LES DISQUES CULTES DE LITZIC Calexico The black light

Nous allons vous parler d’un disque qui, pour nous, est un véritable chef-d’œuvre dans son style. À l’époque il nous avait mis une sacrée claque, et celle-ci continue de nous être infligée à chaque écoute tant le duo, tout en nuances et en subtilités, nous permet de voyager sans même quitter notre canapé.

Composé de Joey Burns et John Convertino, Calexico navigue entre rock indépendant, blues et musique mariachis. Oui, vous savez, cette musique traditionnelle mexicaine à base de trompette et de guitare espagnole. Il faut préciser que Calexico est originaire de Tuscon, en Arizona, État américain contigu au Mexique.

Cela se ressent totalement dans The Black Light, leur deuxième album studio. Nous sommes dans un entre-deux tout à fait particulier. Le chant est en anglais (américain), l’imagerie l’est tout autant (il suffit pour cela de jeter un œil à l’artwork, sublime, de l’album pour s’en persuader). Souvent cinématographique, la musique du duo nous transporte dans un monde à l’orée du désert et du Rio Grande.

L’atmosphère y est parfois pesante, lourde, comme le soleil qui inonde la frontière. Les guitares folks, espagnoles ou électriques (dont pedal steel) fondent leurs accords rugueux dans la poussière. Nous avons chaud, espérons un souffle d’air, mais à l’abri sous nos sombreros, nous nous contentons d’attendre.

Peu bavard, le disque laisse parler la musique. C’est encore la meilleure façon d’exprimer l’indicible, d’exprimer les lieux qui nous sont chers, la vie telle qu’elle s’y déroule. Et la vie, dans The black light, c’est celle d’un film noir, d’une romance, de l’amour d’un pays. C’est l’histoire que nous voulons bien y voir, parce que les images surgissent instantanément, dès les premiers accords de Gypsy’s curse, pour s’achever en tragique (mais ô combien sublime) apothéose sur Frontera.

Quand la voix de Joey Burns surgit, elle s’avère au diapason de la musique, chaude, enveloppante, même si, peut-être, nous l’imaginions plus rauque. Elle ne l’est pas, mais elle est expressive à souhait, véhicule une force tranquille et une émotion à fleur de nerfs, notamment sur Bloodflow où, gorgée de distorsion, elle nous amène au bord des larmes.

Question musique, tout est finement ouvragé. Les arpèges de guitare sont limpides comme un ciel sans nuages. La batterie, à la caisse claire qui grésille, évoque le sable qui s’infiltre dans les vêtements, dans les chaussettes. Elle claque, souvent sèchement, par le biais d’un rimshot (quand la baguette frappe le bord du fût), définitive, d’autre fois plus délicate et emprunte d’une légèreté jazz, jouée tout en balai. Autour de ces deux instruments nous retrouvons de l’accordéon, du violoncelle, de la mandoline, des claviers, de l’orgue, du violon, des trompettes et nous en oublions. Riche, foisonnante, la musique imprègne tout ce disque hors mode, dénote un prodigieux savoir faire quant aux arrangements, subtiles et fins.

Parce que là réside l’attrait de The black light. Il est intemporel, sonne toujours actuel parce qu’il évite de sombrer dans les modes, quelles qu’elles soient. Cette image mariachis lui confère un côté « exotique » bien qu’il s’intègre à merveille dans cette forme de rock indépendant plutôt âpre. Enfin, nous disons âpre mais la musique du duo est pleine d’espace, de magie et elle n’est en rien rédhibitoire, bien au contraire, car elle nous confronte à nos émotions, fait jaillir une beauté et un amour bien réel que le duo ressent pour son pays, pour sa culture mixte.

Il s’agit là d’un hommage majestueux à deux personnalités, l’une mexicaine, l’autre américaine. En y intégrant beaucoup de musique et peu de paroles inutiles, Calexico fait ressortir l’universalité de son propos. Loin d’être replié sur lui-même, le combo nous offre à découvrir beaucoup de lui et de ce qui l’entoure. Alors que ce disque est sorti en 1998, nous proposerions volontiers à l’actuel locataire de la Maison-Blanche de l’écouter pour voir ce que le mélange des cultures peut apporter de beau et de bon aux hommes.

Car The black light est définitivement beau, puissant, humain, généreux. Calexico a réussi un album parfait que nous ne nous lasserons sans doute jamais de réécouter.

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