MATTHIEU DAVETTE L’interview

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crédit photo : Nicolas Tourrenc

Découvrez l’interview de notre auteur du mois Matthieu Davette.

Bonjour Matthieu. Merci d’avoir pris le temps de répondre à nos questions. Voic la première d’entre elle, question d’usage : comment vas-tu ?

Très bien. Merci. Entre deux missions d’informatique, je suis en train de faire « masteriser » un 4 titres avec mon groupe Bleu Comme Ariane. Et j’ai commencé un nouveau roman.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je me suis retrouvé ingénieur sans savoir ce que c’était, seulement parce que j’étais bon en maths. C’est là que j’ai commencé à écrire, comme une échappatoire. L’arrivée dans le monde de l’entreprise, c’était très violent pour moi au début, pas du tout mon truc. C’était comme une prison. J’ai découvert l’écriture lors d’un stage, en écrivant le rapport de fin de stage et c’est arrivé comme un soulagement, enfin du soleil dans cet univers. En plus, le jury de soutenance m’a fait des compliments sur l’écriture du rapport. Ça a tout déclenché.

Arcade fire, biographie parue chez Le mot Et le reste

Commençons par le commencement. Nous avons fait ta « connaissance » à travers ta biographie sur Arcade Fire. Comment t’es venu l’idée d’écrire sur ce groupe ?

Je démarchais un éditeur (le Castor Astral) pour mon 6ième roman, qui avait reçu de bons retours du milieu de l’édition. J’étais dans leurs locaux pour donner le manuscrit en main propre. Il y avait plein de livres de rock autour de moi. C’est une passion depuis l’adolescence. J’en écoute beaucoup et j’ai même un groupe. Je lis aussi pas mal de biographies de rock. J’ai revu l’éditeur sur un salon où il n’exposait que des livres de rock. J’essayais de parler avec eux, toujours à propos de mon roman. Je leur ai acheté une bio sur les Pixies et en la lisant, je me suis dit, mince, moi aussi je pourrais écrire ça. Et aussitôt, j’ai pensé à Arcade Fire. Parce que je n’avais jamais vu de livre sur eux et que c’était un groupe qui m’intéressait autant que les Pixies. Davantage encore même, parce que j’avais été complètement retourné par leur concert au Zénith en 2014. L’idée est restée dans un coin de ma tête. Ensuite, j’ai reconnu le responsable du Castor Astral au salon du livre, Jean-Yves Reuzeau. Alors je me suis approché et spontanément, je lui ai demandé si un livre sur Arcade Fire, ça l’intéresserait. Il a tout de suite répondu « oui ». Et il a ajouté que c’était plus facile pour lui de vendre une bio de rock qu’un premier roman (comme s’il sentait que je n’étais pas là que pour le rock !). Je lui ai demandé comment procéder, il m’a répondu qu’il fallait lui fournir un plan et une cinquantaine de pages. Et voilà. C’était parti. J’ai passé le mois suivant à faire des recherches, à écrire ce plan et ces cinquante pages.

Le groupe t’a-t-il contacté suite à la parution de ton ouvrage ? Pourrait-il devenir la biographie officielle d’Arcade Fire ?

Je leur ai envoyé un exemplaire avec un mot, mais aucune nouvelle. J’aimerais bien qu’il devienne la biographie officielle du groupe, ce serait bien qu’elle soit également traduite en anglais. Tout ce que j’ai découvert sur ce groupe, j’ai adoré. Ils sont passionnants. Je suis très fier d’être associé à eux. S’ils reconnaissaient mon travail, ce serait… wouhaouh, un aboutissement.

Tu n’écris pas que des biographies. Depuis quand écris-tu ? Et surtout, pourquoi écris-tu ?

La biographie est finalement sortie au Mot Et Le Reste. J’ai parlé dernièrement avec l’éditeur, Yves Jolivet, de l’éventualité d’une autre bio, Nick Cave par exemple. Il m’a dit que ce serait bien qu’il y ait quelque chose de « littéraire » sur lui. J’ai été étonné qu’il considère mon écriture comme « littéraire ». J’ai la sensation de chercher une écriture « directe », simple, mais pas forcément littéraire. Quoi qu’il en soit, depuis, j’ai senti monter en moi un besoin davantage prioritaire. Je fonctionne comme ça avec l’écriture. Il y a un sujet qui monte petit à petit en moi, jusqu’à prendre toute la place et il faut que je m’en débarrasse, ça devient une obsession. Et là, il s’agit d’un autre roman, tiré de la relation avec mon cousin, qui était punk – on ne sort pas tellement du domaine de la musique !

