MELISSA DA COSTA Tout le bleu du ciel

Écrire une chronique à chaud n’est jamais une bonne idée. Elle l’est encore moins lorsqu’elle concerne un bouquin qui nous a bousculés dans nos retranchements. Pourtant, nous ne voulons pas laisser l’émotion refroidir, nous voulons parler avec nos cœurs du roman de Mélissa Da Costa, Tout le bleu du ciel (aux Éditions Carnets Nord).

L’histoire, en deux mots : Émile, jeune homme de 26 ans, est atteint d’une maladie orpheline s’apparentant à un Alzheimer précoce. Refusant l’idée de dépérir dans un centre médical, il décide de tout quitter et de partir en camping-car pour un ultime voyage. Ne désirant pas effectuer celui-ci seul, il dépose une petite annonce sur internet mentionnant qu’il cherche un, ou une, compagnon de voyage. Une femme lui répond, Joanne. L’aventure commence.

Ce livre nous a fait pleurer, fait assez rare pour être mentionné. Certains nous ont bousculés, remués, créés un malaise certain nous amenant presque à vomir, mais celui-ci nous a littéralement emportés avec lui, intégrés dans cette histoire pleine d’humanité, d’amour.

Non seulement la plume de Mélissa Da Costa est habile, légère, d’une fluidité remarquable, mais elle dépeint avec extrêmement de talent et de tact les pensées d’Émile dans une grosse première partie du roman. Quand les effets de la maladie sont trop forts pour être contés par le biais d’Émile, Mélissa Da Costa déplace son point de vue. Nous étions à l’intérieur d’Émile, nous le voyons désormais de l’extérieur.

Ce procédé possède deux vertus. La première nous permet de nous identifier au personnage, de ressentir sa terreur lors de blacks-out surprenants (en tout cas décrit avec maestria par l’auteure), de comprendre ce qui le pousse à fuir sa famille et ses amies. La seconde nous amène à le voir diminué, à le voir régresser jusqu’à l’enfance, sous l’œil bienveillant de Joanne. Nous apprenons aussi, lors de cette seconde partie du roman, à découvrir la vie de cette femme a priori étrange et surprenante à bien des égards, mais également à découvrir ce qui fait sens pour elle dans cette quête d’un genre bien particulier.

Mélissa Da Costa arrive, nous ne savons trop comment, à éviter l’écueil du pathos. Elle ne tire sur aucune grosse ficelle. Tout est habilement mené, avec délicatesse, avec énormément de tendresse. Le regard qu’elle porte sur ses personnages n’est pas apitoyé, il est au contraire chargé de vie. Les révélations se succèdent et ramènent les deux principaux protagonistes à la vie, à ses joies simples, à ses beautés trop souvent oubliées lorsque le quotidien pèse sur nous.

Si nous pleurons à la fin, c’est pour toutes ces choses, pour cette humanité énorme qui se dégage des lignes. Il y est question de respect, d’amour, de partage, de don de soi, de tendresse, de courage. S’il nous remue c’est qu’il pose la question de la mort sans œillères. Nous sommes obligés d’y penser, d’imaginer que nous pourrions vivre une pareille maladie et quitter nos familles, nos enfants, nos conjoints. Pourtant, il n’y a pas de lourdeur, tout ressemble à un beau ciel de printemps, alors que toute la nature renaît autour de nous.

Avec ce premier roman, Mélissa Da Costa impose avec grâce ce road movie décidément pas comme les autres. Et nous, nous avons juste envie de la remercier pour ce voyage.

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