués de grandeur d’âme, mais aucun ne parvient à exprimer véritablement ce qui lui pèse. Ainsi, nous percevons derrière cet apparât de luxure les stigmates d’un monde qui prend et recrache les hommes et les femmes qui ne rentreraient pas dans le moule d’idées conformes aux normes de l’ultralibéralisme (et donc du slogan métro boulot dodo).

Si vous vous attendez à un recueil érotique sans fond, sans âme, vous serez forcément déçus. De sexe, finalement, il est peu question. Il est ici plus question d’âme, de perdition, de pardon également, des notions qui habituellement ne sont pas l’apanage d’un genre qui, loin de se scléroser dans ses poncifs, acquiert des lettres de noblesse que les plus obtus d’entre nous refusent de lire.

Jade Raleza possède donc un joujou extra capable de faire changer le regard sur un genre en évolution permanente, en y mettant des formes littéraires que bons nombres d’auteurs « classiques » sont bien loin de posséder. Comme quoi, si le sexe est vendeur, la bonne littérature ne l’est pas tout autant. En combinant les deux, espérons que ce Sea, sex, and dark gagnera sa réputation d’oeuvre d’art.

Extrait de Sven le Roux, première nouvelle du recueil.

« La scène semblait extraite d’une vidéo coquine en téléchargement pour ados boutonneux. De préférence coréenne ou japonaise, car les asiatiques ont le chic pour montrer le sexe dans sa crudité première, débarrassé de toutes les afféteries pathologiques des peccamineuses pensées des occidentaux. Le remugle de culpabilité judéo-chrétienne n’est jamais bien loin dans10 leur tête, il influence leurs fornications aussi sûrement que la vinaigrette subjugue la salade. »

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