Processus d’écriture

Effectivement, la lecture de ta bio sur Aracde Fire se différencie des autres bio que nous avons pu lire. On a l’impression de lire un roman tant l’écriture y est fluide et raconte l’histoire du groupe sans être truffé de dates et autres notes de bas de page (même s’il y en a et que ton travail est hyper documenté). Qu’est-ce qui a différencié sa rédaction des romans que tu écris d’ordinaire ?

Ce sont les recherches, la documentation. Pour mes romans, jusqu’à maintenant, je ne fais aucune recherche. Je suis dans l’imaginaire ou le souvenir, souvent un mélange des deux. Concernant Arcade Fire, je voulais écrire l’histoire comme un roman, avec du suspens, une progression. Mais je devais constamment me référer à des documents, des interviews. Il fallait être le plus juste possible, précis, reconstituer le déroulé des événements au plus près de la réalité. Même si cela reste un point de vue une biographie ou une autobiographie est subjective. Il y a toujours une question d’interprétation. Je pense que l’histoire diffère en fonction de celui qui la raconte, même lorsqu’il s’agit des protagonistes.

Ton processus d’écriture de fiction a-t-il recours à un travail de recherche également ou est-il purement imaginatif ?

Il y a quelques-temps, j’ai vu un film, le Chant du Loup, qui semblait hyper documenté. J’ai trouvé ça intéressant d’inscrire une histoire imaginaire dans un cadre où le travail de recherche a été important. Mais je n’ai encore jamais fait ça. Même lorsque mes histoires ont pour cadre des endroits et des milieux que je ne connais pas. Mon quatrième roman se passe par exemple sur un cargo entre Caracas et la France dans le monde de la drogue. Je me suis seulement appuyé sur mes fantasmes et mon imaginaire.

Quelles sont tes références en termes de littératures, les auteurs qui te parlent, ceux qui te motivent, tes ouvrages de chevet, ceux que tu évites comme la peste?

C’est la découverte d’auteurs américains qui a changé ma vision de la littérature. Quand j’ai lu Kerouac pour la première fois, je me suis dit, ah ça peut être ça aussi un livre, quelque chose qui ressemble à la vie, à ce que je ressens. Les personnages de Sur La route et des Anges Vagabonds avaient la même quête de liberté que moi, ressentaient les mêmes choses à vingt ans – et pourtant leur cadre de vie était complètement différent. Et puis il y a eu Bukowski, John Fante et Bret Easton Ellis. J’ai lu plusieurs fois Les Lois de l’Attraction. J’attends son prochain avec impatience. L’attrape-coeur de Salinger a été un choc aussi et Faulkner. En France, c’est plus ponctuel, j’aime bien les premiers Tanguy Viel et les livres qui se passent au Soudan d’Olivier Rollin. Sinon j’ai beaucoup de mal avec la littérature française actuelle, à aller au bout d’un livre, je trouve qu’ils manquent de liberté, de souffle. À l’adolescence, j’ai adoré Stendhal. Mais je me souviens que je n’osais pas trop l’afficher, car on me disait, ah ça ne m’étonne pas, ce sont des personnages tourmentés, et ça me blessait, je ne comprenais pas pourquoi on me disait ça.

Musique !

Et en termes de musique ? On a compris pour les Pixies et Arcade Fire, mais à part eux, quels sont les groupes/artistes qui te hantent depuis toujours ? On imagine Nick cave que tu cites plus haut… Mais encore ?

Mon premier souvenir de coup de foudre avec une chanson, c’est « Message In a Bottle » de Police, à 11 ans. L’album Regatta de Blanc est génial. Après il y a eu les Clash, chez qui j’aime tous les disques, mais également le look, l’attitude, le discours. Mes premiers achats de livre sur le rock, c’est sur eux. Il y a aussi la new-wave, les Cure, new Order et Depeche Mode, dont j’avais un poster dans ma chambre à 15 ans. (ça me fait des goûts en commun avec Win Butler d’Arcade Fire). Côté français, Noir Désir a beaucoup compté. C’est sûrement le groupe que j’ai le plus vu sur scène. Je connaissais par coeur plein de textes, qui me touchaient beaucoup. Aujourd’hui, j’aime encore ce que fait Teyssot-Gay, le guitariste. Plus tard, j’ai aussi aimé des groupes plus bruitistes, Fugazi, Sonic Youth et Einsürtzende Neubauten. Tous les trois incroyables sur scène et longtemps parmi mes meilleurs concerts – jusqu’à ce que je vois Arcade Fire !

Parle nous un peu de ton groupe Bleu comme Ariane : quel style est-ce ? Des albums sont-ils déjà sortis ?

