LES DISQUES CULTES DE LITZIC Lou Reed Berlin

Si certains voient, dans l’œuvre solo de Lou Reed, Transformer (son troisième) comme le chef-d’œuvre de l’ex-chanteur du Velvet Underground, nous répondrons qu’ils ont tout faux. Certes, Walk on the wild side est magnifique, Vicious comble nos attentes d’un rock trempé dans des riffs électriques imparables, mais l’album du renouveau de cet artiste, produit par le génial David Bowie qui tirait là Lou Reed du caniveau (comme il le fera avec Iggy Pop), n’arrive pas à la cheville de Berlin, album concept (son deuxième en solo) absolument phénoménal, et forcément culte.

Forcément culte car un bide commercial retentissant a accueilli cet album à la sortie. Celui-ci nous paraît aujourd’hui totalement incompréhensible car Berlin possède des atouts majeurs, notamment concernant son casting haut de gamme dans lequel nous retrouvons pêle-mêle Jack Bruce (Cream), Steve Winwood (Blind Faith), Aynsley Dumbar (the mother of invention de Zappa), Bob Ezrin (qui fut notamment producteur de Pink Floyd) etc… Cela, bien évidemment, ne fait pas tout, néanmoins quand on réunit un tel casting, ce n’est pas dans le seul but de regarder voler les mouches.

Berlin raconte l’histoire de Caroline et Jim, couple décrit à travers des thèmes fréquemment abordés par Lou Reed, à savoir la drogue, l’autodestruction, la violence (maltraitance d’enfant, prostitution etc…). Pourtant, tout commence par le titre Berlin, morceau évoquant des sonorités « cabaret » avec son piano tout en nuances et en retenue. Il donne le ton à l’album qui ne s’éloignera pas vraiment de ce thème proche du cabaret, peuplé d’orchestrations géniales, mais également de morceaux plus rock.

La claque ressentie à la première écoute de cet album fut monumentale car totalement inattendue. La voix de Lou Reed est juste parfaite, entre celle du crooner blasé qu’il pouvait être et le chanteur rock qu’il était le plus souvent. Expressive, elle colle à la musique et fait traverser un courant d’émotions dont la sincérité nous percute avec la violence d’un train lancé à pleine vitesse. Si Lou Reed ne joue pas sa vie, ça y ressemble foutrement et nous prouve le talent de cet artiste hors norme.

Bien sûr, cette voix ne serait rien si elle reposait sur du vent. Il se trouve que dans Berlin, c’est exactement le contraire, elle est portée par des arrangements sophistiqués, précis, apportant une dramaturgie prégnante aux différents titres. Des nuances de hautbois, de clarinette se font entendre, les orgues et claviers sont d’une justesse imparable et agrémentent les titres d’une aura particulière, comme si nous étions dans un Berlin d’après-guerre.

Les compositions sont fortes, dégagent une puissance que pourrait contredire la nonchalance de la voix de Reed, mais l’effet est exactement l’opposé. En jouant le décalage, l’ampleur qui s’en dégage est au contraire décuplée. Lors des moments plus minimalistes, des instants de bravoure viennent rompre la monotonie. Nous pensons entre autres à la basse irréelle sur Man of good Fortune, moment d’anthologie de cet instrument souvent peu mis en avant sur les albums de rock.

La production y est irréprochable, d’une modernité encore tangible à l’heure actuelle alors que le disque a désormais franchi le cap de la quarantaine. Mieux, nous dirions qu’aucun album aujourd’hui n’arrive à la hauteur de celle-ci. Si nous avons découvert ce disque il y a moins de dix ans, force est de constater que rien de tel n’a pu être fait depuis qui y ressemble, de près ou de loin.

Lou Reed considérait cet album comme l’un de ses plus personnels et aboutit, ce que nous ressentons en l’écoutant. Comme nous l’évoquions plus haut, la sincérité qui en découle est absolument criante de vérité, ce qui porte véritablement ce disque au panthéon des grands albums de rock a posséder chez soi et à chérir sans retenue.

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