OISEAUX-TEMPÊTE Tarab

Derrière le nom Oiseaux-Tempête se cache un duo fondateur composé de Frédéric D. Oberland et Stéphane Pigneul. Pour Tarab, disque capté live lors de la tournée AL-‘AN!, ils sont entourés de Mondkopf (aux bidouilles électroniques), G.W.Sok (le chanteur historique de The Ex), Sylvain Joasson (Mendelson), des vidéastes As Human Pattern, des musiciens libanais Charbel Haber, Abed Kobeissy et Ali El Hout (Two Or The Dragon) et de Radwan Ghazi Moumneh de Jerusalem In My Heart (pour le morceau bonus). Tout ce beau monde s’en donne à cœur joie sur ce disque extrêmement prenant.

Réarrangés, les morceaux du groupe (Tarab étant le sixième disque du groupe à sortir chez Sub Rosa) sont étirés, trouvant une puissance décuplée lors des prestations scéniques du groupe. Le son est brut, agrémenté de rythmiques qui nous prennent au cœur. Des larsens, maîtrisés, apportent une dose d’urgence, de danger. Tellurique, la musique d’ Oiseaux-Tempête ne laisse pas de répit : nos sens sont en éveil, nous guettons la moindre faille pour nous échapper, comme si nous étions poursuivis par des ravisseurs maléfiques dans un cauchemar poussiéreux.

Pourtant, la musique du combo n’est pas cauchemardesque à proprement parlé. Elle ose un métissage plus qu’intéressant entre instruments traditionnels arabes, guitares électriques à l’Occidentale et arrangement électroniques futés, instaurant des ambiances que nous retrouvons parfois dans certains films de guerre récents. Souvent hypnotiques avant que ne parle la foudre, les morceaux nous conduisent parfois au bord de la transe, réveillant ainsi en nous de profonds et bénéfiques instincts primaires.

Tarab signifie, en arabe, l’acmé, l’euphorie, l’exaltation profane, et laisserait à penser que les compos du groupe se veulent dansantes, légères, folkloriques aussi, peut-être. Mais nous nous retrouvons bien ici avec un groupe marchant sur les plates-bandes d’un autre plus connus, celui de Godspeed you ! Black emperor dont nous sentons une certaine similitude. Car Oiseaux-Tempête, comme les Canadiens du label Constellation (dont Jerusalem In My Heart fait également partie), semble peu se soucier du côté mercantile de la musique, préférant porter un message sans pollution due aux artifices commerciaux.

Ce disque ne triche pas, exprime par le biais d’instrumentaux viscéraux, à l’émotion parfois déchirante, une mentalité ouverte sur l’extérieur. Quand le métissage d’inspirations diverses donne ce résultat, nous ne pouvons que l’applaudir. Si nous exceptons la durée de ce live qui nécessite de vraiment prendre le temps pour l’écouter en totalité (95 minutes au compteur pour 9 titres), nous frôlons une forme de perfection. Elle est d’ailleurs magnifiée lors de la prise de parole de G.W Sok au micro, apportant une dimension spirituelle forte et émouvante.

Parce que, ce qu’il faut comprendre au final, c’est que cette œuvre est incroyablement intimiste. Caché derrière des sonorités parfois âpres, derrière des murs du son qui paraissent infranchissables, les morceaux nous touchent droit au cœur, font baisser nos défenses et nos barricades pour mieux mettre nos émotions à nu.

Ce qui n’est pas rien, assurément.

 

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