J’ai eu plusieurs projets autour de mes textes parlés. En général j’y joue de la basse. Il y a eu un trio assez rock avec qui on a tourné en Allemagne et avec qui j’ai fait deux disques autoproduits. Et Bleu Comme Ariane est né en 2014, avec ma compagne qui est pianiste. Au départ, seulement elle et moi, piano, basse et voix. Se sont greffés un musicien électro qui met des rythmes et le guitariste avec qui je jouais en trio avant. On est en train de finaliser un disque 4 titres. Je ne cherche pas à rentrer dans une case avec la musique. Si c’est pour refaire ce qui existe déjà, ça ne m’intéresse pas. J’aime bien jouer avec des musiciens d’horizons différents. La pianiste, Caroline Bugat, vient du classique, le guitariste Thomas Petit a fait une école de jazz et celui qui s’occupe de l’électro, Jean-Paul Moreau, est accordéoniste. Et moi je suis clairement rock ! J’ai appris avec les lignes de basse de Kim Deal (ndlr : bassiste des Pixies). Du coup on cherche des passerelles entre nous, c’est très ouvert. Les textes sont souvent l’élément narratif permettant de structurer les morceaux. On essaye d’obtenir quelque chose de sensible, qui fonctionne. À mon avis on est du côté du rock, quand même.

Quelles autres formes d’art te touchent ?

Le cinéma et la photo. Le cinéma est très important pour moi, et peut m’influencer dans la structure de mes romans. J’ai un livre d’entretiens avec Cassavetes, qui a été longtemps un livre de chevet. J’adore sa démarche, ses réflexions sur l’art. Il a été un guide spirituel pour moi pendant un bon moment. Tarkovski aussi. J’ai dû voir cinq ou six fois Stalker. J’ai aussi travaillé avec Eric Rohmer, qui a utilisé un de mes morceaux pour un court métrage qu’il a réalisé avec des gens que je connais. Ensuite il m’a proposé un rôle dans Conte d’Automne. Une super rencontre.
La photo, je m’y suis intéressé à un moment où l’écriture m’isolait. J’en étais à mon quatrième roman sans publier, à part des textes courts dans des revues, et je suis sorti prendre des photos dans la rue pour me reconnecter au monde. J’allais voir plein d’expos à ce moment-là, à la galerie Vu et à la Maison Européenne de la Photographie. J’ai fini par faire une expo dans un petit lieu, dans laquelle il y avait des photos juxtaposées à des textes.
À cette période, j’avais une amie qui était administratrice d’une compagnie de danse. Elle a commencé à me dire que le chorégraphe dont elle s’occupait, Nasser Martin-Gousset, avait les mêmes références que moi, il lui parlait tout le temps des mêmes auteurs, de Bret Easton Ellis, de rock, etc. Elle me l’a fait rencontrer. J’ai adoré ses pièces et je me suis retrouvé à prendre des photos de ses spectacles, dont certaines sont devenues des affiches. J’ai fait ça quelques temps, c’était très plaisant, la danse me touche beaucoup, mais je ne me voyais pas devenir uniquement photographe professionnel. Je voulais revenir à l’écriture et à la musique.

Projets

Quelles sont les thématiques récurrentes dans tes romans ? Y penses-tu avant d’écrire ou bien s’imposent-elles d’elle-même ?

Les relations hommes/femmes et les descentes aux enfers ! Sérieusement, jusqu’à maintenant dans mes romans, le héros vit toujours une descente et remonte la pente : dans l’un il fait un séjour en HP pour réapprendre à communiquer, dans un autre il se laisse embarquer dans des histoires de deals de drogue et est poursuivi par la mafia, et il y en a un avec une histoire d’anorexie aussi (ndlr : Innocence prioritaire). Mais ce n’est pas prémédité, les thèmes s’imposent d’eux-mêmes. En général ça commence par un bout de l’histoire, qui n’est pas forcément le début, et ensuite, je comble le reste en structurant. La structure d’un récit, c’est quelque chose qui me plaît, de manière assez spontanée. Je « visualise » beaucoup l’ensemble.

Quels sont tes projets à plus ou moins long terme ?

J’ai commencé à écrire un nouveau roman. Cette fois, ce ne sera pas axé sur les relations homme/femme et il n’y aura pas de descente aux enfers, je crois. C’est un autre thème qui m’intéresse, mais que j’ai traité une seule fois dans un récit avant d’écrire des romans, l’influence que quelqu’un peut avoir sur quelqu’un d’autre, les relations de pouvoir, qui peuvent s’inverser.
Nous terminons aussi un disque 4 titres avec Bleu Comme Ariane et on recommence à répéter. On aimerait faire des concerts.

Que peut-on te souhaiter pour la suite ?

Publier un roman et trouver un label pour la musique, faire davantage de concerts…

Merci beaucoup pour cette interview passionnante. Nous rappelons que vous pouvez découvrir la plume de Matthieu Davette dans notre rubrique l’auteur du mois

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