DAVID LAURENÇON Conversation avec un éditeur première partie

david-laurençon-live-dauphin-conversation-editeurDavid Laurençon est directeur des Éditions Sans crispation et est également, depuis peu, éditeur chez Conspiration éditions pour sa collection « Littérature contemporaine ». Il organise le 09 mars, à 20h, une séance Live avec le comédien Damien Paisant, au Dauphin. Y seront lu des passages du roman de Philippe Sarr, Les chairs Utopiques. C’est pour nous l’occasion de lui proposer une interview pour revenir en détail sur ce qu’est un éditeur, en quoi consiste son travail et quelles sont les difficultés qu’il rencontre au quotidien.

Bonjour David. Tout d’abord, comment vas-tu ?

Bien. J’espère seulement que tu ne vas pas me demander pourquoi avoir choisi « Sans crispation », comme nom de la maison.

Comme tu peux t’en douter, vu ta réponse, tu as piqué ma curiosité au vif. Alors, pourquoi sans crispation ? au risque d’en créer une légère, crispation, avec cette question.

Je travaillais pour un collectif d’artistes. Nous organisions des soirées dites « événementielles », avec projection de films, concerts de rock, expos de peinture. C’était très cool, jusqu’à ce que ça prenne une certaine importance, que les artistes aient des exigences farfelues. Le climat est devenu franchement tendu, crispant.

Un beau jour, je ne sais plus pourquoi ni comment, nous avons publié un premier livre, un recueil comprenant des textes de Michel Karpinski, qui avait publié un roman chez Gallimard, et deux nouvelles de Thierry Girandon. Il fallait un titre à ce livre, j’ai choisi « Crispation ». Tout ça, ça se passait à Lyon. Quand je suis venu vivre à Paris, que j’ai transféré le siège social de la maison à Paris et décidé de ne faire que de l’édition de livres, j’en ai profité pour changer le nom en : Sans Crispation. Il n’y avait plus la moindre tension.

Peux-tu te présenter rapidement, expliquer ton parcours t’ayant mené à la création des Éditions Sans crispation ?

J’ai fait des études de Lettres, jusqu’au Master et un mémoire sur le Marquis de Sade que j’ai oublié de présenter. C’est à l’université que j’ai rencontré Thierry Girandon. Thierry est un ami de longue date et le meilleur écrivain que j’ai jamais rencontré. J’ai eu envie de l’éditer exclusivement, suite au recueil que j’ai évoqué. Mais je n’avais aucune vision franche du métier d’éditeur. En 2014, j’ai enfin publié son « Amuse-Bec ». Avant ça, il y avait eu quelques publications d’autres auteurs, mais il manquait ce je-ne-sais-quoi qui fait que l’on a pas vraiment envie de se battre. Je ne me considérais pas comme éditeur, plutôt comme… Je ne sais pas. Un factotum dans l’impression de bouquins. Mais avec « Amuse-bec », le travail est devenu vraiment chouette. Des libraires ont fait du bon travail, qui sont tombés – presque – par hasard sur ce livre. Quand on n’a ni distributeur, ni diffuseur, avoir un ou deux libraires avec soi ça n’est pas rien. J’ai commencé à prendre mon rôle avec plus d’application, et toujours sans crispation : tant que je ne m’enthousiasmerais pas sur un texte, comme ça avait été le cas pour les nouvelles de Thierry, je préférais ne rien éditer du tout, et rester tranquille. Aussi n’ai-je rien fait pendant plusieurs mois. Jusqu’à la découverte de Mehdi Masud.

Justement, qu’a déclenché Mehdi Masud en toi pour te donner envie de te battre pour lui ? Est-ce lui qui t’a démarché ou bien est-ce une rencontre fortuite qui a lancé ce processus, cette envie, d’éditer à nouveau un auteur ?

Ma compagne avait lu ses nouvelles je ne sais plus où. Sur un blog, je crois. Comme à ce moment je me morfondais, elle m’a dit : « tu devrais lire ça ». En général, je n’écoute jamais au grand jamais les femmes quand il s’agit de littérature. Mais l’amour fait parfois faire des choses pas croyables. Alors j’ai lu ce blog, et j’ai lu Mehdi Masud :de très courtes nouvelles, et j’en suis resté sur le cul. Je l’ai contacté aussitôt pour lui proposer un contrat d’édition.

En quoi consiste le travail d’un éditeur ?

Celui d’un éditeur de la taille de Sans crispation, en tout cas : lire des manuscrits, être patient. Quand enfin l’on tombe sur un texte que l’on trouve très, très bon : contacter l’auteur et lui proposer un contrat. Être très clair avec lui sur ce qu’il va se passer, ce qu’il peur se passer, ce qu’il peut ne pas se passer. Si tout est ok, voir avec lui, éventuellement, une ou deux suggestions, modifications ou corrections. Faire la mise en page, puis la pagination. Réaliser une couverture, ce qui est bougrement technique. Contacter des imprimeurs. Discuter avec des libraires, mine de rien, pour avoir une idée sur le « potentiel ». Estimer avec l’imprimeur un tirage. Payer le tirage. Recevoir le stock. Communiquer, et vendre.

Pendant tout ce temps, continuer de lire des manuscrits, et lire des livres, des classiques ou des nouveautés… Lire, et écouter. Je pense que j’ai oublié des choses, ça me reviendra.

Quelle est ta ligne éditoriale ?

« Faite-moi quelque chose de beau, dans la forme qui vous conviendra le mieux, suivant votre tempérament. » C’est une phrase tirée du texte « Le Roman », de Maupassant. C’est la préface de « Pierre et Jean ». Un bien joli livre. Une bien jolie préface.

Quels sont tes critères de sélection pour choisir d’éditer un livre ?

Plutôt que des critères, ce sont des signes, des manifestations verbales et physiques spontanées, que le manuscrit m’inspire : « Ah, la vache, Ah, le salaupiot, il m’a eu ! » J’allume une cigarette, je vais faire un tour, je suis tout guilleret : car je viens de lire une bonne histoire, bien racontée. C’est le plus important. Évidemment, si vous avez une histoire intéressante à raconter mais que vous écrivez comme un pied, ce n’est même pas la peine d’y penser. Je suppose que tu as déjà entendu dire, à quelqu’un qui venait d’en sortir une bonne à propos d’on-ne-sait-quoi : « Oh, tu devrais écrire un livre, il t’arrive tellement de choses pas croyables ! ». Mouais… Sauf que souvent il vaut mieux une histoire croyable dite avec un style superbe et intelligible, qui rende la chose intéressante, et justement pas banale.

2 pensées sur “DAVID LAURENÇON Conversation avec un éditeur première partie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.