MAHRK GOTIÉ Choix de carrière (suite et fin)

Retrouvez la première partie de Choix de carrière ICI

 

Il devait être au moins deux heures du mat’ quand le téléphone a sonné. À moitié endormi, j’ai décroché et craché dans la foulée :

Putain, t’as vu l’heure !

Excusez-moi, a répondu une voix masculine. J’appelle suite à votre annonce.

Ah ouais ? que j’ai fait en me redressant et en changeant de ton, dans ce cas c’est pas grave. Bon, qu’est-ce que tu veux ?

Vous êtes disponible maintenant ?

Quoi ? Tu veux que je trimballe mon boule au beau milieu de la nuit ?

Pour 300 euros de l’heure, je pense que ça vaut le déplacement.

Je me suis mis à gamberger à toute allure en me frottant les cheveux. Puis. D’un coup. Ça a fait TILT ! dans ma tête.

Non mais attends ! T’es un bonhomme, non ?

Votre perspicacité vous honore (Puis, après un silence vraiment gênant) Ça pose un problème ?

Ça pose un problème ? j’ai braillé, halluciné. Un peu que ça pose un problème ! D’où tu sors l’idée débile que j’accepterais de me faire démonter le pare-choc arrière par un dégourdi dans

ton genre ?

Sur l’annonce, a expliqué l’homme avec un calme déroutant, vous avez précisé que vous acceptiez n’importe quoi. En plus, étant donné la somme que je vous propose, vous aurez gagné un mois de salaire au lever du soleil. Alors, qu’en dîtes-vous ?

J’accepte, dis-je à voix basse pour que personne ne m’entende alors que je vis seul. Mais si tu en parles à quelqu’un je te crève, pigé ?

Il m’a donné son adresse puis a raccroché. Le rendez-vous était fixé dans une demi-heure. Sur la route, je me suis répété en boucle : « je vais me faire péter le fion je vais me faire péter le fion je vais me faire péter le fion je vais me faire péter le fion je vais me faire péter le fion je vais me faire… »

J’ai grimpé les escaliers et tambouriné à la porte. Avant qu’il ouvre, j’ai prié pour tomber sur un gaillard pas trop vilain, mais l’odeur m’a tout de suite ramené à la réalité. En face de moi, il y avait un type genre Émile Louis, la tronche du pédophile complètement siphonné, habillé avec un vieux débardeur dégueulasse et un caleçon encore plus pourrave. Des gros poils noirs sortaient de son corps comme pour s’échapper : sous les bras, sur le torse, la nuque, et même les trous de nez. Plusieurs de ses chicots étaient parvenus à foutre le camp et ses yeux partaient en sucette. Il m’a reluqué de la tête aux pieds en grattant sa barbichette comme si j’étais un morceau de bidoche. J’avais déjà envie de me barrer. Mais la perspective de toucher enfin un peu d’argent m’a dissuadé et j’ai fini par entrer.

J’étais vraiment mal à l’aise mais le bonhomme avait visiblement l’habitude de faire appel à des tapins. Il a sorti deux bières du frigo puis a demandé :

Première fois ?

En me voyant hocher de la tête, il ne put retenir un sourire de vieux pervers. Il devait être jouasse de tomber sur un joli p’tit fion tout neuf, un jeunot puceau de la rondelle qu’il se chargerait de baptiser.

T’inquiète pas, qu’il m’a dit en me tendant une mousse que j’ai gobé sans respirer, je ne fais que regarder. Moi, c’est ça mon truc : je ne participe jamais.

Mes yeux se sont mis à pisser de gratitude. Putain comme j’étais content ! Tandis que le bougre m’offrait une autre bière, j’ai commencé à me construire un scénario beaucoup plus agréable, genre le type qui ne peut plus bander et qui fait appel à un minot pour satisfaire sa rombière.

Évidemment, avec la façade qu’il se trimballait, je me doutais que sa femme serait un taudis à peine humain, boursouflé de partout et probablement couvert d’herpès et de brûlures de cigarettes. Mais je m’en foutais. Je préférais un vagin périmé de l’intérieur plutôt que de devenir la chiennasse de ce malandrin.

Émile Louis me regardait d’un air bizarre tandis que je buvais et que j’essayais de me remonter le moral. On aurait dit qu’il lisait en moi, qu’il se doutait de mon soulagement et ça ne me plaisait pas trop. Il mijotait quelque chose, c’était sûr et certain.

Comme je viens de te le dire, je préfère observer la scène. C’est Charlie qui s’occupera de toi.

Charlie ?

Émile m’offrit un sourire à vomir avec ses dents qui se battaient en duel. Il marcha vers une porte. Derrière, on entendait des bruits bizarres. Puis l’odeur me frappa comme un uppercut en pleine face. Une odeur animale. Une odeur de ferme ou un truc dans le genre. J’ai avalé ma salive en priant notre Seigneur.

Voilà Charlie, a annoncé Émile d’un ton solennel.

Un poney…

Un putain de poney !

J’ai voulu me mettre à genoux pour le supplier de me laisser partir, mais Émile ne m’en a pas donné le temps. Il a bondi sur moi comme un maboule et m’a attrapé par les cheveux. Avec une poigne féroce, il m’a balancé sur le canapé. J’ai tenté de me relever mais il m’a décoché une putain de gifle et j’ai basculé. Puis, il a regardé l’animal en braillant :

Vas-y Charlie ! Fais-toi plaisir !

Je ne peux pas raconter ça. C’est trop humiliant.

Tout ce que je peux vous dire, c’est que j’ai adoré…

Charlie, il savait y faire. Il n’était pas comme les autres. Il était tellement sûr de lui, tellement sauvage, tellement bestial, tellement masculin. Lui et moi, on était connecté, on se comprenait, et je

ne le considérais plus comme un animal mais comme un partenaire vraiment doué.

Dés que Charlie en a terminé avec moi, Émile m’a donné mon fric et m’a mis dehors sans me laisser le temps de remettre mes vêtements. Je me suis habillé sur le palier puis j’ai redescendu les escaliers tout doucement, en me cramponnant à la rampe tellement j’avais mal…

Les jours suivants, je n’ai fait que penser à Charlie, à son corps robuste, ses yeux pétillants, son sourire ravageur, à la façon dont il m’avait réduit en miettes et comment j’avais aimé ça. Ce poney m’a montré la voie, et je sais désormais pour quoi je suis fait. J’ai donc modifié mes annonces sur le net afin de cibler une clientèle bien précise : je suis devenu un gigolo zoophile.

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