[ROMAN] MARIE LIEBART, Point final (MVO éditions)

Quatrième roman de Marie Liebart.

Nous vous avions parlé il y a peu de Loin, troisième roman de Marie Liebart. Ce roman se passait en très grande partie en Guadeloupe et dressait le portrait d’une femme peu préservée par la vie. Elle se confiait sur celle-ci auprès d’une écrivaine. Changement total de paysage et de contexte puisque nous sommes, avec Point Final, publié chez MVO éditions, dans une sorte de roman policier qui débute sur un sordide fait divers.

Raphaël est en effet découvert sans vie, dans la bergerie de ses amis Barnard et Mireille. Le corps repose au centre d’un cercle formé par des brebis égorgées. La mise en scène est soignée, autant qu’elle est répugnante. C’est Barnard qui découvre le lieu du crime et cela mettra le feu à la poudrière qu’est la vie de ce dernier, de sa femme, de leur ami Étienne, et d’une mystérieuse femme, ancienne « compagne » de Raphaël.

Se méfier des apparences.

Tout, dans Point final, repose sur le jeu de la solitude, de la violence, de psychologies humaines fracassées, maltraitées, ignorées. Toute l’affaire se déroule dans un espace fermé, dans un huis clos en plein milieu de nulle part. Le théâtre macabre se met en place dans la ferme du couple formé par Barnard, un tyran domestique, et sa femme Mireille. Autour d’eux gravite Raphaël, donc, hébergé par le couple. Au chômage, divorcé, sa vie n’est que précarité et désillusions. Étienne aussi gravite autour de ce trio. Il se déclare l’ami de Raphaël, pas celui de Barnard. D’ailleurs, il se pourrait bien qu’Étienne s’épanche dans la bouteille à cause du fameux Barnard, monstre imposant et impitoyable, véritable seigneur en son domaine.

Par un jeu de flashbacks inspirés, Marie Liebart nous tisse les portrait de ces personnages peu fréquentables et/ou recommandables, mais qui très vite deviennent « notre famille » ou tout du moins des proches. Tout est fait avec une écriture qui flirte parfois avec un léger surréalisme (dans les descriptions), avec la poésie (tous les passages où s’exprime Mélina (à la première personne du singulier), avec aussi des aspects plus noirs, intestinaux, quand elle se place dans la tête de Mireille, dans celle d’Étienne. Le seul, finalement, qui ne parle pas, ou alors très peu, est Raphaël. Son portrait néanmoins nous est offert par le regard des autres protagonistes de ce roman « du terroir », portrait forcément subjectif, mais o combien précieux pour nous mener à la chute de ce roman.

Des êtres brisés.

Comme nous le disions plus haut, il est question dans ce roman haletant, de solitude, de mal-être, d’enfermement dans des schémas de vie duquel les personnages n’arrivent pas à s’extirper, soi par faiblesse, soi par peur de se retrouver seul. Alors tous acceptent la misère infligée par Barnard, tous acceptent de renier qui ils sont plutôt que de ficher le camp de ce monde dont les frontières semblent se resserrer de plus en plus au fur et à mesure des pages que nous tournons. Point final est, pour nous, symbole d’un monde rural oublié de tous, où la violence règne, liée à une précarité qui semble inextricable. Ce qui fait le sel des relations humaines est ici totalement annihilé par l’écrasante présence d’un bourreau ignoble mais également par une société absente, qui laisse tout le monde se débrouiller comme il peut, comme il veut.

Pourtant, le roman n’est pas manichéen pour autant, pas plus qu’il ne donne de leçon. Qui plus est, même le démon domestique laisse entrevoir une lueur d’humanité en fin de roman. Seuls échappatoire, finalement, de tous les personnages pour s’en sortir : prendre des décisions, radicales. Et nous nous rendons compte que seuls ceux qui n’en prennent pas finissent par subir les foudres diverses.

L’âpreté de la vie.

Nous entrons dans ce roman par cette scène traumatique, nous en ressortons de la même façon. La boucle se referme en nous dévoilant tous les pourquoi et comment qui nous maintenaient en haleine. Elle se referme également en ayant finit par faire éclater ce cercle « d’amis » pas comme les autres.

L’écriture de Marie Liebart, dans Point final, s’avère un poison que nous buvons jusqu’à la lie. Son rythme particulier, son phrasé et ses descritpions précises et pertinentes sont les seules notes de lumière dans cet univers sombre, presque désespéré. Fort heureusement, la fin du roman est aussi une délivrance. Mais quoi que cette histoire révèle, elle vous maintient captifs, et c’est tout ce que nous lui demandons.

point finla marie liebartRelire la chronique de Loin et l’interview de Marie Liebart

Nous retrouver sur FB, instagram, twitter

soutenir litzic

Ajoutez un commentaire