[ Album] MY MORNING JACKET, The Waterfall II

The Waterfall II, nouvel album de My morning jacket.

Il y a pas mal de groupes qui ne révolutionnent rien. L’inverse est plus rare. Dans ceux qui ne révolutionnent rien, il y a à boire et à manger. Du pire et du moins bon. Et puis, par un phénomène inexplicable, un groupe se détache du lot en proposant une musique pas simplement « belle ». Pas simplement « bien faite ». Mais une musique qui convoque dans chacun de ses titres une part de la culture musicale de ces 60 dernières années, avec inspiration, respect et talent. C’est ce que nous prouve My morning jacket avec The Waterfall II (suite du Waterfall précédent).

Si My morning jacket ne révolutionne rien, il le fait de manière exceptionnellement somptueuse, classe, avec un talent tel que nous ne pouvons qu’être ravi de voir qu’au bout d’une presque dizaine d’albums le groupe reste magique. Pourquoi magique ? Parce qu’il nous parle profondément, qu’il est en quelque sorte la concrétisation de ce que le rock a fait de mieux durant toutes ses décennies d’existence.

Des références.

Ici, le groupe évoque les Beach Boys (une bonne partie de Still thinkin), les Beatles (un peu tout du long), les Floyd période Dark side of the moon (Feel you), le tout avec une ampleur incroyable. En effet, il y a de l’espace dans ces compositions, un tel espace que nous prenons de grandes inspirations de plaisir à l’écoute des différents titres. Si quelques touches countrysantes apparaissent (Climbing the ladder, Run it, même si ce dernier évoque aussi le gospel), elles le font avec une groove diabolique. Pour le reste, l’essence est pop rock, jusqu’au bout des médiators.

La paire rythmique dispense un boogie infernal, un truc qui vous prend tout entier et qui vous remue comme si vous étiez à l’intérieur d’un shaker (Clinbing the Ladder, Magic bullet, Wasted en sont de parfaits exemples). Cette paire rythmique n’est du reste pas isolée des autres instruments. De longues plages de clavier alimentent la musique de My morning jacket, insufflant aux morceaux une identité forte. De même, les guitares sont somptueuses, à la fois caressantes et mordantes.

Une production sans faute.

L’album n’est pas bien produit, il l’est, là aussi, de façon exceptionnelle. La production est douce, chaude, enveloppante, caresse le tympan dans le sens du poil. Les arrangements sont du même tonneau, notamment les choeurs, sublimes (old school mais avec une force et une pureté indéniable), et les apports de guitar steel, discrets, également ( surtout qu’ils sont distillés à bon escient) . Ces deux éléments (production et arrangements) font que le disque se place tout en haut d’un panier classic rock souvent (c’est un euphémisme) insipide.

Bien au contraire de la concurrence, My morning jacket rend ses lettres de noblesses à un genre moribond. Sans doute parce que le groupe possède son propre langage, est capable d’enchaîner un morceau country avec une balade pop imparable. De même, quelques écarts psychédéliques se font ressentir de façon discrète, mais essentielle.

Alors oui, ça pourrait sentir le réchauffé. Mais, à dire vrai, le groupe est capable de surprendre (la deuxième partie de Still Thinkin, la baisse de rythme sur Climbing the ladder, et certaines sonorités de guitare surgissant d’on ne sait où). En fait, le timing est juste tout au long de l’album, le timing est le feeling (aucun temps mort, une tracklist elle aussi irréprochable, qui efface toute forme d’ennui au profit d’un revenez-y inépuisable).

Analogique ?

En reparlant des sonorités, sans doute proviennent-elles d’un ensemble d’outils analogiques. Nous ne savons pas où le groupe à enregistré cet album, sur quel matériel, mais nous mettrions aisément notre main à couper que tout à été fait dans les règles de l’art, c’est-à-dire sans apport excessif de nouvelles technologies. D’ailleurs, nous doutons qu’il y ait la moindre apparition électronique sur ce disque (mais avouons que nous avons un petit doute sur un des titres, en arrière-plan duquel quelques bidouilles nous interpellent, sans dénaturer pour autant la cohérence globale du disque).

Vous l’aurez compris, si My morning jacket ne révolutionne rien avec The Waterfall II, c’est qu’il n’en a tout simplement pas besoin. En développant sa musique comme il l’entend, sans surfer sur aucun effet de mode ni vague revivaliste, il s’inscrit dans la tradition de groupes pop à l’élégance racée, qui le place, quoi qu’il arrive, en pole position pour le plaisir qu’il provoque à chaque écoute. Incontournable !

LE titre de The waterfall II.

On avoue, on aime plus que de raison le slow qui tue, en quatrième position sur l’album (Feel you). Mais le titre qu’on lui préfère encore, c’est Wasted. Parce que c’est un morceau jouissif, quasi-instrumental (simplement le premier tiers est chanté), avec une basse énorme, un groove génial, un petit parfum psychédélique, un son dantesque, et surtout une efficacité redoutable.

Ce morceau est d’ailleurs, à notre sens, le plus rock de l’album, les autres étant sous infusion pop constante (à la rigueur Magic Bullet est dans le même esprit rock). Mais là, il s’échappe de ce carcan pour proposer un rock sans entraves, libéré de toute contingence pop. Un peu comme pour réaffirmer que rock n’roll is not dead. Et il le prouve de façon magistrale (comme le reste de l’album cela dit).

my morning jacket the waterfall II

On pense, dans l’esprit “old school” à Theo Lawrence

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