MIKAELA DAVIS Delivery

Qu’aimons-nous plus que le contrepied, que le fait de s’attendre à quelque chose d’ordinaire, de banal et de se retrouver confronté à un vent de fraîcheur et d’inventivité ?

Qu’aimons-nous plus que le détournement d’un style, d’une façon de jouer d’un instrument, d’une exploration inattendue de sonorité, que de tenter un métissage assumé et inédit ?

À vrai dire, rien du tout. Si la musique sonnait convenue, et Dieu sait qu’elle l’est bien trop souvent, pour trop de groupes, nous ne ressentirions aucun frisson d’exaltation, aucun piment dans cette soupe tiède et insipide.

Malgré un nom un peu passe partout, Mikaela Davis réussi ce pari un peu fou de nous surprendre et de nous faire nous dire que, décidément, la musique ne cessera jamais de nous surprendre et de nous apporter un indicible plaisir.

Mais comment cette artiste d’à peine 25 ans s’y prend-elle pour arriver à ce résultat qui, outre le fait de nous scotcher à son album Delivery, éveille sur nos visages un sourire extatique, et ce dès le premier morceau.

Mikaela Davis possède un doigté particulier pour les arrangements. Qu’ils soient empreints d’un certain classicisme par moments, ils foncent à d’autres vers une pop aventureuse tout en gardant une approche folk, genre feu de camp et chant pieux, sans ombrer dans une mièvrerie facile.

Osant une certaine électricité, soit latente, soit louchant vers les décennies où le psychédélisme régnait en maître, elle ose, de la plus belle des manières, la pureté d’orchestrations acoustiques aériennes et gracieuses.

Ses compositions sont riches, variées, démontrent certes un savoir-faire mais également une personnalité hors normes. Le métissage, le mélange des influences, l’américaine les maîtrise. Nous l’imaginons fortement piocher à droite à gauche, tout mélanger au centre et redistribuer les cartes de ses influences dans un nouvel ordre, faisant fi des règles du jeu édictées depuis plus d’un demi-siècle, comme avaient pu le faire en leur temps les Beatles (et des groupes comme Venus par exemple) en intégrant dans un univers pop des arrangements classiques.

Parce que, effectivement, Mikaela a suivi un parcours plutôt classique, du fait même de son instrument de prédilection qu’elle retravaille à la sauce pop/rock de la plus belle des manières. Si son usage est assez inattendu, c’est parce que la harpe (eh oui !) est relativement peu usitée dans cette frange de la musique (Björk l’utilisait parfois), mais hormis sur un titre par-ci par-là, peu de groupes ou d’artistes l’ont utilisé de cette façon, comme une guitare, à la fois pour des parties rythmiques, des parties solistes ou en arrangements célestes.

Cet instrument, en dehors de l’aura de douceur qu’il dégage, apporte une richesse mélodique certaine. Appuyé parfois par une basse enlevée, mise sous tension à l’aide d’une distorsion, elle est détournée du classique pour devenir un instrument pop imparable, d’autant plus que la voix de Mikaela Davis lui offre un espace sonore ou se développer de la plus magique des façons (ou inversement). Très indé dans l’âme, Delivery ne cesse de nous surprendre, de proposer de nouvelles pistes pour réinventer une certaine idée de la musique.

C’est donc une excellente surprise qui vous attend avec cet album surprenant, onirique, dansant, intelligent. Il est très dur de rester de marbre devant ces risques pris et ce résultat bluffant, non seulement compte tenu de l’âge de Mikaela Davis, mais également par la maturité qu’il dégage.

Un disque qui ne saurait que trop vous accompagner de la plus belle des façons cet été !

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