ALEXANDRE HIGOUNET Pink Floyd, which one’s Pink

La question est si simple que nous nous demandons comment une réponse peut y être apportée tout aussi simplement. Qu’est-ce que le son Pink Floyd ? Cette question peut aussi se décliner ainsi : Quelle est la définition du son Pink Floyd ? Épineuse question s’il en est une, car pour qui connaît ce groupe légendaire, une foule de réponse peut survenir, des plus basiques ou plus tordues (surtout lorsque nous sommes de mauvaise foi). Avec Pink Floyd Which one’s Pink ? (aux Éditions Le mot et le reste), Alexandre Higounet propose une analyse archi-pointue pour tenter d’y répondre.

Quelle ne fut pas notre joie, fan de Pink floyd devant l’éternel, d’apprendre la sortie de cet ouvrage que nous n’attendions pas/plus. En effet, depuis la fin de l’activité du groupe (quelque part au milieu des années 90, après la sortie en 1994 de The Division Bell), nombre de bouquins, de DVD, d’articles plus ou moins sérieux ont vu le jour. Si certains, excellents, tel le fameux Pink Floyd de Nick Mason (le batteur du groupe qui avait amassé une foule de souvenirs durant tout le long de la carrière du Floyd) revenaient sur la carrière du groupe dans un bouquin aussi beau qu’intéressant, d’autres se penchaient sur les coulisses des disques phares tels Dark side of the moon (quarante cinq à cinquante millions d’exemplaires vendus). Pourtant, aucun n’essayait d’apporter une réponse définitive quant au son Pink Floyd.

Alexandre Higounet ne s’encombre pas de l’histoire du groupe autrement que pour articuler sa recherche. La formation a connu quelques changements ayant conduit à définir sa musique. Qui de Syd Barrett, de Roger Waters, de David Gilmour a inventé l’identité du groupe ? Qui en a été l’architecte (ce terme, pour les néophites, n’est pas anodin, Roger Waters et Rick Wright suivaient des études d’architecture avant leurs débuts dans le groupe) ?

La réponse n’est pas aussi simple. En effet, chaque membre à apporté sa pierre à l’édifice, en reprenant successivement le leadership. Lorsque Barrett sombra, Waters pris le commandement, notamment parce qu’il était le seul à écrire des paroles tenant plus ou moins la route (et qu’il fallait bien quelqu’un pour tenir se rôle). Il s’est montré le moteur du groupe durant presque deux décennies. Quand il quittera le groupe en 1985, Gilmour en reprendra les rênes. Chacun des leaders désignera, plus ou moins dictatorialement, la marche à suivre. Syd Barrett lorgnait fort vers une pop psychédélique, Waters vers une sorte de folk pastoral, Gilmour vers un rock plus calibré FM.

Mais il est un des membres resté sous silence qui, par sa discrétion et son talent, œuvra pour faire du Floyd le groupe le plus marquant des années soixante dix : Rick Wright. Le clavier, l’un des instrumentistes les plus doués du Floyd, apporta une notion fondamentale dans ce groupe planant, à savoir la spatialité. Jouant peu de notes, les espaçant, apportant une richesse mélodique, il servait à ce que la guitare de Gilmour puisse s’exprimer à sa juste mesure, il servait également des compositions toujours plus fines de Waters, sachant apporter aux ambiances folks une atmosphère plus aérienne.

Avec son caractère effacé, il pourrait n’être qu’un membre anecdotique du Floyd, mais Alexandre Higounet parvient à démontrer qu’à sa période la plus inspirée Rick Wright permit au groupe de véritablement décoller, au propre comme au figuré. Ses claviers, ses harmonies, sa maîtrise du temps et de l’espace sont à l’origine d’Echoes (Meddle), des grands titres que sont The great gig in the sky ou bien Us and Them (Dark side of the moon) ou Shine on you crazy diamond (Wish you were here), ou bien encore Summer 68 ou Atom heart mother. Sans lui, ces titres ne seraient pas grand-chose. Bien-sûr, il n’est pas le seul responsable du succès ni du son Pink Floyd comme le démontre habillement l’auteur..

Dans son livre, Alexandra Higounet remet les choses à plat, sans parti pris, défendant tour à tour les membres du groupe pour leur apport. Il ne fait pas partie de ces personnes dont l’avis ne souffre aucune discussion. Nous sentons chez lui la passion pour le groupe ainsi que pour ses membres. Nous ne pouvons que saluer le travail titanesque qu’il accomplit dans ce livre, allant jusqu’à décrypter le moindre vibrato intervenant entre 4’20 et 4’25.

Si Pink Floyd which one’s Pink ? conviendra à un lectorat de passionné, il devrait aussi permettre aux néophytes de mieux comprendre l’oeuvre et la puissance de ce groupe décidément hors normes.

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