YUGEN BLAKROK Anima mysterium

L’artwork de son album donne la couleur. L’univers sera fantastique, décoloré, sombre et peut-être même légèrement inquiétant. La faute à ses couleurs en pseudo négatif, qui captent notre regard. Cet aspect S-F gothic, que nous retrouvons également dans ses clips, corrobore les thèmes du disque. Nous vous la faisons brève, « ils explorent les espaces intérieurs et extérieurs de notre être, les mystères cachés et l’exploration de l’élément humain en tant qu’entité dans un espace entre réel et imaginaire, entre des dimensions si proches mais qui ont pourtant du mal à se rejoindre » dixit le communiqué de presse.

Quoi qu’il en soit, Yugen Blakrok nous propose son deuxième album (avec son comparse Kanif The Jhatmaster), Anima Mysterium (I.O.T records) et dès les premières notes, une certitude s’installe : sa musique sera au diapason de l’image que nous délivre la jaquette de l’album.

En effet, dès les premières notes d’Anima Mysterium, nous sommes en territoire hostile, dans une ville inquiétante ou une zone périurbaine, de nuit, et même si nous nous sentons en léger danger, nous nous sentons dans un environnement étrangement familier. Cela paraît un peu paradoxal mais un nom nous vient out de suite à l’esprit dès que commence Gorgon madonna : Massive Attack. Cette impression ne nous quittera pas de tout le disque, même si les univers sont distincts.

Ce qui nous fait penser au groupe de trip hop Anglais se trouve au niveau des sonorités légèrement sourdes, inquiétante, comme si une présence rôdait aux alentours. Celle de la MC, il ne fait aucun doute, parce que nous l’imaginons Grande Prêtresse capable d’ubiquité, tour à tour au chant et à surveiller nos réactions.

Celles-ci sont diverses. Elles jouent sur deux tableaux, sont à la fois captivées, plongées en pleine apnée dans des titres à la musicalité forte, où surgissent parfois quelques notes de trompettes, où les claviers sonnent parfois west-coast, tout en étant aux antipodes du bling bling de celui-ci. Parfois, nous avons l’impression de subir une attaque vaudoue, ou un sortilège provenant directement du flow de Yugen Blakrok.

Celui-ci est fluide, coulé, mais parfois un peu monotone. C’est à ces moments-là que notre esprit part à la dérive, décrit des villes fantomatiques, des endroits déserts où tout peut arriver, la pire comme le meilleur. Nous nous sentons dans une bulle salvatrice qu’un rien pourrait faire éclater ou basculer vers un abîme de ténèbres. Sensation étrangement angoissante car elle nous fait perdre nos repères spatiaux. Sommes-nous là à écouter Anima Mysterium ou sommes-nous dans un entre-deux entre conscience et inconscience ?

La musique de la Sud Africaine est déconcertante mais captivante. Elle nous divise, extirpe de notre intérieur des sentiments parfois violents, parfois apaisants, fait surgir le feu ou au contraire l’éteint avant qu’il ne se propage. Mais dans tous les cas nous amène à nous poser la question : où se trouve la frontière entre le réel et l’imaginaire. Autrement dit, les thèmes du disque ressortent de façon viscérale, combien même nous ne comprendrions rien à l’anglais.

Bien joué.

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