LES DISQUES CULTES DE LITZIC Arcade Fire Funeral

Le dossier des mois de novembre et décembre est dédié aux albums cultes de Litzic. Certains sont reconnus comme étant des chefs d’oeuvres, d’autres sont plus subjectifs. Nous vous proposons de les découvrir chaque semaine pendant ces deux mois.

Pour commencer cette série, nous allons vous parler de Funeral d’Arcade Fire.

Voilà quatorze ans qu’est sorti le premier album d’Arcade Fire, Funeral. Avec le recul, il paraît important de s’y pencher à nouveau.

Ce disque que nous avons sans doute écouté pour la millionième fois dernièrement nous a remué comme au premier jour. Funeral nous avait ébranlé, bousculé, ému, au delà de ce qui est descriptible, il y a déjà plus de dix ans. Pourtant, il n’a rien perdu sa force même si la surprise des premiers instants s’est dissoute dans le temps.

Après un premier mini album (EP) passé relativement inaperçu, les canadiens ont littéralement atomisé toute la concurrence avec Funeral. A l’époque, le renouveau rock mené par les White Stripes ou les Strokes avait déjà un coup dans l’aile et entamait son chant du cygne. Les auspices sont donc plutôt de mauvaise augure pour les Arcade Fire. Et pourtant!

Ce qui nous a tant plus à l’époque se traduit, sur l’album, de la façon suivante : urgence, voix habitées et production évoquant l ‘esprit punk. Mais pas avec un son crade miteux, non. Il s’agit là d’un son « crade » étudié, précis, léché, où chaque élément trouve sa place et où les arrangements sont de pures merveilles de créativité.

Dès les premières secondes de Neighborhood #1, il (le son) nous prend aux tripes. Non par son ampleur, rien de symphonique là dedans, mais par son côté viscéral, sépulcrale, presque désincarné. Le piano, la guitare, la batterie semblent tous joués de très loin, du fin fond d’une crypte, avec un écho se réverbérant contre des parois imaginaires presque palpables. Puis survient la basse, plus présente, à portée de doigts, et enfin la voix de Win Butler.

La claque !

Si elle aussi semble provenir de l’au delà, mixée bas, couverte en partie par les instruments, son côté écorchée vive nous rétame d’un direct en plein foie. L’impact de cette voix est tel qu’il ne laisse personne indemne. Elle parle directement à notre conscience, nous déchire le cœur et inonde nos yeux de ce liquide que l’on nomme larmes.

Merde !

Comment fait-il ? Il hurle presque, il transporte tant d’émotions, tant de douleurs que s’en est jouissivement insupportable.

Sur tous les morceaux de l’album, Win Butler semble jouer sa vie, ou rendre hommage à celle, en suspens, de ceux qu’il a aimé. Souvent, quand survient le refrain, le son se fait plus présent et noie la voix dans une vague de puissance contenue, maîtrisée. Mais si la voix de Butler apporte dans son cortège tous les maux de l’existence, elle en porte aussi les remèdes. Car la magie réside là : la musique nous porte, nous pousse à nous interroger sur la douleur et même si l’ensemble est chanté en anglais (quelques mots de français émaillent Une Année Sans Lumière et Haïti), l’émotion dégagée, elle, est universelle. Le disque ne nous parle pas avec des mots, il s’adresse directement aux sièges de nos émotions.

Mais il serait simpliste de croire que seule la voix du leader y est pour quelque chose. Non, elle s’appuie sur une musique absolument phénoménale. Ses superpositions d’instruments sont parfaites, les chœurs et la voix de Régine Chassagne tout autant. Jouant le décalage, la chanteuse/multi-instrumentiste apporte une dimension plus dramatique encore (si cela était possible) à l’album. Possédant elle aussi une puissance émotionnelle forte, derrière une apparente douceur fragile, contrastant avec celle de Butler, elle porte deux des dix morceaux à bout de souffle et nous rétame, aussi, le nez dans la poussière.

Pour revenir sur le côté purement musical de l’album, il faut noter la production millimétrée de Funeral. Le son y est homogène, traité de façon identique sur tout l’album, renforçant l’effet prenant des dix titres. Si des montées renforcent les voix aux moments cruciaux (à l’aide de violons et violoncelles notamment), elles les submergent parfois, effaçant les châteaux de sable de notre enfance, et noie l’ensemble dans un tourbillon instrumental dont nous ressortons lessivé, esquinté, mais aussi, paradoxalement, lavé.

Le piano possède un son absolument génial, tout comme les arrangements d’accordéons (instrument pourtant délicat à utiliser de façon correcte dans un groupe rock), de xylophone ou de percussions diverses… La double culture (haïtienne et canadienne) de Régine Chassagne apporte un petit quelque chose en plus, de l’ordre de l’universellement intime.

Alors que le monde du rock ne jurait que par cet élan de renouveau cité plus haut, les Arcade Fire ont mis tout le monde d’accord en s’imposant comme l’un des groupes majeurs et unanimement salué par la critique et le public. David Bowie ne jurait que par eux également (et connaissant sa curiosité pour ce qui était novateur, son avis n’était pas celui d’un profane).

Si les autres albums d’Arcade Fire confirmèrent ce statut (notamment The Suburds, leur troisième album, récompensé d’un Grammy Award lors de sa sortie), aucun d’entre eux n’arrive à la cheville de ce Funeral, monument du rock et merveille dans tous les sens du terme.

Pour en apprendre d’avantage sur le groupe, découvrez le livre de Mathieu Davette lui étant dédié : http://litzic.fr/?p=443


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