MARIE-PHILIPPE JONCHERAY Dans la forêt profonde

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Chronique de la nouvelle Dans la forêt profonde de notre autrice du mois Marie-Philippe Joncheray.

Dans la forêt profonde, de Marie-Philippe Joncheray nous rappelle, de par son nom, les contes que nous connaissons tous. Ceux-ci se passent le plus souvent, comme c’est notamment le cas chez les frères Grimm, aux abords d’une forêt où se déroulent des événements le plus souvent tragiques (dont certains finissent bien, parfois). Cette nouvelle de Marie-Philippe Joncheray s’inspire effectivement des contes de notre enfance.

Elle nous raconte l’histoire d’un seigneur et de sa femme. Lui est grand, gros, rustre, dominateur. Elle est chétive, frêle, mutique. Elle se sent mal auprès de son mari, ne rêve que d’une chose, une seule, s’endormir et partir, en rêve, dans la forêt profonde où elle se sent enfin libre. La plume de Marie-Philippe Joncheray nous entraîne sans heurts dans un univers lugubre. Nous imaginons la demeure du couple, un château froid, humide, dans lequel le peu de lumière provient de meurtrières éparses, donnant sur une forêt peu engageante.

Nous imaginons également sans peine le dégoût qu’inspire le mari à sa femme tant il est dépeint avec précision, avec juste ce qu’il faut d’exagération pour ne pas paraître caricatural. La femme, l’héroïne, est moins décrite, comme son caractère effacé face à son rustre d’époux le laisse imaginer. Ce n’est qu’au fil des pages qui se tournent qu’elle dévoile un peu de sa personnalité, de ce qui la porte et lui permet de ne pas s’éteindre corps et âmes. C’est d’ailleurs là que le conte prend le pas sur l’ordinaire. Le fantastique apparaît sans que nous nous en apercevions et nous plonge avec délice dans une intrigue efficace.

Le point de vue de l’autrice concorde à merveille avec celui de son héroïne. Nous retrouvons la même sensibilité que dans son roman La mécanique du désir, bien que les histoires ne se ressemblent pas tant que cela. Nous retrouvons cette énumération de sentiments, d’émotions, d’idées fugaces traversant la tête de l’héroïne, de descriptions brèves mais percutantes. Cela donne un rythme chaloupé, ronronnant, qui soudain nous bouscule dans une dimension plus violente.

Dans la forêt profonde laisse apparaître un espoir non feint à sa toute fin. Elle est facilement transposable à ce qui fait encore trop souvent l’actualité. Nous pouvons y voir, à travers l’imaginaire de Marie-Philippe Joncheray des histoires bien connues et décrites avec une fascination morbide dans les faits divers. Nous pensons d’ailleurs à l’histoire de Jacqueline Sauvage, par exemple. Mais sous la plume affûtée de notre autrice du mois, tout cela n’est qu’imagination, et cela nous convient tout à fait.

Car il faut prendre cette histoire comme ce qu’elle est, un fait imaginé qui laisse à réfléchir sur la réalité. À cela nous concédons à Marie-Philippe Joncheray qu’elle est une véritable écrivaine car elle dépeint avec ses mots, à travers ses histoires, des faits sociétaux actuels, sans nous le dire. Tout n’est que suggestion et, bien sûr, soumis à notre unique interprétation.

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