EZRA FURMAN Transangelic exodus

Passer à côté de Transangelic Exodus d’Ezra Furman aujourd’hui serait un peu comme être passé à côté du magnifique Berlin de Lou Reed au début des années 70. Autrement dit, il s’agirait là d’une incroyable faute de goût, voire d’un parjure ou d’un blasphème. Pourquoi ? Parce que Transangelic Exodus est probablement l’un des disques essentiel de cette année 2018.

Mais qu’est-ce qui nous pousse à comparer ainsi deux artistes , ou plus exactement deux œuvres de quarante aux de différence d’âge ? Les moyens techniques n’ont absolument plus rien à voir, et, en l’espace de ces quarante minuscules années à l’échelle de la planète, tout ou presque à été fait en matière de rock. Pourtant, il existe bel et bien un lien que rien ne peut détruire reliant ces deux disques : une mentalité d’esthète, une originalité de ton, et une maîtrise totale de cet art qu’est la musique.

Ezra Furman s’exprime ici comme si sa vie en dépendait (peut-être est-ce d’ailleurs le cas?), et dans sa voix suinte une urgence poisseuse, le rapprochant du mouvement punk (dont le fameux Lou n’était pas très éloigné, souvenez-vous). L’énergie vibre et bouscule tout, le danger guette, la mort rôde, pas très loin.

La musique, elle, est assez éloigné du punk. En vérité, nous avons là affaire à un subtil mélange entre rock, certaines influences très années 50, une pop orchestrale sous perfusions de violoncelles notamment, de légères retouches électroniques. Si l’aspect direct du punk se ressent à travers certains arrangements bruitistes (crunch de la batterie, électricité des guitares sans aucune retenue, effets sur la voix, par exemple), nous sommes ici dans l’univers d’un rock tendance pop superbement bien foutu.

La production est assez aventureuse, alternant passages apaisés, limpide, avec d’autres plus agacés (moins scintillants). Toujours porté par la voix particulière d’Ezra, les morceaux s’enchainent, sans se ressembler, provoquant ainsi un intérêt sans cesse renouvelé. Ballades, comptines, pop songs noires, rock tranchant comme la lame d’un scalpel, il y en a pour tous les goûts, pour toutes les couleurs (forcément flamboyantes dans le cas de Transangelic Exodus).

Et puis, il y a cette inventivité déconcertante, qui nous prend à revers, balançant un titre minimaliste(The Great Unknown) après un déferlement sonore (No Place). Le talent d’Ezra apparaît alors ici sans fard, dans une splendeur qui ne serait pas sans évoquer celle d’un autre héraut de la cause rock nommé David Bowie.

Il nous apparaît très compliqué de trouver dans cet opus une quelconque faute de goût. Nous oserions presque affirmer que ce disque est parfait. Si tant est que vous franchissiez la barrière de cette voix ne correspondant pas forcément aux standards d’aujourd’hui (mais nous n’oserions imaginer Transangelic Exodus avec une voix autre que celle-ci), vous succomberez, comme nous, aux charmes vénéneux de ces 13 titres.

Puisque nous vous disions que nous tenions là l’un des disques de cette année.

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