MARIE-PHILIPPE JONCHERAY La mécanique du désir

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Chronique du roman La mécanique du désir de notre autrice du mois.

La mécanique du désir de l’autrice Marie-Philippe Joncheray porte bien son nom comme vous le découvrirez dans cette chronique. Une mécanique est une suite d’engrenages, d’éléments s’imbriquant les uns dans les autres en vue de produire un mouvement. Celle du désir repose sur le même principe, mais avec des sentiments, des ressentis, des corps.

L’HISTOIRE

L’histoire relate la relation entre Vita, jeune comédienne, et Alexis, un réalisateur plus âgé qu’elle. Un simple coup d’œil et c’est le coup de foudre. Les coeurs s’affolent, les émotions se bousculent leur vie prend une nouvelle et inédite direction.

Elle a besoin de lui pour tirer l’énergie de bouger, de se sentir vivant à travers son regard (et pour obtenir un rôle accessoirement), il a besoin d’elle pour écrire, elle est sa muse, son inspiration. Mais en s’oubliant en lui, en oubliant de vivre pour elle, elle se tue à petit feu. Et lui, ne voit-il pas en elle qu’un mirage créatif ?

Comme toute mécanique, il convient de la décortiquer pour en comprendre tous les rouages. Pour ce faire, il faut insister sur des aspects primordiaux qui permettent à la machine de fonctionner. Avec son écriture toute en nuances, répétitive dans les situations, dans les interrogations des personnages, dans les émotions ressenties, mais jamais dans la façon de les exprimer, Marie-Philipe Joncheray tisse une trame sensible qui peu à peu vire à l’obsession.

Obsession du corps de l’autre, du besoin de se sentir vu, reconnu par l’autre. La situation bascule peu à peu. Les sentiments d’aveuglement amoureux se transforment peu à peu, laisse place au doute. Pourquoi accepter cet état de fait ? Pourquoi vivre s’il n’est pas là ? Les interrogations de Vita sont exposées avec précision, créant presque une sensation de claustrophobie. Comme elle, nous nous sentons prisonniers d’un fonctionnement, mauvais, bancal, mais ne trouvons d’échappatoire à ce contexte artiste/muse.

NOTRE RESSENTI

C’est là un des points forts de ce roman prenant, dangereusement séduisant. L’écriture de Marie-Philippe Joncheray y est venimeuse, elle diffuse un poison incurable en nous, un poison qui nous fait y retourner combien même nous sentons l’héroïne perdre pied, et un peu de sa raison, dans cet amour toxique. Vita se vide de sa substance au fur et à mesure, comme dans le scénario qu’écrit Alexis, qui n’y voit pas là le reflet de leur propre histoire.

Même si ce personnage masculin n’est pas un mauvais bougre, au fond, il n’est pas non plus respectueux de sa « chose ». Nous nous expliquons. Il trouve en Vita son inspiration, mais elle n’est pas comme cet air de musique qui nous tombe au creux de l’oreille et qui nous fait imaginer un monde à part. Non, il suce la moelle à un être humain en le traitant comme un objet, comme une possession, sans se soucier de sentiments. Il dit l’aimer mais ses comportements montrent que cette conception de l’amour n’est pas juste, égale à celle que l’héroïne éprouve.

Pourtant ce roman n’est pas manichéen, tout comme il n’est pas féministe. Il est juste un reflet des relations muse/artiste, des relations hommes/femmes trop souvent décrites. Cette femme, Vita, possède ce qu’il faut pour s’épanouir, elle est libre, un oiseau sauvage, mais elle s’enferme dans le poids des traditions indicibles, dans la prison dorée qu’elle bâtit autour d’elle.

LES HISTOIRES D’AMOUR FINISSENT MAL…

La fin n’est pas optimiste. De toute façon, les histoires d’amour finissent mal, en général. Mais ce roman démontre une écriture à fleur de peau. Les émotions y sont décrites avec justesse, des deux points de vue, sans forcer les traits. Le côté inéluctable de cette romance biaisée dès le début ne fait aucun doute et pourtant nous espérons un sursaut, un cri de révolte qui viendrait réveiller les protagonistes. Peut-être advient-il, peut-être pas. Il ne tient qu’à vous de le découvrir en lisant La mécanique du désir.

Vous pouvez trouver le roman ICI

Découvrez l’univers de Marie-Philippe Joncheray ICI

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