MATTHIEU DAVETTE Innocence prioritaire

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crédit photo : Nicolas Tourrenc

Matthieu Davette, innocence prioritaire (en attente d’un éditeur).

Avec Innocence prioritaire, nous plongeons dans le monde de Martin, adolescent, nageur, mal dans sa peau et qui entretient des relations compliquées avec son père. Ce roman, loin d’être plombant, nous ramène quelques années en arrière, à ce moment si particulier de nos vies qu’est l’adolescence. Indirectement, il nous amène également (si toutefois nous sommes père d’adolescents) à nous interroger sur notre façon de faire avec nos enfants.

L’histoire.

Innocence prioritaire commence quand Martin doit prendre le train pour rejoindre la capitale. Il est accompagné, à la gare, de son père et de son fils. Dans le train, il fait la connaissance d’un homme qui revient de l’enterrement de son propre père. L’échange s’installe et, par le biais de la couverture du fameux Sur la route de Jack Kerouac, la discussion est engagée. Celle-ci replonge Martin dans ses souvenirs d’adolescence.

Nous y suivons toutes ses péripéties du quotidien, de l’obligation pour lui d’obtenir d’excellentes notes, de son parcours dans un collège de sport étude, dans lequel il doit se dépasser scolairement et sportivement, puis de ses années lycée. Derrière lui rôde la présence presque menaçante d’un père hyper exigeant, intransigeant, qui désire de son fils l’excellence. Bien entendu, cela entraîne l’ado dans des atermoiements bien légitimes quant à sa place dans sa famille, dans son sport, dans ses études, dans ses relations avec ceux de son âge, en allant jusque dans son questionnement vis-à-vis de son propre corps également.

La plume.

C’est avec beaucoup de réussite et de talent que Matthieu Davette nous plonge dans cette histoire qui, forcément, évoque plus ou moins la notre, à nous tous, que nous ayons été des ados faciles ou difficiles, que nous ayons fait une crise soft ou hard, que nous ayons eu confiance en nous ou pas (mais qui a réellement confiance en lui à cette époque?).

Le ton est juste, savamment équilibré car usant de cette pincée de détachement suffisante pour que jamais ne s’éveille un sentiment de pathos. Matthieu Davette alterne, dans son récit, les moments de questionnement, de joie, de petits bonheurs et de petits malheurs, sans sombrer dans une surenchère pourtant facilement atteignable qui rendrait le bouquin indigeste. Il résulte d’Innocence prioritaire un véritable portrait d’ado, dans toute sa complexité, et qui, si l’histoire se passe à une époque où téléphones portables et réseaux sociaux n’existaient pas, reste totalement pertinente à l’heure actuelle.

Le ton de l’ensemble n’est pas pessimiste, ne tire pas un bilan catastrophique sur cette période de vie délicate combien même le ton s’avère mélancolique, nostalgique également. La figure du père, patriarche autoritaire, est décrite avec suffisamment de tact qu’elle ne devient jamais caricaturale. Elle explique les difficultés de communication et une partie des tourments de Martin sans pour autant être manichéenne. L’ensemble est, nous le répétons, équilibré, simple dans son évocation combien même le sujet est (ou paraît) complexe à aborder.

Chemin de l’adolescence à l’âge adulte.

Au fil des pages qui se tournent, nous voyons progresser le monde intérieur de Martin. Nous l’accompagnons dans ses premiers émois, dans ses premières fois, dans sa révolte qui finit par exploser au grand jour, dans ces difficultés à s’accepter tels qu’il, dans cette incroyable aventure qu’est la vie.
Nous nous retrouvons en ce personnage car il fait remonter en nous des sentiments que nous avions oubliés (ou mis volontairement de côté) alors que nous avancions en âge et que les obligations venaient nous accaparer. Par ricochet, le livre nous amène, pères ou parents, à nous questionner sur les problèmes relationnels que nous pouvons entretenir avec nos ados.

Parce que si devenir père ou mère nous a fait comprendre les choix éducatifs de nos parents (nous en avons fait le tri), il nous faut apprendre et décrypter les messages de nos enfants, ce qui s’avère loin d’être aisé. En lisant ce livre, si nous n’y trouvons pas les clefs, nous comprenons que, quoi qu’il arrive, tout se passera bien, au final. Parce que les ados ont de la ressource, même si elle est bien cachée (et c’est un euphémisme).

Au final, Innocence prioritaire nous a fait du bien, nous a replongé avec brio dans une époque révolue mais qui pourtant ne disparaîtra jamais de notre être. Parce qu’elle fait partie de nous et que Matthieu Davette réussi, sans artifices, à la faire revivre.

Très bien joué.

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