[ ALBUM ] POLIÇA, When we stay alive, se retrouver…

4éme album de Poliça, When we stay alive (disponible chez Memphis Industries).

Avec ce titre d’album parlant (When we stay alive signifie Quand on reste en vie), Poliça parle de retrouver l’essence qui est la nôtre suite à un accident de vie. Pour ce faire, le groupe nous sert une pop aux couleurs électroniques organiques qui nous propulse à mi-chemin entre un lit d’hôpital et la résurrection artistique.

Une vilaine chute.

La genèse de When we stay alive s’est faite sur un lit d’hôpital. Après avoir chuté de son toit enneigé, Channy Leaneagh se retrouve immobilisée, une vertèbre lombaire fracturée et la colonne vertébrale touchée. Nous imaginons aisément dans quel état d’esprit elle pouvait se trouver, état entre frustration, colère et peur. Son médecin lui conseille, en dehors de tous les aspects physiques de sa guérison, de méditer sur l’acte psychologique de celle-ci. En gros, de se reconstruire intérieurement autant qu’extérieurement.

Ce que fait la chanteuse. Elle dit notamment ceci : « Allongée dans mon lit, je rêvais de courir dans l’herbe verte, et ça me faisait pleurer. “Running in the tall tear grass; imagine wanting life and the want remains.” C’est un sentiment auquel je m’accroche ; la vie vaut la peine d’être vécue même si nos murs s’effondrent, et cela va au-delà de mon petit accident stupide, cela concerne le monde autour de moi. Il faut aller de l’avant. “Drive on, Drive on. A second chance you won’t forget” »
Ainsi naquit ce quatrième album.

Ce que nous ressentons.

À l’écoute des 10 titres, nous sentons à la fois de la force, de la fragilité (feel life), un sentiment d’insécurité (sur Fold Up par exemple), une course vers la vie. Le mélange des émotions y est flagrant, mais ne laisse que peu de place à la mélancolie, notamment grâce à la voix de Channy Leaneagh dont la présence éloigne la morosité. Ce fil conducteur rejoint celui tissé par l’autre membre du duo Poliça, Ryan Olson, à savoir celui des beats et programmations tour à tour dynamiques ou plus alanguis.

En effet, certains titres sont propices à la rêverie, introspective ou plus épique (comme sur Forget me now), d’autres à l’expression d’une rage (de vivre ? De frustration? Des deux ?) dont les tempos sont plus enlevés. Les claviers y sont souvent lourds, mais teintent, un peu comme des nuages le feraient face au soleil, le ciel de When we stay alive de couleurs changeantes. Les orchestrations hybrides, entre machines et instruments acoustiques permettent également au disque de rayonner différemment d’un titre à l’autre, avec une égale réussite.

Un étonnant voyage en apnée.

Dire que cet album déroute est un euphémisme. Il déjoue brillamment les écueils pop du tout venant, par une relative noirceur instrumentale, celle-ci étant contrebalancée avec tact et pudeur par une voix mixée juste ce qu’il faut en avant pour nous porter vers un ailleurs plus optimiste. Sur le titre qui ouvre l’album, Driving, nous pouvons par exemple nous sentir légèrement oppressé, comme enfermé dans un corps cassé, tandis que sur un titre comme Steady, nous nous voyons courir à nouveau, le corps et le cœur réparés.

Les arrangements sont précis, sont parfois âpres, très proches d’une électro hardcore (les voix amoindrissent ce côté hardcore) mais gagnent en chaleur dès que les morceaux se dirigent vers la pop (combien même l’électro y est encore très présente). Le mariage organique électronique repose sur un équilibre délicat, l’un des aspects répondant à l’autre pour ne jamais pencher et atteindre un point de rupture.

When we stay alive est donc un album en forme de prise de conscience, de résurrection. Il est aussi ce cri de vie qui implique, suite à un accident, ou à une maladie, de reprendre ses marques, sans oublier ce qui nous est arrivé, et ainsi pouvoir influer sur le restant de notre vie. Ce qu’évoque parfaitement Channy Leaneagh en disant également ceci de l’album : « J’ai vécu sans m’en rendre compte dans des traumatismes passés. Je ne veux pas occulter ce qui s’est passé – il ne s’agit pas de refouler –, mais je veux reprendre le pouvoir au passé, et le garder dans le présent, pour créer ma nouvelle histoire. » . La boucle est bouclée, subtilement.

LE titre de When we stay alive.

Pour nous, le morceau phare de cet album est le magnifique Steady. Peut-être parce qu’il est l’un des titres le plus acoustique du disque. Mais surtout parce qu’il laisse entrer la lumière de toutes parts. Les instrumentations électroniques, minimalistes, y sont joyeuses, celles, acoustiques, plus légères. Les nappes de synthés y sont également plus vaporeuses, presque symphoniques. L’apport des choeurs, complément de la voix dépouillée d’artifices de Channy Leangeah, donne une teinte presque gospel par moments. Nous sentons un esprit apaisé sur ce titre, qui permet à l’album de retrouver son souffle à un peu plus de la moitié de celui-ci.

Poliça when we stay alive

Site officiel Poliça

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