MAHRK GOTIÉ Toc toc

TOC TOC

Quelqu’un frappa à ma porte. J’ouvris, et un type me regarda de la tête aux pieds. Il me dit avec des grands yeux d’ahuri :

Oui ? Que puis-je pour vous ?

Monsieur, répondis-je froidement, vous êtes chez moi.

Pardon ?

Je dis que vous êtes chez moi.

Vous venez me déranger chez moi pour m’annoncer que vous êtes chez vous. Curieux, ne trouvez-vous pas ? Vous avez quelque chose à cacher ?

Absolument pas !

Bien, bien, fit-il d’un air suspicieux. Dans ce cas, entrons. Je vous en prie.

Je n’avais jamais vu cet homme auparavant, pourtant son visage me paraissait étrangement familier. Il marchait les mains dans le dos, décontracté, comme s’il connaissait déjà la maison. Lorsqu’il pénétra dans le salon, ma femme vint à sa rencontre et l’embrassa sur la bouche. Les mains sur ses hanches, elle lui demanda en penchant discrètement la tête dans ma direction :

Tiens, tu as de la visite ! Qu’attends-tu pour me présenter ton ami ?

Figure-toi que je ne le connais pas ! prétendit-il avec une insupportable expression d’incrédulité.

Donc, résuma sa femme en souriant (je veux dire : ma femme !) tu invites des inconnus à la maison ? D’où te vient cette lubie, je te prie ?

Je ne l’ai pas invité, expliqua-t-il. Cet homme vient de frapper à la porte en me demandant ce que je voulais ! Tu te rends compte !

Il doit être fou, chuchota notre femme. À mon avis, tu devrais prévenir la police.

Tout de suite, les grands mots ! Allons, allons, nous pouvons régler seuls cette affaire.

En deux minutes, je me retrouvai invité dans ma propre maison. L’homme m’indiqua le canapé, ma femme qui croyait être la femme de cet inconnu qui croyait être son mari nous prépara un apéritif, et l’étrange visiteur s’installa en face de moi en me regardant avec malice. Je sentais une immense colère s’infiltrer dans chacune de mes particules, les bousculer, les mélanger, semant la zizanie en dedans mon crâne.

C’est une caméra cachée, c’est ça ? lançai-je du ton le plus neutre possible.

Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, affirma mon invité. Comment vous appelez vous ?

Franck Leduc.

Vous êtes un sacré numéro, déclara-t-il en faisant mine de rire. Je suis Franck Leduc.

Prouvez-le.

C’est à ce moment-là que notre femme revint de la cuisine avec l’apéritif. Avant de s’installer, elle sembla hésiter. Elle me dévisagea pendant quelques secondes, puis regarda notre mystérieux invité ; elle tourna la tête à plusieurs reprises, ouvrit la bouche, la referma, expulsa un son étouffé, commença à se ronger les ongles, toujours debout, paralysée, nerveuse, ne sachant plus comment elle devait se comporter. Ses quelques neurones subissaient une combustion instantanée.

Que t’arrive-t-il, bon sang ? pestai-je à voix haute.

Ne parlez pas à ma femme sur ce ton ! ordonna son mari.

C’est ma femme ! Et c’est ma maison ! Je veux que vous partiez immédiatement, compris ?

Vous êtes fou !

Nous nous apprêtions à en venir aux mains pour régler ce différend lorsque la femme se dressa entre nous afin de s’interposer. Aussitôt, nous retrouvâmes notre calme. Ensuite, elle nous prit par la main et nous conduisit sur le canapé.

C’est quand même mieux comme ça, non ? affirma-t-elle en soupirant de soulagement. Je déteste les conflits. Franck, je suis heureuse d’être avec toi.

Merci, répondis-je à l’unisson avec ma copie conforme.

À présent, trinquons. Je pense que nous avons tous besoin d’un remontant.

Franck porta un verre à ses lèvres et cela ne me dérangeait plus d’apercevoir sa main droite remonter doucement le long des cuisses de sa femme. Au même moment, de l’autre côté du canapé, j’exécutai les mêmes gestes, tel un reflet mécanique, en caressant ma femme.

Elle s’appelle Gisèle, déclara Franck.

Il le sait, voyons ! ricana-t-elle. Je te rappelle qu’il s’agit de mon mari.

C’est vrai, fit-il en se tapant le front, j’avais oublié ! Excuse-moi, Franck.

Je t’en prie, Franck.

Il était moi, et j’étais lui. Avec Gisèle entre nous, c’était l’entente cordiale. La tension électrique qui imbibait la maison avait disparu, et la soirée s’annonçait merveilleuse. Après quelques verres, Franck monta les escaliers qui conduisaient à notre chambre, et je le suivis en tenant notre épouse par la main. Elle paraissait la plus heureuse de nous trois. Après tout, elle était mariée avec deux hommes. La garce.

Ce texte est publié avec l’aimable autorisation de Mahrk Gotié.

© Mahrk Gotié – tous droits réservés, reproduction interdite.

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