BAD NEWS FROM COSMOS Heima Matti

Certains projets n’existent que par le biais d’une amitié artistique particulière, une osmose entre des musiciens et leur mentor/producteur. Dans le cas de Heima Matti (Anywave records/vent des forêts) il s’agit d’une amitié réunissant l’Ukraine et la France par le biais du duo Bad News From Cosmos et le plasticien (vidéaste/photographe/auteur de fanzine et de livre d’artiste) Julien Carreyn.

Leur collaboration débouche sur cet album intrigant, original, loin des standards actuels, qui mêle l’univers musical du duo composé d’Iryna Bodnar et Andrii Hrachovà celui, visuel de Julien Carreyn. La partie musicale seule ici nous intéresse. Décomposée en deux faces, l’une explorant une pop électro léthargique, souvent répétitive, avec une forme de groove sensuel, tandis que l’autre face se veut plus expérimentale, reposant principalement sur un piano, l’album distille des charmes vénéneux qui se traduisent par une accoutumance violente.

Sur les quatre premiers titres, nous sommes plongés dans une transe enveloppante, de laquelle toute sensation d’urgence, de danger, semble proscrite. Ici, tout n’est que charme, mélodies à la voix brouillée, à demi masquées (celle d’Iryna Bodnar), comme si nous entendions la musique issue d’un de nos rêves. Celle-ci aussi se veut douce, bien qu’elle soit rythmée. Ces parties sont légèrement étouffées, au diapason d’un timide piano/synthé pourtant omniprésent (tout comme les folks guitares). L’effet déclenché est celui de l’apaisement, sans pour autant que ne soit renié un élément viscéral, celui d’une danse lente et enivrante. Nous pénétrons aisément dans cet univers sans qu’il soit pour autant mainstream. La musique du duo possède l’emprise des musiques évidentes, qui coulent de source. Ce qui n’est pas forcément le cas de la face B.

Les six titres de la seconde face sont eux plus énigmatiques. Ils laissent place uniquement aux ressentis. Il s’agit d’un voyage, sur bases de piano et de légères pulsations rythmiques. Les sonorités y sont plutôt cristallines, coulent en cascades délicates et harmonieuses. L’ensemble s’avère propice au lâcher prise, quitte à, pour certains nous l’imaginons, flirter avec l’easy listenning ou avec l’abstraction. Pourtant, cette musique s’imprègne en nous, ne nous lâche pas vraiment. Elle trouve une cible précise dans notre cerveau qui, dès lors, peuple cette musique d’images colorées, joyeuses, légères. Couplé avec la face A, l’ensemble dégage une forme de cohérence que rien ne vient altérer, une force dans la zénitude.

Ce disque loin des sentiers battus propose une musique ultra personnelle, pleine d’une sensibilité enjouée. L’atmosphère dégagée nous berce, nous réconforte, berce nos vies d’une réalité alternative toute en douceur, sans heurts, bref, une sorte de paradis qui n’aurait rien d’artificiel.

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