KIN, LE COMMENCEMENT Blockbuster et compagnie

L’été, c’est blockbuster. Pour faire plaisir aux enfants et aux grands qui se prennent toujours pour des enfants. Direction l’usine à film (autrement baptisés multiplexe, ce qui ne veut absolument rien dire, sauf peut-être en latin, mais comme nous avons pris option grec ancien…) avec son pop-corn à une blinde, ses 272 salles ne passant que des films pas indépendants (vous avez déjà remarqué qu’en matière de film il y a les films indépendants, qui concernent le monde entier sauf la France puisque nous, nous faisons des films « d’auteur ? ») qui rapporte des centaines de millions grâce aux tarifs prohibitifs pratiqués nous laissant penser qu’il ferait presque bon vivre au Venezuela.

Mais bon, on y va quand même. Nous optons pour Kin, le commencement (ouais y aura une suite, super…). C’est l’histoire d’un gamin adopté qui trouve un flingue de la mort qui tue (genre futuriste de ouf ! Autre chose que de minables sabres laser de l’espace) dans une usine désaffectée de Détroit. Autour du flingue, des morts en combinaisons chelous (de l’espace ? De l’armée?)

Le frère du gamin sort de taule à ce moment-là, retrouve la maison, doit 60 mille dollars à ceux qui l’ont protégé en taule, décide de braquer le père. Celui-ci se pointe au mauvais moment (comprendre : il meurt) et le frère et le gamin s’enfuient, enfin le grand surtout parce que le gamin ignore que son père est mort.

Bon, nous croyions au pire (vous avez remarqué l’emploi du présent du subjonctif?), pourtant ce film est loin d’être mauvais comme nous le craignions de prime abord. Certes, les scenar tient tout entier sur une tête d’épingle, mais le film possède néanmoins quelques atouts non négligeables.

1- Le premier rôle : Myles Truitt, qui joue le jeune Elijah, est plutôt convaincant, notamment si l’on prend en compte qu’il s’agit là de son premier passage devant la caméra. Dommage que son rôle manque un peu de profondeur (mauvaise direction d’acteur car nous sentons qu’il possède ce qu’il faut pour gagner en densité).

2- Le méchant : incarné par James Franco, qui est décidément un acteur que nous adorons, avec une superbe coupe mulet fin années 70 débuts 80, il est à mi-chemin entre le sadique et l’enfant de chœur avec son sourire enjôleur. Sa performance est plutôt en nuances, pas le méchant abruti de base mais plus le psychopathe tranquille, qui instaure la peur sans effets appuyés. Pas mal.

3- Le montage : notre crainte était d’assister à une suite d’actions sans queue ni tête et nous nous trompions. Le film prend le temps de se dérouler, évite les poncifs du genre avec des plans coupés/collés hypers rapides durant lesquels on ne voit rien. Non, ici, les événements arrivent les uns après les autres, se bousculent par moments (Kin reste un film d’action malgré tout), créant ainsi une sorte de faux rythme contrasté notamment par la traque et l’insouciance des fuyards. La photographie est elle aussi intéressante, en tout cas elle nous semble se démarquer des films de la concurrence, à savoir ceux de la catégorie des teen dystopie.

4- La bande originale : gros point fort, la B.O, signée de nos chouchous écossais, à savoir les génialissimes Mogwai, apporte et porte sur ses frêles épaules les ambiances du film. Toujours à fleur d’électricité, elle dédouble, multiplie à l’extrême des émotions qui devraient être magnifiées par le jeu d’acteur mais qui hélas ne s’y trouve pas toujours (mauvaise direction de ceux-ci nous disions-vous un peu plus haut). Elle appuie sans exagération là où il faut, pousse certaines scènes d’action à leur paroxysme, toujours avec ce contraste entre action et contemplation (une marque de fabrique du groupe qui transcende une émotion, une énergie, sans pour autant cogner fort et vite, genre metal et nu metal si prisé de ces productions testostéronées), mais en faisant grimper progressivement, par adjonction de couches de synthés et/ou grattes hypers distordues, la pression.). Si coup de nerf il y a, Mogwai répond présent. Si moment dramatique il y a, ils sont toujours là. Même si nous n’arrivons pas avec cette B.O aux points culminants de la carrière du groupe (la musique de film est toujours un cas à part dans une discographie, même si Les Écossais, tout comme Pink Floyd ou Air à leur époque, sont des habitués et en connaissent les rouages), l’inspiration est là, fertile, pertinente et surtout de qualité. Sans elle, le film tomberait probablement à plat plus d’une fois. Comme quoi l’équilibre d’un film ne tient parfois pas à grand-chose.

Au final, nous nous disons qu’il y a une suite à ce film et, franchement, nous nous disons que… pourquoi pas…

La BO par Mogwai, K, disponible depuis le 31 août chez Rock action/[Pias]

Et la bande annonce du film

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